Attentats de Paris : Salah Abdeslam minimise son rôle et charge son frère

Au Stade de France, «j'ai renoncé lorsque j'ai stationné le véhicule. J'ai déposé mes trois passagers, puis j'ai redémarré. J'ai roulé au hasard, j’ai stationné la voiture j’ignore où». [FRANCK FIFE / AFP]

Il minimise son rôle dans les attentats du 13 novembre. Interrogé par des enquêteurs belges le 19 mars dernier, Salah Abdeslam n’a pas nié son implication. Mais il a chargé son frère, Brahim Abdeslam et désigné Abdelhamid Abaaoud comme «le responsable».

Incarcéré à la prison de Bruges, il a été entendu pendant une heure et a donné quelques détails sur l’organisation et le déroulement des attaques qui ont ensanglanté la capitale française. Il a ainsi assuré «avoir loué des voitures et des hôtels à la demande» de son frère Brahim Abdeslam, l’homme qui s'est fait exploser au Comptoir Voltaire. Il a d'ailleurs insisté sur rôle déterminant de son frère dans son propre engagement terroriste. C’est Brahim Abdeslam qui lui a «remis» en vue de l'opération «sa ceinture explosive». Dès qu’il devait effectuer des achats pour «préparer ces attentats, l'argent venait de Brahim».

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Lors de sa courte audition, Salah Abdeslam a confirmé que «neuf personnes plus lui» avaient participé aux attaques de Paris et du Stade de France et qu’il savait «via (son) frère Brahim» qu’Abdelhamid Abaaoud était «le responsable des attaques». Il a assuré avoir vu une «seule fois» Abdelhamid Abaaoud dans «sa vie». C'était «à Charleroi, la nuit du 11 au 12 novembre 2015».

L'enquête contredit ses déclarations 

Mais ses déclarations, faites avant les attentats de Bruxelles, sont à prendre avec recul. En effet, Salah Abdeslam n’est pas le repenti que l’on a cru un moment et son témoignage ne concorde pas avec les preuves récoltées par les enquêteurs des attaques du 13 novembre. L’on sait notamment qu’Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam ont été condamnés ensemble pour braquage en 2010. Aux enquêteurs, Salah Abdeslam a dit également ne pas reconnaître sur une photo, Najim Laachraoui, soupçonné d'être l’artificier des attentats de Paris mort en kamikaze mardi à Bruxelles. Or il est allé le chercher en Hongrie en septembre 2015 pour le ramener en Belgique, les deux hommes ont été contrôlés ensemble.

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Revenant sur le soir du 13 novembre, Salah Abdeslam a soutenu ne pas connaître les trois kamikazes du Bataclan. En revanche il a expliqué son rôle. Il devait se faire exploser au Stade de France avec trois autres kamikazes. «Je devais rentrer comme un client dans le Stade de France. Toutefois, je n'avais pas de billet». Il a reconnu connaître Bilal Hadfi mais pas «les deux autres (...) deux Irakiens».

Du Stade de France à Molenbeek

Mais que s'est-il passé pour qu'il ne passe pas à l'acte ? «J'ai renoncé lorsque j'ai stationné le véhicule, a-t-il raconté. J'ai déposé mes trois passagers, puis j'ai redémarré. J'ai roulé au hasard, j’ai stationné la voiture j’ignore où». Après avoir erré dans le métro, il a «contacté une seule personne Mohamed Abrini». Sauf que l'enquête, là encore, a démontré que Salah Abdeslam a en réalité contacté plusieurs personnes pour fuir en Belgique. Mohammed Amri et Hamza Attou, deux amis, feront un aller-retour dans la nuit pour le récupérer dans le sud de Paris et le ramener à Molenbeek.

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De là, il entame sa cavale durant laquelle «il s'est caché chez Mohamed Belkaid à Schaerbeek, puis à Forest». La découverte fortuite par la police de cette planque devait délencher l'arrestation de Salah Abdeslam et la mise à mal des préparatifs d'un troisième commando pour commettre des attaques à Bruxelles. Depuis les attentats de Bruxelles, l'avocat de Salah Abdeslam, Sven Mary, a fait savoir que son client ne souhaitait plus collaborer avec la police et être extradé en France le plus vite possible. Une posture en contradiction totale avec ses premières intentions. Juste après son arrestation, Salah Abdeslam avait expliqué ne pas vouloir être transféré.

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