Cohn-Bendit, Godard, De Gaulle... Ils ont fait Mai 68

Les trois principaux leaders du mouvement étudiant de 1968, Alain Geismar (gauche), Jacques Sauvageot (centre) et Daniel Cohn-Bendit (droite), défilent côte-à-côte dans les rues de Paris, le 13 mai. C'est alors la grève générale, entre 600 000 et un million de personnes défilent. [UPI/AFP]

«Elections, piège à cons!» ou «Il est interdit d'interdire!». Cinquante ans après les événements de Mai 68, la France se souvient toujours de ces slogans, autant que des personnalités emblématiques du mouvement. Tour d'horizon des protagonistes d'une période marquée par les manifestations étudiantes et les grèves générales.

LES VISAGES DE LA CONTESTATION

Le trio de tête : Cohn-Bendit, Geismar et Sauvageot

Daniel Cohn-Bendit

«Dany le rouge» a 23 ans en Mai 68, et son nom deviendra bientôt le symbole de la contestation.

Le 20 mars, lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam, quelques étudiants sont arrêtés. Une poignée de militants de l'université de Nanterre, menés par Daniel Cohn-Bendit, décident alors le 22 mars d'occuper la faculté pour exiger leur libération.

C'est le point de départ du «Mouvement du 22 mars», considéré comme l'un des événements déclencheurs de Mai 68.

Devenu leader de la révolte étudiante, le jeune garçon imprévisible aux cheveux rouges défile en tête des cortèges, se faisant tour à tour agitateur et conciliateur. Avec le préfet de Paris, il parvient à éviter une effusion de sang.

Jacques Sauvageot

Candide et peu ambitieux, Jacques Sauvageot, étudiant de 25 ans en droit et en histoire de l'art à la Sorbonne, devient par hasard l'un des leaders de Mai 68.

Le 3 mai, le vice-président de l'Unef (l'Union nationale des étudiants de France) négocie le départ des CRS dans la cour d'une Sorbonne, occupée par les étudiants. Avec 570 autres personnes, il est arrêté par les forces de l'ordre.

Alain Geismar

A l'aube de Mai 68, Alain Geismar travaille au laboratoire de physique de l'Ecole normale supérieure de Paris, tout en exerçant la fonction de secrétaire général de SNE Sup (Syndicat national de l'enseignement supérieur).

Le 3 mai, il appelle à la grève générale dans l'enseignement supérieur.

Il défile notamment côte-à-côte avec Sauvageot et Cohn-Bendit à Paris le 13 mai, lors de la grande manifestation unitaire organisée par divers syndicats.

Sauvageot, Cohn-Bendit et Geismar sont surpris et dépassés par l'ampleur des événements, et tentent de limiter la violence et en négociant avec les autorités.

Les intellectuels : Godard et Sartre

Engagé, Jean-Luc Godard l'est avant 68. Et son long-métrage «La Chinoise» en 1967 fait d'ailleurs résonnance à la contestation de Mai 68.

Mais, le représentant de la Nouvelle-Vague participe pleinement aux événements, comme citoyen et comme cinéaste. L'interruption du festival de Cannes, avec notamment François Truffaut, demeure l'un de ses faits d'armes les plus marquants.

De la même manière, Jean-Paul Sartre s'engage durant les événements de 68. A l'origine du fameux slogan «Elections, piège à cons!», l'auteur des «Mains sales» soutient la colère populaire, des usines à la Sorbonne. Le philosophe prend la plume pour critiquer le Général De Gaulle ou mettre en lumière les actions de Daniel Cohn-Bendit.

Autre figure majeure de 68 : Alain Krivine. Le secrétaire de rédaction au sein de la maison Hachette dirige aussi la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). C'est donc naturellement qu'il prend part aux événements. Le 3 mai, il est l'une des 570 personnes interpellées à la Sorbonne durant l'intervention des forces de l'ordre.

LES FIGURES DU POUVOIR

Le trio De Gaulle-Pompidou-Chirac

Une «chienlit». C'est ainsi que qualifie le mouvement le général de Gaulle, président de la République depuis onze ans.

Dépassé, il laisse opérer son Premier ministre Georges Pompidou, qui prône, lui, la conciliation, plutôt que la force. Il est d'ailleurs l'artisan des accords de Grenelle, signés le 27 mai entre les partenaires sociaux et le gouvernement.

Autre homme des accords de Grenelle : Jacques Chirac. Alors jeune secrétaire d'Etat aux problèmes de l'Emploi, le «bulldozer», tel que le surnommait Pompidou, joue un rôle déterminant dans la signature des  accords, et notamment dans la médiation avec les syndicats.

Ceux-ci obtiennent, entre autres mesures sociales, un relèvement du Smic. Mais, ces accords ne résolvent pas la crise.

Finalement, le 30 mai, lors d'une célèbre allocution télévisée, De Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée nationale et son refus de prendre vacances du pouvoir.

Je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple. Je le remplirai.Charles De Gaulle, le 30 mai 1968

Le mandarin Pierre Grappin

Doyen de l'Université de Nanterre, Pierre Grappin se retrouve en première ligne en Mai 68.

Le 2 mai, devant le risque de débordement, il décide de suspendre les cours «jusqu'à nouvel ordre».

«Nous prévoyons de la rouvrir progressivement si la situation le permet», promet le mandarin.

Le préfet Grimaud

Préfet de police de la capitale, Maurice Grimaud, restera «l'homme qui a évité le bain de sang», en voulant éviter l'emploi de la force contre les manifestants.

Le 3 mai, il s'oppose à l'envoi de CRS à la Sorbonne, contrairement à Charles de Gaulle, qui orchestre l'évacuation des étudiants. Les événements prennent alors encore plus d'ampleur.

Le 29 mai, le préfet adresse une lettre individuelle à tous les policiers pour alerter sur les dangers de l'emploi excessif de la force.

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