Sondage exclusif : Les Français ne veulent pas lever le pied sur la route

Une large majorité de la population française se montre défavorable à une baisse généralisée des limites de vitesse autorisées sur les routes.

 

Et si on ralentissait un peu ? Evoquée par Manuel Valls lors de son passage à l’Intérieur, reprise par son successeur Bernard Cazeneuve, qui veut l’expérimenter, la baisse éventuelle des limitations de vitesse est dans les cartons de l’Etat depuis plusieurs années. Le but : réduire la mortalité routière, repartie à la hausse en 2014 (+3,7 %) et en ce début d’année (+12 % en janvier 2015 par rapport à janvier 2014).

Mais l’idée peine à convaincre les Français et le résultat d’un sondage CSA réalisé en exclusivité pour Direct Matin le prouve. Interrogés sur une possible diminution de 10 km/h des limites (par exemple de 90 à 80 km/h sur routes), ils sont 73 % à y être défavorables. Une position ferme, sachant que 31 % y sont opposés et 42 % même "tout à fait opposés".    

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La province davantage opposée 

L’opinion publique est donc largement contre mais certains clivages apparaissent. Ainsi, 78 % des hommes disent non, contre 69 % des femmes. Une différence "qui peut s’expliquer par le fait que les femmes conduisent moins que leurs hommes. Les personnes plus dépendantes à leur véhicule sont donc les plus récalcitrantes", note Julie Gaillot, directrice de clientèle au pôle opinion de CSA. Autrement dit, plus on roule, moins on accepte de lever le pied.

Une tendance que l’on observe aussi en comparant les territoires. Les habitants de province, qui ont davantage l’occasion de prendre le volant que les Franciliens, y sont davantage opposés (75 % contre 65 %). Idem pour les citoyens des communes rurales face aux Parisiens (81 % contre 66 %). 

Sur le plan politique, enfin, l’avis des proches du FN (80 % d’opposés) est bien plus tranché que celui des écologistes (54 %). Car pour ces derniers, reprend Julie Gaillot, "la notion de lutte contre la pollution rentre aussi en ligne de compte". Pour expliquer ce rejet massif des automobilistes, la spécialiste ajoute que, certes, une petite partie des conducteurs est aujourd’hui réfractaire à la sécurité routière en général, mais c’est davantage un manque de compréhension qui apparaît : "Les Français ne font pas le lien entre baisse de la vitesse et baisse de la mortalité routière."

 

"Nous gagnerions des vies"

Une situation que regrette la Ligue contre la violence routière, qui prône cet abaissement de 10 km/h sur les routes, surtout sur les voies limitées à 90 km/h sans séparation médiane. "En agissant sur cette partie la plus meurtrière du réseau, ce sont 400 vies qui pourraient être sauvées par an", martèle sa présidente, Chantal Perrichon. Selon elle, en baissant aussi la vitesse sur les autoroutes à 120 km/h, "nous gagnerions aussi des vies". Les travaux d’un chercheur suédois indiquent en outre qu’une baisse de 1 % de la vitesse moyenne permet une diminution de 4 % des accidents mortels.

Un avis loin d’être partagé par les associations d’automobilistes. La Ligue de défense des conducteurs souligne qu’avec une limite à 80 km/h sur le réseau secondaire, les voitures iraient à la même vitesse que les camions, engendrant des dépassements dangereux. Quant à 40 millions d’automobilistes, elle demande à ce que l’accent soit mis non pas sur la vitesse, mais sur l’alcool au volant.

 

 

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