Les Français et les sites de rencontre : 5 questions à un sexologue

Les sites de rencontre permettent de multiplier les partenaires occasionnels, loin de tout contrôle social ou pression familiale, estime le sexologue François Kraus. [Lionel BONAVENTURE / AFP]

Quels comportements adoptent les Françaises et les Français sur les sites de rencontre ? C'est pour répondre à cette question que l'institut IFOP et le comparateur de sites Lacse ont lancé une enquête à grande échelle, sondant 2000 participants. Les résultats ont été dévoilés ce mardi.

L'occasion de poser cinq questions à François Kaus, directeur des études à l'Ifop, spécialiste de la sexualité.

L’étude nous donne-t-elle à voir une évolution des pratiques sexuelles des Français ? 

Les sites de rencontre en ligne constituent un terreau favorable au modèle de sexe récréatif, c'est-à-dire sans lendemain. Beaucoup de jeunes hommes, avec un profil de dragueur invétéré, refusant toute relation de couple, admettent leur addiction à ces sites.

Mais, ces sites ne sont pas qu'un supermarché du sexe ! Il existe aussi une part significative de relations qui s'y nouent, basées sur une dimension affective.

Existe-t-il un profil-type de l'utilisateur ?

Si l’on compare cette nouvelle enquête avec celle de l’Ined en 2006, l’on remarque immédiatement une démocratisation de la pratique.

Il y a une décennie, les clients de ces sites avaient un profil plutôt CSP+ et urbain. Désormais, la catégorie populaire rencontre la catégorie aisée.

Le discours marketing haut de gamme de certains sites (Elite rencontre, Attractive world...) constitue donc une conséquence de cette démocratisation. Ces sites de niche dédiés aux CSP+ sont fondés sur l’entre-soi, et fonctionnent par la cooptation de leurs membres.

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© Ifop/CAM4

Un chiffre est étonnant à la lecture de l’étude, celui du faible taux de réussite. Seulement une personne sur deux obtient en réalité un rendez-vous…

Oui, et cela vient casser le cliché des rencontres trop faciles. Pour certains individus en effet, obtenir un rendez-vous représente une vraie difficulté.

Sont particulièrement concernées les personnes âgées et celles au faible capital culturel et social. Les visages que l'on peut voir dans «l’Amour est dans le pré», en quelque sorte.

A contrario, ce que l’on remarque c’est que les femmes diplômées, les cadres, sont en difficulté pour obtenir un rendez-vous. C’est là une constante en sociologie, qui se retrouve donc sur les sites de rencontre.

Pour ces femmes, il est compliqué de trouver un partenaire du même niveau qu’elles.

Peut-on dire que les aventures sans lendemain se sont multipliées depuis l'apparition des premiers sites de rencontre il y a vingt ans ? 

Chez les femmes, il subsiste une grande difficulté à admettre socialement une sexualité qui sortirait de la norme, c’est-à-dire, qui sortirait du cadre affectif ou durable.

C’est un conditionnement de genre très imprégné dans notre société française : les femmes craignent encore de se voir étiqueter le «stigmate de fille facile». Or, c’est bien une chose qui n’est jamais reprochée aux hommes. On assiste là encore à une inégalité de genre, mais qui a tendance à s’atténuer.

Les sites de rencontres permettent de multiplier les partenaires occasionnels, loin de tout contrôle social ou familial. C’est en cela que ces applications représentent à mon sens une petite révolution, car l’on observe un alignement du comportement sexuel récréatif des femmes sur les hommes.

Les sites de rencontre signent-ils la fin de l’exclusivité dans le couple ?

Les hommes usent de cette liberté sexuelle totale et refusent de se contenter d’un seul partenaire. Il n’y a plus en effet cette même notion d’exclusivité dans le couple.

Un tiers des hommes, et même 47% des moins de trente ans, confient s’adonner au multi-partenariat. Ce n’est donc pas une expérience marginale. 

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