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Les saisonniers portugais des vignes des Corbières se rebiffent

Des hommes vendangent dans un vignoble des Corbières [Pascal Pavani / AFP/Archives] Des hommes vendangent dans un vignoble des Corbières [Pascal Pavani / AFP/Archives]

A la saison des vendanges, des saisonniers portugais sèment l'émoi dans les vignobles des Corbières. Carlos et Filipe accusent des viticulteurs audois de les avoir fait travailler tout l'hiver "sauf les jours de pluie" pour 700 euros par mois, et ont porté l'affaire en justice.

Bordée de platanes, une petite route serpente au milieu des vignobles jusqu'à un village idyllique niché au pied de la montagne d'Alaric: Camplong-d'Aude, à 35 km de Carcassonne et de Narbonne. Un village dit "tout rouge" car dirigé depuis près d'un siècle par des maires communistes. En 1910 y naissait Paul Balmigère, ouvrier agricole qui, une fois élu député, défendit passionnément la viticulture et les droits de ses salariés.

Mais ce "fief du syndicalisme" a vu arriver, début octobre, des gendarmes en pleine enquête. "Vous venez vendanger?", leur a lancé le maire (PCF), Serge Lépine, "attristé" par l'affaire.

"Nous sommes arrivés ici le 20 novembre 2012, depuis Mirandela (nord du Portugal)", raconte à l'AFP Filipe, un Portugais de 36 ans, au côté de son compatriote Carlos, plus âgé d'un an. "On a travaillé jusqu'à la mi-avril 2013 à la taille et à +l'attachage+, dans des vignobles de Camplong et de Fabrezan (Aude), huit ou neuf heures par jour, du dimanche au dimanche, sauf les jours de pluie".

"Un Portugais, salarié par les patrons pour recruter d'autres Portugais, dirigeait l'équipe" de neuf personnes, poursuit Filipe. A la fin du mois, il nous donnait 700 euros en billets, et 500 à Carla, la compagne de Carlos, qui travaillait comme bonne à tout faire, 14 heures par jour, dans une maison".

"Des moyens de protester"

En avril, les saisonniers s'entendent dire qu'"il n'y a plus de travail". "Ils nous ont alors donné les fiches de paie qu'on réclamait mais elles indiquaient 70 heures, alors qu'on avait travaillé 250 heures par mois et Carla plus de 400!", soutient Carlos. Ayant déjà été employés plusieurs fois en France, "nous savions que ça ne se passe pas comme ça normalement. Et comme on parlait bien le français, on a cherché les moyens de protester", explique Filipe. Un jeune du village, indigné, les a conduits à la CGT à Narbonne.

La syndicaliste Magali Astruc assure que les saisonniers étaient "mal logés, à douze dans une maison de village" louée par le propriétaire du domaine, "avec interdiction de parler aux habitants et un couvre-feu à 23H00".

Principal mis en cause, le viticulteur Jacques Tibie ne reçoit pas au Domaine la Combe Grande, le vignoble réputé de 75 hectares qu'il dirige. Mais son avocat, Me Stéphane Cabée, plaide pour lui par téléphone depuis Carcassonne: "Mon client ne comprend pas du tout ce qui lui arrive! Il a embauché, comme tous les ans, des Portugais car on a du mal à trouver d'autres gens qu'eux pour les travaux dans les vignes".

"Extorsion de fonds"

"Un Portugais, se disant le chef d'équipe, passait avec sa +troupe+ d'exploitation en exploitation. Et les neuf Portugais travaillaient pour M. Tibie en même temps que pour d'autres viticulteurs", assure Me Cadée.

Pour l'avocat, l'affaire se résumerait donc ainsi: "Trois Portugais n'ont pas reçu le paiement intégral de ce qu'ils voulaient. Il semble que le +chef d'équipe+ portugais avait gardé par devers lui de l'argent qui ne lui revenait pas... Puis la CGT a voulu jouer les redresseurs de tort et +bouffer du patron+".

Fin avril, une négociation à l'amiable a eu lieu. M. Tibie a alors signé un document dans lequel il reconnaissait devoir 30.000 euros net aux trois saisonniers. Mais quelques semaines plus tard, il a porté plainte pour "extorsion de fonds"... "C'est parce que les syndicalistes l'avaient menacé de plainte pénale pour traite humaine et d'impossibilité future de vendre son vin que M. Tibie, terrorisé, avait signé ce papier délirant", soutient son avocat.

Si la CGT ne met en cause que "quelques viticulteurs isolés", elle fait de l'affaire un cas d'école en assurant que des "bus amènent régulièrement des travailleurs portugais pour des patrons" de l'Aude.

L'inspection du travail, qui ne communique pas à ce sujet, a transmis ses procès-verbaux au procureur de Narbonne. L'enquête pourrait aboutir à la fin de l'année. D'ici là, les deux parties attendent une décision du Conseil des prud'hommes le 24 octobre.

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