La triste histoire Aurier, par Pierre Ménès

Pierre Ménès, chroniqueur de Direct Matin.[MERIADECK POUR DIRECT MATIN]

Ainsi va «l’actu» en France aujourd’hui. Dimanche et lundi, Serge Aurier est devenu l’homme le plus célèbre de France. Tout le monde l’a allumé, insulté, moqué, jeté à la poubelle. La faute à une invraisemblable vidéo sur Periscope.

Un direct de 45 minutes, où un ahuri à bonnet, flanqué de sa chicha et autoproclamé meilleur ami du latéral droit parisien, a entraîné son «ami» dans un suicide médiatique jamais vu. Nul besoin de revenir sur les termes employés par le défenseur du PSG à l’encontre de Laurent Blanc et de certains de ces coéquipiers. C’est juste hallucinant, à trois jours d’un huitième de finale aller de Ligue des champions contre Chelsea.

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Durant la nuit, je me suis involontairement mis dans la peau de l’avocat de l’Ivoirien. Pour deux raisons. La première, parce qu’il m’a dit que tout ça n’était qu’un montage. La seconde, parce que je n’avais effectivement vu qu’une des sept minutes de la vidéo sur YouTube. Le dimanche matin, Aurier avouait, puis était mis à pied par le club parisien, qui veille plus sur la qualité de son image que sur sa salle des trophées.

Le lundi en conférence de presse, Laurent Blanc l’a assassiné. Visiblement blessé, et on peut le comprendre, l’entraîneur parisien aurait, selon certaines informations, décidé de ne plus entendre parler d’un joueur qu’il est allé chercher à Toulouse et a contribué à en faire probablement le meilleur latéral droit d’Europe cette saison.

Depuis dimanche, tout le monde a un avis. Souvent définitif. On parle de jeunesse irrécupérable, de l’éternel problème de la banlieue, et de ces racailles sans espoir. Tout n’est pas faux, évidemment. Mais la fureur médiatique évaporée, le match contre Chelsea étant passé, on se retrouve avec de vrais problèmes. Comme je l’ai lu ici ou là, le groupe parisien n’a pas réagi si violemment contre Serge Aurier. Beaucoup ont préféré en rire et Zlatan Ibrahimovic a chargé les médias sans émettre la moindre critique sur Aurier.

Je le connais, Serge. Il n’est pas méchant. Pas pour un sou. Il a été idiot. Gravement. Il est, circonstance aggravante, récidiviste puisqu’il avait pris trois matchs de suspension de la part de l’UEFA pour avoir insulté, dans une vidéo, l’arbitre du huitième de finale retour de la saison passée à Chelsea. Aurier ne peut pas s’en sortir avec un simple coup de règle sur les doigts.

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Ce qu’il a fait est grave au point de mettre un terme définitif à sa carrière parisienne. La décision appartient aux dirigeants qataris. Et surtout à Laurent Blanc. Parce que c’est Blanc qui a été insulté. Parce que ceux qui ont un jour décrété que Blanc était un mou aux ordres du vestiaire parisien sont dans l’attente jubilatoire de toute espèce de clémence de sa part vis-à-vis d’Aurier. Tout serait interprété comme une épouvantable faiblesse. Voire de la lâcheté.

Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour défendre Serge Aurier. Didier Drogba en tête. Mais la place de la star ivoirienne dans ce dossier est bien commode. J’entends aussi ceux qui ne vont pas se gêner pour comparer cette triste histoire au dossier Karim Benzema. Pourquoi parler de clémence pour Aurier et pas pour celui qui brille semaine après semaine avec le Real Madrid ?

On notera déjà qu’il y a tout de même une énorme différence entre une mise en examen pour chantage, et une vidéo, aussi graves que puissent être les propos prononcés dans cette épouvantable sortie. En revanche, il y a un point commun. La qualité des prestations des deux joueurs sur le terrain n’a rigoureusement aucun rapport avec les faits qui leur sont reprochés. Etre bon sur la pelouse ne donne aucun passe-droit lorsqu’on a fauté en coulisses.

Que Benzema fasse une saison exceptionnelle avec son club n’a aucun rapport avec ce que la justice lui reproche. Qu’Aurier se soit imposé parmi les stars du PSG n’a aucun rapport avec le caractère injurieux de ses propos «periscopesques». J’entends d’ici certains me dire : «Tu es bien clément, Pierrot et on t’a connu bien plus intransigeant.»

On ne pourra m’empêcher de trouver cette histoire bien triste. Elle ne fait pas du bien à l’image du foot français, et je ne vous parle pas de celle d’Aurier.J’ai toujours détesté hurler avec les loups. C’est aujourd’hui au club parisien de faire son choix. Et on ne sait même pas s’il y en a un bon.

 

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