Le début d’une longue guerre, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

Une semaine après les attentats du 13 novembre, un constat s’impose : plus rien ne sera comme avant. Nous sommes entrés dans une guerre de longue durée contre le terrorisme. Cette guerre est globale, il suffit de regarder la carte des attentats qui, depuis le début de l’année, ont fait plus de 600 morts de la Tunisie à la Turquie, du ciel du Sinaï à Paris, et jusqu’à Bamako. C’est pourquoi le pape François a évoqué «une guerre mondiale par morceaux». La guerre contre le terrorisme sera une longue marche. La situation est telle qu’il y a beaucoup plus de questions posées que de réponses apportées. Parmi ces questions sans réponses, celles qui concernent l’action et les capacités des services secrets et du renseignement français et allié. Les terroristes qui ont frappé à Paris leur sont passés sous le nez. Leur impossibilité à les neutraliser suscite les plus vives inquiétudes.

Le nombre pose problème : plusieurs milliers de jeunes Européens sont partis en Syrie combattre au côté de Daesh. A l’échelle de la France, pour surveiller un individu 24 heures sur 24, tout au long de l’année, il faut mobiliser 18 à 20 policiers. Ce qui, rapporté au nombre de ceux qui se sont signalés à l’intention des services de renseignement (au minimum 4 000), voudrait dire 80 000 policiers. C’est impossible.

Le temps pose aussi problème. Les différents services se sont adaptés aux procédures et aux modes d’intervention d’al-Qaida. Ils ont été surpris par la capacité de Daesh à réduire à presque rien le laps de temps qui existe entre le moment où l’alerte peut être donnée et celui du crime. Ce raccourcissement a montré les failles dans la coopération des différents services. Il était plus que temps que la Turquie se mobilise : elle est la mieux placée au point de passage des candidats au jihad vers la Syrie.

Enfin, il y a un problème belge que l’alerte du 21 novembre rend plus explicite encore. Depuis des années, la commune de Molenbeek est un marché d’approvisionnement des armes de guerre de toutes sortes, provenant notamment des Balkans, et une concentration de jihadistes ou d’apprentis jihadistes. Cette situation met en lumière la faiblesse de l’Etat belge, qui s’est progressivement dépouillé de ses attributs et a trop décentralisé. Il y a, à Bruxelles, dix zones de police différentes pour dix-neuf communes. Les mesures prises ce week-end attestent que le gouvernement belge a pris la mesure de la place de Bruxelles dans le dispositif terroriste.

En France, l’aspiration à l’unité ne se dément pas à travers toutes les enquêtes d’opinion qui plébiscitent les mesures d’urgence prises par le président et le gouvernement. La société française est sans doute consciente que cette unité était précisément la cible des terroristes. Tous les politiques ne l’ont pas compris. Certains continuent de penser qu’ils peuvent tirer profit d’une surenchère dommageable. Pourtant, il nous faut plus que jamais aimer notre vie démocratique.

Nous sommes entrés dans une nouvelle phase. Hier, la vie politique était dominée par l’économie et par le fait de savoir si François Hollande pourrait se réclamer d’une baisse significative du chômage pour être de nouveau candidat, dans un contexte de montée du FN. Désormais, priorité aux thèmes de l’autorité et de la sécurité. Ce qui a pour effet mécanique de réinstaller le président dans l’essence même de sa fonction mais, de façon tout aussi mécanique, de contribuer à la montée du FN. A ceci près qu’un réflexe citoyen devrait conduire à une plus forte participation aux élections régionales. Ce surcroît de participation peut changer la donne et remettre en situation ceux qui, à droite et à gauche, veulent continuer de se réclamer d’une France ouverte et tolérante.

Jean-Marie Colombani

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