Tout savoir sur Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics

Gérald Darmanin se définit comme «un Gaulliste social». [CHARLY TRIBALLEAU / AFP]

Considéré comme «l'étoile montante» du parti Les Républicains, Gérald Darmanin a été nommé mercredi ministre de l'Action et des Comptes publics.

Jeune (34 ans), se définissant comme «un gaulliste social», le maire de Tourcoing correspond au type de profil recherché par Emmanuel Macron. Et il n'a pas caché sa volonté de rejoindre l'équipe du nouveau président, puisqu'il est à l'origine de l'appel diffusé par vingt-deux élus de droite suite à la nomination d'Edouard Philippe, à «répondre à la main tendue par le Président de la République».

Il a ensuite enfonce le clou via Twitter, saluant le choix d'Emmanuel Macron. 

 

L'entrée au gouvernement de Gérald Darmanin constituerait pour Emmanuel Macron une belle prise, puisqu'après Edouard Philippe, il priverait Les Républicains de l'un de ceux qui devaient incarner la nouvelle génération du parti. 

Des origines modestes

Maire de Tourcoing depuis 2014 et député de la 10e circonscription du Nord entre 2012 et 2016, Gérald Darmanin avait démissionné de l'Assemblée nationale après avoir été élu vice-président de la région Hauts-de-France en janvier 2016. 

Une région qu'il connaît bien, puisqu'il est né à Valenciennes le 11 octobre 1982, d'un père tenancier de bar et d'une mère concierge et femme de ménage à la Banque de France. Son grand-père, d'origine algérienne, avait participé à la guerre d'Algérie au sein de l'armée française. C'est ce dernier, survivant de la bataille de Monte Cassino en 1944, qui a transmis à son petit-fils la fibre Gaulliste, ainsi que son deuxième prénom, «Moussa».  

Si ses origines sont modestes, Gérald Darmanin a effectué sa scolarité dans le centre de Paris, au collège puis au lycée privée catholique des Francs-Bourgeois, dans le 4e arrondissement. Il intègrera ensuite Sciences Po Lille, d'où il sortira diplômé.

Toubon et Séguin comme mentors

C'est après avois assisté à un meeting de Philippe Séguin à l'âge de 16 ans qu'il se décide a rejoindre le RPR. Une fois ses études terminées, il devient assistant de Jacques Toubon, alors député européen. Il rejoint ensuite Christian Vanneste, qui venait alors d'être condamné pour des propos homophobes, dont il devient le directeur de campagne pour les élections législatives de 2007 et les municipales de 2008. Il s'occupera aussi de la campagne des législatives de David Douillet en 2009, avant d'être lui-même élu conseiller régional en 2010. 

Gérald Darmanin connaît bien les cabinets ministériels, puisqu'il fut chef de cabinet de David Douillet lorsque celui-ci était secrétaire d'Etat chargé des Français de l'étranger, puis ministre des Sports. 

Conservateur sur les sujets de société

S'il se revendique du Gaullisme social, Gérald Darmanin a par le passé pris des positions conservatrices. Porte-parole de Nicolas Sarkozy pour la campagne pour la présidence de l'UMP en 2014, il s'était alors prononcé pour la remise en cause du mariage gay. «La loi Taubira sera abrogée, réécrite profondément», avait affirmé Gérald Darmanin. «Avant un débat dans le pays, il y aura un débat à l'UMP et un vote sur tous les projets famille. A la fin, les militants voteront.»

Il avait également pris position, cette même année, contre la «théorie du genre», que le gouvernement Hollande était alors accusé de vouloir imposer dans les programmes scolaires. «La théorie du genre est absurdité absolue. Il faut s’y opposer totalement. Cependant, ce n’est pas ce que les Français attendent aujourd’hui. Je crois que la gauche utilise un peu trop les questions de société. Il vaut mieux s’attaquer au chômage à la délinquance», avait-il déclaré. 

Deux ans auparavant, il avait aussi fait parler de lui lorsqu'il avait appelé la ministre des Sports Valérie Fourneyron à «interdire le port du voile sur les terrains de football», suite à une décision de la FIFA de l'autoriser. Il s'était ensuite prononcé pour l'interdiction du voile à l'Université.

Il avait cependant dénoncé l'instrumentalisation de l'Islam et le climat «d'hystérie» qui l'entoure, pronant une approche raisonnée de l'Islam de France. En juin 2016, Gérald Darmanin avait ainsi publié un «plaidoyer pour un islam français», le faisant parvenir à tous les candidats à l'investiture de la primaire à droite. «La France couve les principes d'une possible guerre civile», y écrivait-il notamment, appellant à une «concorde», afin que l'Islam «s'intègre à la République».

Un soutien ambigu à Macron

Estimant que Nicolas Sarkozy était «le plus proche du peuple de droite» et rassuré par «la présence de François Baroin», il s'était engagé en faveur l'ancien président lors de la primaire à droite. Il l'avait pourtant critiqué par le passé, estimant qu'il était «plus dans l'identitaire que dans l'identité». 

Alors que la campagne de la primaire à droite battait son plein, il s'en était alors pris vivement à Emmanuel Macron. Dans le journal l'Opinion, il dénonçait ainsi en janvier dernier «le bobopopulisme de Monsieur Macron», estimant que le nouveau président est «le pur produit du système : beaux quartiers, belles études, belle fortune, belles relations». «Comme le caméléon, Macron change, se transforme sous nos yeux. De gauche, il l’est évidemment, par son histoire, ses actes, son créateur. Mais, ce qu’il est, surtout, c’est populiste», disait-il alors. 

En 2015, Gérald Darmanin avait déja apporté un soutien, teinté d'ironie, envers un Emmanuel Macron en difficulté alors qu'il était ministre de l'Economie. «J'offre ma circonscription à monsieur Macron. Et d'ailleurs, je créerai son premier comité de soutien. Je pense qu'il faut aider monsieur Macron, c'est vraiment important pour le pays», avait-il déclaré. «C'est manifestement un garçon intelligent qui a compris ce qu'était le problème du pays, c'est-à-dire un Code du travail rigide, une fiscalité trop importante, et il veut libéraliser l'économie. On ne peut être que d'accord avec ça.»

Mais son ralliement à Emmanuel Macron se conrétisera, sans ironie cette fois, après l'élimination de Nicolas Sarkozy au premier tour de la primaire, puis après le déclenchement du «Penelopegate». Le 5 mars dernier, Gérald Darmanin quittait son poste de Sécrétaire général adjoint Les Républicains pour marquer son désaccord avec la volonté de François Fillon de rester candidat. «Jusqu'à présent, ce sont les socialistes qui faisaient monter le Front national, maintenant c'est nous. J'ai honte de ma droite», avait-il alors déclaré. 

Jusqu'à récemment le maire de Tourcoing assurait ne pas avoir d'ambition nationale. «Si j'avais voulu faire de la politique nationale tout le temps et partout, je n'aurais pas quitté mon poste de député à 33 ans», disait-il il y a quelques mois. Interrogés par Libération pour un portrait paru en octobre 2014, ses amis le voyaient cependant déja «ministre en 2017». Une prémonition qui pourrait s'avérer juste. A noter que le portrait citait aussi «des habitués de la buvette de l'Assemblée», à qui le jeune homme aurait confié ses ambitions élyséennes. 

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