La Guyane dans l'impasse ?

Des policiers bloquent l'accès au centre spatial de Kourou, symbole de la «fracture» guyanaise. [JODY AMIET / AFP]

Toujours dos-à-dos. Alors que le plan d’urgence pour la Guyane doit être acté ce mercredi 5 avril au matin en Conseil des ministres, la grogne sur place, commencée depuis maintenant près de deux semaines, ne faiblit pas.

Les «journées mortes» et la grève générale se succèdent, tandis que le département et la métropole se renvoient la responsabilité d’une situation aujourd’hui bloquée, et dont l’issue semble plus qu’incertaine.

Un dialogue de sourds

Le plan d’aide promis par Paris est au cœur de la discorde. Chiffré à 1,085 milliard d’euros sur dix ans, il est en effet toujours jugé insuffisant par les grévistes. Après avoir exigé 2,5 milliards «tout de suite», une somme jugée «irréaliste» lundi par Bernard Cazeneuve, les responsables guyanais demandent désormais 2,112 milliards d’euros en plus du plan d'aide de l'Etat, ce qui porte le montant total réclamé à plus de 3 milliards d’euros.

Et ni les renforts de gendarmes annoncés ni les 85 millions promis pour l’hôpital de Cayenne ne parviennent à faire retomber la tension.

En attendant, dans les supermarchés, certains produits frais commencent à manquer tandis que les barrages sont maintenus.

De son côté, le port de Cayenne, où transitent toutes les marchandises, est paralysé. Un enlisement qui ne semble pas entamer la moti­vation des Guyanais. Ce mardi encore, ils étaient plus de 10.000 manifestants réunis dans la ville de Kourou, d’où ­décollent les fusées Ariane, symbole de la «fracture» guyanaise.

«Vos fusées décollent mais notre Guyane reste au sol», scandaient ainsi les contestataires. «C’est un monde parallèle, alors que 40 % des Guyanais n’ont ni eau courante ni électricité ni accès à Internet», explique Isabelle Hidair-Krivsky, maître de conférences en anthropologie à l’université de Guyane.

Preuve de leur colère, des responsables avaient décidé mardi soir d’occuper le Centre spatial, pour présenter au directeur leurs revendications.

Une période particulière

A moins de trois semaines de la présidentielle, la pression exercée par les Guyanais est donc plus forte que jamais, sur le gouvernement comme sur les ­­candidats. Car même si «la mobilisation dure depuis plusieurs mois», selon la spécialiste, les manifestants semblent vouloir profiter de la période électorale pour se faire entendre.

La détermination de Matignon se heurte au «cinquante ans de retard» dont souffre le territoire, selon le collectif «Pou La Gwiyann ­dékolé», qui est toujours déterminé «à ce que la Guyane sorte de ce marasme».

Les critiques contre l’exécutif, elles, ne manquent pas, comme celle lancée hier par le président LR du Sénat, Gérard Larcher, qui a estimé que le conflit en Guyane était «le miroir de l’échec de François ­Hollande». Un climat qui pourrait, si le ­dialogue reprend, jouer en leur faveur. 

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