La semaine de Philippe Labro : un duo dans la lumière, un héros dans l’ombre

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

SAMEDI 17 JANVIER

Guy Béart a rempli l’Olympia, pour ce qu’il dit avoir été son dernier concert. J’ai eu l’infortune de rater cette soirée. Voici un homme qui a, sans doute, écrit plus d’une centaine de ce qu’on appelle des "tubes" mais que je préfère identifier comme des belles chansons populaires.

Un poète, compositeur, interprète, auteur de formules passées dans le langage courant ("Celui qui a dit la vérité, il doit être exécuté", "Il fait toujours beau quelque part", ou encore "Qu’on est bien dans les bras…"), et de mélodies que chantaient mes enfants ("Je voudrais changer les couleurs du temps") ou que je reprenais, en chœur, avec toute une salle, au côté de mon frère aîné : Il n’y a plus d’après ou Les grands principes.

Ma tendresse va vers deux titres moins connus : Hôtel-Dieu, poignant hommage à une mère qui meurt, et Tout comme avant, un texte de Hardellet (poète "mineur" de grand talent) que Béart a mis en musique. Un peu philosophe, beaucoup poète, possédant la capacité d’universaliser un mot, un sentiment, une pensée. Reviens, Guy, reviens encore une fois à l’Olympia, ou ailleurs !

 

LUNDI 19 JANVIER

Les frères Coen présideront le jury du 68e Festival de Cannes, du 13 au 24 mai 2015. Excellent choix auquel ont procédé Thierry Frémaux, délégué général, en charge de la sélection, et Pierre Lescure, le président. Ces deux hommes, Joel et Ethan, sont à la fois sérieux et ironiques, metteurs en scène, scénaristes, dialoguistes efficaces, capables d’offrir des films aussi divers que Fargo, un thriller, True Grit, un western, The Big Lebowski, une parodie devenue film culte (je connais des jeunes gens qui peuvent réciter, par cœur, les répliques les plus hilarantes de ce long-métrage) et le puissant et terrible No Country for Old Men.

Leur intelligence, leur goût pour un cinéma qui conjugue la qualité à l’usage de la plus grande quantité permettront, je l’espère, que leurs décisions recueillent une unanimité qu’il n’est jamais simple d’obtenir. Bonne pioche.

 

MERCREDI 21 JANVIER

S’il est un livre que je souhaite recommander à celles et ceux qui me suivent, c’est bien le nouvel ouvrage de Jérôme Garcin, Le voyant (Gallimard), sorti début janvier.

Les événements des 7, 8, 9 janvier et la marche du 11, m’avaient pratiquement interdit de lire quoi que ce fût, autre que la presse. Nous avons été des millions à subir cette sidération. Et puis, j’ai ouvert ce Voyant. Je l’ai dévoré, et je crois que précisément parce que les valeurs les plus fondamentales de la vie de notre pays ont été retrouvées et réaffirmées, celles de l’héroïsme et de la résistance, le bouquin de Garcin arrive au moment juste.

Il raconte l’histoire vraie de Jacques Lusseyran, un homme extraordinaire, aveugle dès l’âge de 8 ans, qui, baigné d’une sorte de lumière intérieure, réussit à devenir non seulement un auteur talentueux (mais méconnu), mais surtout un résistant pendant l’Occupation, fondant un réseau d’adolescents, le mouvement des Volontaires de la Liberté.

Il est dénoncé, arrêté, déporté à Buchenwald, en ressort, ayant survécu grâce à la force morale et l’aide de ses camarades. Il est empêché (par une loi datant de Vichy mais qui ne fut pas abrogée à la Libération) de se présenter aux grands concours. Il va s’exiler aux Etats-Unis, où il deviendra professeur, publiera, vivra une existence sentimentale mouvementée, pour finir à 47 ans, dans un stupide accident de la route. Personnage remarquable dont Garcin trace un portrait passionnant, dans une prose claire et inspirée. 185 pages surprenantes, un vrai grand livre.

 

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