Les grands moments de l'histoire des débats de l'entre-deux-tours

Le deuxième débat télévisé de l'entre-deux-tours de l'histoire de la Ve République, organisé en 1981 entre les deux finalistes Valéry Giscard d'Estaing (à gauche), et François Mitterrand (à droite).

Dans une ultime tentative de convaincre des électeurs, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'affronteront une dernière fois, mercredi 3 mai, en direct sut TF1 et France 2. 

Ce débat sera le huitième de l'histoire à faire s'opposer deux finalistes à la présidentielle française. Avant Marine Le Pen et Emmanuel Macron, plusieurs grandes pointures de la politique française y sont passés. De Valéry Giscard d'Estaing à François Hollande en passant par Ségolène Royal, Jacques Chirac, Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy et François Mitterrand, tous ont laissé des souvenirs impérissables de leur passage au débat de l'entre-deux-tours. 

1974 - Le premier face à face filmé

Le tout premier débat télévisé de la Ve République entre deux candidats a lieu le 10 mai 1974, entre Valéry Giscard-d’Estaing et François Mitterrand. Il réunit 25 millions de téléspectateurs.

C’est une confrontation directe, les journalistes ne sont là que pour faire respecter le temps de parole. Plus de 40 ans après, une phrase prononcée par Valéry Giscard-d’Estaing adressée à François Mitterrand reste encore dans les mémoires : «Vous n’avez pas le monopole du cœur». Ce débat fera gagner plus d’un point dans les sondages à Valéry Giscard d’Estaing, qui remportera l’élection.

1981 - L'esquive ratée de Mitterrand

Le 5 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand sont une fois de plus au second tour de l’élection présidentielle. Ils doivent donc à nouveau se faire face lors d’un débat télévisé, mais rien n’est gagné d’avance. Mécontent de sa prestation sept ans plus tôt, François Mitterrand ne veut pas réitérer l’expérience. Il tente donc de faire annuler la confrontation, en proposant un cahier des charges des plus contraignants, dans l’espoir que son adversaire refuse ses conditions, et donc le débat. Mais Valéry Giscard d’Estaing accepte, et les deux hommes se retrouvent donc une fois de plus face-à-face. Cette fois, le débat est organisé par les questions des journalistes.

François Mitterrand, qui s’était entrainé avec Laurent Fabius, s’en sort beaucoup mieux et prend même l’ascendant. Il prononcera devant 30 millions de téléspectateurs une phrase dont beaucoup se souviennent encore : «Vous avez tendance à reprendre le refrain d’il y a sept ans : l’homme du passé. C’est quand même ennuyeux que, dans l’intervalle, vous soyez devenu, vous, l’homme du passif.» C’est lui qui emportera la présidentielle.

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1988 - Chacun reste à sa place

Le président socialiste sortant, François Mitterrand, se retrouve à débattre face à son Premier ministre de l’opposition, Jacques Chirac, le 28 avril 1988. Une situation qui permet au moins à chacun de bien connaitre son adversaire. Fort d’une grande avance au premier tour et de son statut de président, François Mitterrand ne cesse d’appeler Jacques Chirac «monsieur le Premier ministre» et de lui signifier qu’il le connait bien, «je vous ai observé pendant deux ans». Jacques Chirac a beau rappeler «Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre, et vous n’êtes pas le président de la République, nous sommes de candidats à égalité», Mitterrand, ironique et railleur lui répond devant 30 millions de personnes : «Mais vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre». Le ton est donné.

Avant cela, pour que celui qui était à force rodé aux débats soit encore plus à son aise, les conseillers de François Mitterrand ont demandé à ce que la table abritant le débat soit de l’exacte même dimension que la table du Conseil des ministre. Une manière de rappeler à Jacques Chirac sa place lors des futures attaques de son président. François Mitterrand entamera son second mandat dix jours plus tard.

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1995 - Un candidat battu d’avance

Jacques Chirac revient au second tour de la présidentielle, face à Lionel Jospin, candidat socialiste. Mais après deux mandats de François Mitterrand, le candidat de gauche est presque battu d’avance tant l’alternance est attendue. En arrivant au débat de l’entre-deux-tour, le 2 mai 1995, Chirac est sûr de lui : il sera le prochain locataire de l’Elysée.

Le débat, devant seulement 15 millions de télespectateurs, est plutôt cordial et revient notamment sur le bilan des deux mandats du président sortant. Une sailli est lancée par Lionel Jospin, favorable à passer du septennat au quinquennat, qui affirme qu'«il vaut mieux cinq ans avec Jospin que sept ans avec Jacques Chirac. Ce serait bien long». Les Français choisiront pourtant Chirac, qui organisera pendant son premier mandat un référendum pour passer au quinquennat.

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2002 - Chirac refuse le débat

Quand, après le premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen se qualifie, Jacques Chirac, président sortant, refuse le débat de l’entre-deux-tour, affirmant ne pas cautionner «la banalisation de la haine et l’intolérance». Face à lui, Jean-Marie Le Pen dénonce une «piteuse dérobade».

2007 - Des échanges vifs et une colère « saine »

Ségolène Royal est la première femme à se qualifier à un second tour d’élection présidentielle. Le 2 mai, elle débat avec son adversaire, Nicolas Sarkozy, ancien ministre de Jacques Chirac. Le candidat UMP est arrivé avec une bonne longueur d’avance au premier tour, ce qui l’exempte de prendre trop de risques lors du débat, où conforter sa place de favori suffit. Après des échanges tendus, Ségolène Royal perd patience, s’énerve, et Nicolas Sarkozy lui demande de se calmer. «Non, je ne me calmerai pas ! Il y a des colères qui sont parfaitement saines», réplique-t-elle.

Si la phrase est restée en mémoire, elle n’a pas permis à la candidate d’inverser la vapeur. Elle aura même eu l’effet inverse, offrant à Nicolas Sarkozy l’occasion d’opposer son comportement calme de présidentiable à celui, plus impulsif, de Ségolène Royal, battue le soir du deuxième tour. Cette année-là, un autre débat a eu lieu dans l’entre-deux-tours, entre Ségolène Royal et François Bayrou, arrivé troisième.

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2012 – « Moi président »

Président sortant, Nicolas Sarkozy obtient à nouveau son billet pour le second tour. Cette fois-ci, le Parti socialiste qui lui fait face est représenté par François Hollande, vainqueur des premières primaires, une élection qui consiste à demander aux militants leur représentant pour l’élection. Le débat, qui se déroule le 2 mai, est particulièrement tendu, oscillant entre attaques personnelles et opposition de projets.

Les deux candidats frappent chacun leur tour, et François Hollande finit par prendre un réel avantage en usant d’une tirade qui restera dans l’histoire des débats de la Ve République. Sans que Nicolas Sarkozy ne l’interrompe une seule fois, celui qui deviendra à son tour occupant de l’Elysée enchaîne pas moins de quinze phrases commençant par «Moi président de la République...», toutes très incisives sur le quinquennat que vient de réaliser son adversaire.

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2017 – Le retour du FN

Mercredi 3 mai aura lieu le huitième débat de l'histoire opposant deux finalistes de l'élection présidentielle française. Marine Le Pen et Emmanuel Macron s'affronteront, à partir de 21h et pendant 2h20, en direct sur TF1 et France 2. 

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