La semaine de Philippe Labro : l'harmonie d'un couple, un duo au diapason

C’est la sixième édition du Festival de Pâques, dont le principe a germé dans la tête inventive du violoniste Renaud Capuçon. [AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

DU VENDREDI 30 MARS AU MARDI 3 AVRIL

Il n’est pas très réjouissant, ce printemps 2018. Il est gris, pluvieux, un peu froid, venteux, et il devient le premier chapitre de ce qui va être un long et difficile combat entre les syndicats et l’Etat – grèves intermittentes de la SNCF sur plusieurs mois, manifestations diverses d’autres secteurs. Les clichés tombent comme les averses. «Bras de fer», «bataille de l’opinion», «gréviculture» qui va peut-être bientôt donner naissance à «grévitude», «gréviquotidienne» et autres astuces de langage, suggérées par un événement.

Pour échapper à une telle ambiance, allons vers la musique, allons à Aix-en-Provence. J’aime cette ville – l’une des plus attirantes de France. Il y règne une atmosphère douce et aimable. Les gens parlent autrement qu’à Paris, y font plus de sourires, offrent plus de cordialité et ont une autre notion du temps. Là-bas, il y a un événement musical : le Festival de Pâques. C’est la sixième édition de cette manifestation, dont le principe a germé dans la tête inventive du violoniste Renaud Capuçon.

Cet homme, reconnu comme l’un des meilleurs maîtres de l’archet, qui parcourt le monde de concert en concert, a su élever son art à un très haut niveau, mais il n’est pas seulement un grand interprète. Il possède – ce qui est rarissime – à la fois la sensibilité et l’inquiétude de l’artiste, et un sens précis, concret, réaliste, de l’organisation. On a pour habitude de considérer les pianistes, flûtistes, violonistes, violoncellistes, comme des êtres humains fragiles qui ont souvent besoin du soutien de leur famille (ah ! les mères des pianistes russes !) ou de leur agent.

Eh bien, Capuçon est capable d’être à la fois un artiste et un entrepreneur. Il a compris un jour qu’il y avait des festivals de musique un peu partout à Pâques, mais pas à Aix, où, pourtant, en juillet, existe déjà un rendez-vous d’art lyrique. Capuçon a alors décidé d’aller proposer son projet : construire, à partir de rien, un festival de musique classique. Il a persuadé une grande institution, le CIC, et son légendaire patron, le banquier Michel Lucas, à s’engager dans cette aventure. Grâce à sa renommée, à sa connaissance aiguë de tous les artistes, orchestres, chœurs, quartets et autres formations, il est parvenu à établir une programmation, durant deux semaines, qui a, au fil des années, rempli le Grand Théâtre de Provence, autant que le théâtre du Jeu de Paume, la cathédrale Saint-Sauveur ou encore le conservatoire Darius-Milhaud.

Les Aixois ne sont pas forcément des spécialistes ou des mélomanes avérés, mais ils ont le goût de la beauté, l’amour d’une émotion unanime – il faut avoir vécu les ovations, debout, à la fin du concert de lundi, les rappels, les cris de bonheur de cette foule pour l’orchestre de l’opéra de Vienne et les chanteurs qui donnèrent Les noces de Figaro en version concert, pour mesurer l’enthousiasme et la ferveur des gens, ce soir-là. Pour clore ces moments forts, Renaud Capuçon et Dominique Bluzet – le directeur général –, indispensable exécutif de l’événement, avaient invité les «voix» à un dîner dans les coulisses du théâtre.

Nous avons profité de la présence de deux des plus belles voix de ce Wiener Staatsoper : un  Coréen, Jongmin Park, qui chante Figaro et une Moldave, Valentina Nafornita, soprano dans le rôle de Susanna. L’un comme l’autre sont jeunes, ont découvert le cadeau que la vie leur avait fait dès leur enfance, et ils ont avancé dans la discipline, le travail, le développement de leur talent. Tel fut l’enchantement d’Aix, loin de toute actualité grèves-pluie-grisaille. C’était la musique, accessible, consolante. Rock ou jazz, classique ou baroque, la musique qui guérit de tout, ne fût-ce que l’espace d’un instant.

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