Rodez : des incidents en marge de la venue de Hollande

Pierre Soulages et François Hollande, le 30 mai 2014, à Rodez.[PASCAL PAVANI / POOL / AFP]

François Hollande a inauguré vendredi dans la petite ville provinciale de Rodez le musée abritant la plus grande collection au monde d'oeuvres de Pierre Soulages, maître de l'abstraction, une visite présidentielle qui a de nouveau donné lieu à des protestations.

 

Le conseiller du président à l'agriculture, Philippe Vinçon, a été retenu sans violence mais pendant quatre heures par des militants de la Confédération paysanne avec lesquels il avait rendez-vous à la préfecture en marge de l'inauguration. Une "garde à vue" symbolique pour obtenir la libération immédiate du porte-parole et de quatre militants de la Confédération interpellés mercredi dans la Somme après des dégradations sur le chantier de la ferme géante dite des Mille vaches.

 

 

 

Avant l'arrivée du président, les policiers ont fait usage de lacrymogènes pour tenir à distance des manifestants, ont rapporté des témoins. Deux ou trois cents intermittents, agriculteurs ou métallurgistes selon les protestataires, une petite centaine selon les autorités, voulaient s'inviter à l'inauguration du musée Soulages. Deux fonctionnaires ont été blessés dans les échauffourées et un jeune homme interpellé, selon la police.

L'important cordon de police mis en place sur l'avenue menant au musée a contenu les manifestants et le président et les participants à l'inauguration n'ont rien vu de ce qui se passait à quelques centaines de mètres.

Passé l'heure de la contestation, Rodez, préfecture de 27.000 habitants à plus de 600 kilomètres de Paris, sera désormais une étape obligée pour admirer les oeuvres de Pierre Soulages, le peintre de "l'Outrenoir", exposé dans les plus grands musées de la planète, le seul artiste vivant représenté dans les collections permanentes de l'Ermitage en Russie.

"Pierre Soulages, vous êtes - je sais que je vais heurter votre modestie - le peintre vivant aujourd'hui le plus exceptionnel", a dit M. Hollande debout à un pupitre, devant un grand tableau du peintre, "Rodez, vous y êtes né, c'était hier, il y a 94 ans (...) Rodez, vous lui faites le plus beau des cadeaux avec vos oeuvres, votre adhésion (au projet de musée Soulages, longtemps rejeté, ndlr) ainsi que celle de Colette, car vous êtes toujours deux à décider".

Plusieurs centaines d'habitants de Rodez sont venus participer à la fête et attendre sous le soleil l'ouverture des portes au public prévue à 19H00. "Nous, les Aveyronnais, on ne connaît que les tripoux! L'Outrenoir et l'oeuvre de Soulages, pour nous, c'est encore l'inconnu...", dit en souriant André Montels, Ruthénois de 65 ans, posté derrière les barrières de sécurité dès 10H00.

 

Peindre, "un point c'est tout"

"La ville a beaucoup douté de ce projet depuis dix ans, rapporte ce vendeur en pain et pâtisserie, parce que ça représentait tant d'argent! Mais, finalement, je vois que ça peut être très intéressant, avec l'affluence des étrangers qui viendront voir le musée Soulages, l'abbatiale de Conques, le viaduc de Millau, etc., alors qu'avant, honnêtement, le centre de Rodez, c'était mort."

En 2010, l'exposition Soulages au Centre Pompidou à Paris avait accueilli un demi-million de visiteurs. Le musée de Rodez table sur 150.000 visiteurs par an.

L'artiste - dont une peinture de 1959 s'est vendue l'an dernier à plus de 5 millions d'euros aux enchères à Londres - a fait don de 500 oeuvres et documents au musée. "On a ici 100 oeuvres sur papier, 130 estampes, 35 peintures sur toile, trois bronzes, une trentaine de plaques de cuivre et les cartons préparatoires aux vitraux" que le peintre conçut spécialement pour un chef-d'oeuvre de l'art roman, l'abbatiale de Conques, énumère Amandine Meunier, régisseur des collections. 

Une sélection de 21 très grands tableaux baptisés "Outrenoir" - pour désigner "un autre champ mental que celui du simple noir" - font l'objet à Rodez d'une exposition temporaire exceptionnelle, grâce aux prêts de grands musées européens. 

Même s'il semblait ravi de l'accueil, Soulages n'attendait pas particulièrement ce musée ni cette consécration nationale. "Vous savez, ce n'est pas le but de notre vie", a dit son épouse Colette à l'AFP. "Ce qui intéresse mon mari, c'est faire de la peinture, un point c'est tout."

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