Hidalgo : "Paris, une ville où doivent régner liberté et sécurité"

Anne Hidalgo assure que tous les moyens nécessaires ont été mis en œuvre pour garantir la sécurité dans la capitale. Anne Hidalgo assure que tous les moyens nécessaires ont été mis en œuvre pour garantir la sécurité dans la capitale. [Thomas Samson / AFP/Archives]

Une semaine après les attentats qui ont fait dix-sept victimes, ­notamment à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, la capitale est encore sous le choc. Anne Hidalgo, la maire PS de Paris, assure que tous les moyens nécessaires ont été mis en œuvre pour garantir la sécurité dans la capitale. Celle-ci passe notamment par la présence de plusieurs milliers de policiers et de ­militaires. L’ensemble des services travaillent d’ailleurs main dans la main pour assurer l’ordre.

 

Une semaine après, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis toujours émue. J’étais sur les lieux de l’attentat contre Charlie Hebdo, j’étais aussi auprès des policiers, des familles et des secours tout au long de la prise d’otages à l’Hyper Cacher. Ces drames marqueront durablement notre mémoire. Je suis aussi plus que jamais déterminée à lutter contre l’antisémitisme, contre le racisme, pour la liberté, en promouvant les valeurs républicaines. J’ai confiance dans cette communauté diverse des Parisiens, qui s’est rassemblée massivement pour dire non à la haine et pour clamer les valeurs de la République.

 

Le déploiement des forces de sécurité à Paris est sans précédent. Comment rassurer sans inquiéter ?

Ce déploiement de forces de l’ordre est indispensable pour garantir la sécurité à Paris. J’ai relayé auprès du ministre de l’Intérieur, du préfet de police, la nécessaire sécurisation de certains lieux comme les écoles, les lieux de culte… Nous sommes prêts à faire face aux risques en assurant la sécurité des Parisiens. Je tiens d’ailleurs à exprimer ma reconnaissance envers les policiers et les militaires déployés en renfort qui font preuve de beaucoup de sang-froid et de professionnalisme. Ces hommes et ces femmes travaillent sans relâche pour garantir notre sécurité.

 

Comment assurer la sécurité dans le métro, fréquenté chaque jour par 4 millions de personnes ?

Tous les Parisiens l’ont constaté : il y a de nombreux militaires mobilisés aussi dans le métro pour leur garantir une sécurité maximale. Les caméras ­assurent aussi une vidéoprotection très efficace, et je sais que les agents de la RATP sont très attentifs.

 

Les voyageurs devraient-ils se munir de leur carte d’identité, comme suggéré par Valérie Pécresse ?

Nos concitoyens sont responsables. Personnellement, je refuse d’attiser un climat de suspicion dans un contexte aussi sen­sible. Chacun doit jouer son rôle et comprendre que la parole publique, plus que jamais, doit être authentique et non polémique.

 

Y a-t-il des endroits à éviter, pour faciliter le travail des forces de l’ordre par exemple ?

Les lieux des drames ne sont évidemment pas accessibles au public : il est impératif que les forces de l’ordre puissent y mener leurs enquêtes dans de bonnes conditions. Pour le reste, la liberté de circulation dans notre ville n’a pas changé, Paris est une ville où doivent régner la liberté et la sécurité, et j’ajouterais la fraternité.

 

La chaîne américaine Fox News a présenté des zones comme "interdites aux non-musulmans" à Paris. Votre réaction ?

Cela témoigne d’une méconnaissance de Paris. Notre ville est fière de sa ­diversité : Paris est une ville cosmo­polite où toutes les convictions religieuses ou non religieuses peuvent s’exprimer librement grâce à la laïcité, fondement de notre République. Cette notion, parfois abstraite de vivre ­ensemble, je la sens tous les jours en actes dans notre ville.

 

Quel message adressez-vous à la communauté juive de Paris ?

Je suis la Maire de tous les Parisiens. Avec le Ministre de l’Intérieur et le Préfet de Police, nous mettons tout en œuvre pour garantir la sécurité à laquelle les juifs de Paris ont droit, comme l’ensemble des Parisiens. Les écoles, les lieux de culte, font en particulier l’objet d’une sécurité renforcée. 

 

Certains sont aujourd’hui prêts à quitter la France pour Israël…

La décision de faire son Alya est une décision personnelle que je respecte. Mais en tant que Maire de Paris, je veux rappeler que l’histoire de notre ville se confond avec l’histoire du judaïsme. Paris ne serait pas ce qu’elle est si les juifs de Paris n’avaient pas permis d’en façonner l’identité. Les juifs de France, les juifs de Paris, sont des citoyens français et des Parisiens. 

 

Que dites-vous aux musulmans, qui peuvent être victimes d’actes islamophobes ?

Je condamne tous les actes racistes. Nous devons rester très vigilants pour éviter tous les amalgames et garantir la sécurité totale des musulmans à Paris. Il faut donc notamment que les mosquées fassent aussi l’objet de mesures de sécurité renforcées au regard des violences constatées en dehors de Paris, ces derniers jours. Je veux le redire clairement, la tragédie de la semaine dernière est le fait de terroristes sans foi ni loi, aux antipodes des valeurs de tolérance et de partage véhiculées par toutes les grandes religions du monde. 

 

Quelle forme prendrait le festival du dessin de presse que vous souhaitez créer à Paris ?

C’est une idée de Tignous, que j’appréciais beaucoup. Ce festival aura lieu chaque année pour promouvoir la liberté d’expression et l’humour auprès du plus large public possible, grâce à des dessins bien sûr, mais aussi des ateliers ou des colloques. Cet événement à la fois festif et populaire sera pour Paris l’occasion de soutenir tous les dessinateurs qui, dans le monde, n’ont pas la liberté d’exprimer leur art. Nous voudrions créer la première édition de ce festival du dessin de presse dès cet automne. J’impliquerai les écoles Estienne (13e) et Boulle (12e) qui forment les talents comme Tignous, un ancien élève de Boulle.

 

Un lieu pourrait-il être rebaptisé en mémoire des victimes ?

Des plaques commémoratives seront apposées sur les lieux des différents drames, pour ne jamais oublier les drames terribles que nous avons vécus. Plusieurs mairies d’arrondissement ont d’ores et déjà exprimé leur souhait d’honorer la mémoire des victimes, à travers plusieurs initiatives. Nous réfléchissons aussi à la création d’un lieu de mémoire, à la dimension du drame et du rassemblement historique qui l’a suivi. D’ores et déjà, le Conseil de Paris a fait Charlie Hebdo, Citoyen d’Honneur de notre ville.

 

Les 7 et 9 janvier ont marqué les Parisiens. Ces dates doivent-elles être commémorées ?

Ces dates resteront gravées dans le cœur de Paris et dans la mémoire de tous les Parisiens. Nous allons étudier avec l’État quelles pourraient être les formes de commémorations, afin de réaffirmer l’attachement de la République aux valeurs de liberté et de laïcité. Mais je fais aussi confiance aux Parisiens pour trouver, aux côtés des institutions, une réponse et des solutions aux actes barbares que nous avons connus ces derniers jours. Je veux faire appel à leurs idées et à leur volontariat pour relever le défi majeur qui nous est lancé.

 

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