Tout savoir sur le revenu universel

Un revenu mensuel fixe automatiquement versé à tous les citoyens d’un pays donné, sans aucune condition et tout au long de leur vie, en cumul ou en remplacement des gains du travail. Un revenu mensuel fixe automatiquement versé à tous les citoyens d’un pays donné, sans aucune condition et tout au long de leur vie, en cumul ou en remplacement des gains du travail. [© Le Loup de Wall Street]

Revenu de base, allocation universelle, revenu d’existence… Le principe apparaît sous des termes distincts, mais ses grandes lignes demeurent. Chimère libertaire ou nouveau modèle de société ? Décryptage d’un concept qui fait son chemin, en France et ailleurs.

Qu’est-ce que le revenu universel ?

Un revenu mensuel fixe qui serait versé automatiquement à tous les citoyens d’un pays donné, sans aucune condition et tout au long de leur vie, en cumul ou en remplacement des gains du travail. Pour ses partisans, le dispositif permettrait d’éradiquer l’extrême pauvreté en assurant à ses bénéficiaires de quoi subvenir à leurs besoins vitaux (logement, alimentation, santé) et de faire face aux éventuels accidents du quotidien.

Les prestations sociales actuellement versées en France ne correspondent pas du tout à ce modèle : elles dépendent notamment du statut socioprofessionnel et des revenus, et doivent être réclamées par le citoyen. Le principe du revenu de base, né au courant du XVIIIe siècle, est repris par des courants de pensée très divers, des anarchistes aux altermondialistes en passant par les libertariens et les ultralibéraux, dépassant ainsi le clivage droite-gauche.

Les expériences menées dans différents pays depuis les années 1970 ont montré que le fait de recevoir un revenu universel incitait plutôt les gens à être plus actifs, en leur permettant une liberté accrue concernant le choix de leur activité. 

Quel est son intérêt ?

Certains défendent le revenu de base au nom de l’autonomie et du développement personnel des citoyens, pour repenser la place du travail dans la société. Une telle allocation universelle leur permettrait en effet de construire leur vie sans pression pécuniaire. Libre à eux de choisir de gagner davantage d’argent, d’étudier, de faire du bénévolat, de s’occuper de leur famille, de flâner dans un hamac ou de monter une start-up. C’est la vision «émancipatrice» du revenu universel, défendue notamment par le Mouvement français pour un revenu de base.

D’autres soulèvent un argument plus pragmatique au vu de l’évolution de l’emploi : le partage des richesses dans une nouvelle société robotisée, où il n’y a plus suffisamment de travail pour tout le monde. Pour les libéraux, l’objectif du revenu de base permettrait également de rationaliser le système d’aides sociales, en remplaçant l’ensemble des prestations sociales existantes.

Ses détracteurs estiment que le revenu universel serait une invitation à la paresse, mais les différentes études et expériences menées sur le sujet ont révélé qu'un salaire à vie n'incite pas ses bénéficiaires à cesser toute activité, mais plutôt à réduire leur temps de travail pour privilégier d'autres activités pas forcément rémunératrices. Preuve que l'humain ne serait donc pas oisif par nature.

Qui le propose en France ?

Seuls cinq des principaux candidats déclarés à l’élection présidentielle prônent un revenu de base véritablement inconditionnel et universel : Benoît Hamon sous une forme particulière (voir ci-dessous) et Jean-Luc Bennahmias, prétendants à la primaire de la gauche ; Yannick Jadot, le candidat désigné d’Europe Ecologie-Les Verts ; Pierre Larrouturou, le candidat de Nouvelle Donne ; ainsi que Charlotte Marchandise, la candidate de LaPrimaire.org. Selon leurs projets respectifs, le montant d’une telle allocation serait fixé entre 535 euros par mois, comme le RSA-socle (Yannick Jadot), et 1.200 euros (Charlotte Marchandise).

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Si l’ancien Premier ministre Manuel Valls, aussi candidat à la primaire de la gauche, a tenté de récupérer le concept, il préconise en réalité un «revenu décent», versé uniquement aux plus précaires. Une prestation qui, bien que plus élevée que chez la plupart de ses adversaires (entre 800 et 850 euros), n’est donc ni universelle ni inconditionnelle. Et pour cause, selon lui : «cela n’aurait aucun sens» car «trop coûteux». A l’instar de François Fillon, candidat de la droite et du centre à la présidentielle, Manuel Valls propose que ce «revenu décent» soit établi en fusionnant toutes les aides sociales en une prestation unique.

Que propose Benoît Hamon ?

Séduit lors de la primaire à gauche par le revenu universel, le candidat PS a depuis revu ses ambitions et propose désormais un revenu universel d'expérience (RUE). Ce dernier pourrait être touché par les bénéficiaires actuels du RSA, les étudiants, les indépendants, les salariés percevant jusqu'à 1,9 SMIC. Evaluée à 35 milliards d'euros pour sa première étape, la mesure sera financée grâce à une réorientation de 10 milliards d'euros des crédits alloués au CICE (Crédit impôt compétitivité et emploi) et au Pacte de responsabilité, et par du déficit.

Quel serait le coût du revenu universel ?

Cela coûterait cher : entre un peu moins de 200 milliards d'euros par an pour un montant de 500 euros mensuels, jusqu'à près de 400 milliards (soit un cinquième du PIB annuel de l'Hexagone) pour 1.000 euros.

L'instauration d'un revenu universel coûterait autour de 300 milliards d'euros par an, selon Benoît Hamon, qui propose un équivalent au RSA-socle (535 euros) dans un premier temps puis 750 euros à terme. Un budget monstre qui serait financé, selon son programme, par la fusion de plusieurs pôles de dépenses de l'Etat (aides au logement, minima sociaux, prestations familiales) et la lutte contre l'évasion fiscale (pour rappel, entre 60 et 80 milliards d'euros de manque à gagner par an), ainsi qu'une taxation accrue sur les hauts revenus et la suppression de certaines niches fiscales.

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En complément de certaines de ces mesures, les autres partisans du revenu universel envisagent de nouvelles taxes sur le patrimoine, une plus forte imposition des multinationales, la taxation des robots ou des transactions monétaires, voire une politique de création monétaire en faisant marcher la planche à billets (impossible aujourd'hui dans le cadre de la zone Euro).

Quelles expériences à l’étranger ?

La mesure est appliquée en Finlande depuis le 1er janvier. Ainsi, 2.000 demandeurs d'emploi de 25 à 58 ans, tirés au sort, vont percevoir pendant deux ans la somme de 560 euros par mois, au lieu de leurs traditionnelles allocations. Une première en Europe, et une source d'inspiration pour les Pays-Bas et l'Ecosse (Royaume-Uni), où le sujet revient de plus en plus sur la table. Les Suisses, en revanche, ont rejeté la proposition à près de 76 % lors d'un référendum organisé en juin dernier.

Outre-Atlantique, le revenu de base est actuellement expérimenté sous une forme alternative en Alaska : l'Etat américain reverse chaque année depuis 1982 les revenus du pétrole et du gaz à ses habitants installés depuis cinq ans. Une prestation baptisée «Alaska Permanent Fund» qui s'élevait en 2015 à quelque 1.800 euros... par an. Au Canada, la province de l'Ontario a décidé de verser à ses résidents un revenu universel mensuel de 900 euros à partir de 2017.

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Sur le continent africain, c'est le Kenya qui est précurseur : depuis octobre dernier, une ONG américaine a fait le pari d'appliquer le revenu universel à grande échelle. De son côté, le Brésil avait inscrit en 2004 le revenu universel dans sa Constitution comme un idéal à atteindre. Entre 2008 et 2014, une allocation, conditionnée à la scolarisation des enfants, a notamment été versée aux familles les plus pauvres.

Si l'idée d'un revenu de base germe dans quelques esprits audacieux à travers le monde, le projet demeure donc encore loin d'être universel, inconditionnel, automatique et permanent. Mais il n'aura jamais fait autant parler en France. 

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