La semaine de Philippe Labro : le roman de Cannes, un festival de livres

George Clooney et sa femme Amal Clooney au 69ème Festival de Cannes. [LOIC VENANCE / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

VENDREDI 13 AVRIL

On va parler livres, si vous le voulez bien. Quand je consulte l’agenda, je vois qu’il ne reste que quelques semaines avant le Festival de Cannes. Aussi, pour en parler, qui de mieux que Gilles Jacob ? Celui qui est entré en 1976 au Festival, dont il est devenu directeur puis président, publie, dans une collection dont j’ai déjà parlé ici, son Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes (Plon).

C’est un trésor d’histoires, d’informations, d’inédits. Jacob ne se contente pas de faire défiler les stars (d’Adjani à Zurlini, metteur en scène italien), il nous instruit sur de nombreux petits secrets, du film Polisse au très désagréable Harvey Weinstein. «Il y avait quelque chose dans son physique et ses manières qui me dégoûtait», écrit-il. Et puis :

– «La montée des Marches» – avec un M majuscule, et ceci depuis 1987, quand on les habilla d’un tapis rouge. Il y a ceux qui savent les monter. Selon Jacob, les Américains de Hollywood sont les meilleurs, «avec leur démarche de félin», tels Clint Eastwood, Cary Grant, George Clooney. Et aussi les femmes, comme Elizabeth Taylor, avec «une heure de retard», il ne lui manquait pas un «diadème ni une tiare». Et Sharon Stone, «longue liane blanche incurvée, se prosternant en arrière, bras tendus vers une divinité qui lui ressemblerait».

– «L’affiche». Celle qui annonce partout le Festival. Comment la choisir parmi les centaines de propositions de graphistes ? Comment trouver la bonne photo, et savoir répéter ce choix ? Fellini fut honoré trois fois. Il y eut trois Marilyn.

– «La Villa Domergue». C’est là que le jury a délibéré pendant plus de vingt ans. Comment l’on confisque les téléphones portables dès que les jurés entrent en loge. Comment les infos confidentielles sont exfiltrées vers ceux qui ont gagné «quelque chose» et à qui l’on suggère de reprendre l’avion pour être là. «Vous ne le regretterez pas», leur dit-on, sans pouvoir révéler leur récompense.

– «Chabrol» : vingt ans de carrière, 35 films. «Comment se fait-il qu’il n’ait jamais été sélectionné avant mon arrivée, en 1978 ?» Ce livre volumineux est drôle, bien écrit (ces portraits de femmes, Deneuve, Jeanne Moreau…) et l’on sent toute la nostalgie de l’auteur.

Il y a aussi les rééditions en Folio ou en Livre de Poche qui permettent souvent de découvrir un ouvrage qui nous avait échappé. Ainsi, de Benoît Duteurtre, Livre pour adultes en Folio – avec une merveilleuse illustration en couverture, signée de Sempé, ce grand artiste. C’est une suite de souvenirs, qui commence par la visite de l’auteur à une centenaire, Madeleine, une femme qui connut toute la vie artistique d’un Paris aujourd’hui disparu. Duteurtre, écrivain sensible, poétique, ne prend rien au sérieux et dit vivre «dans un perpétuel enchantement». Il possède cette faculté indispensable, selon moi, d’avoir un style limpide, lisible par tous, proche de nous. Il y a un joli chapitre intitulé «Liste de plaisirs». Duteurtre sait décrire une promenade en forêt dans les Vosges.

Un hiver au Vésinet (La Table Ronde), dix-huit nouvelles signées François Bott. Voici encore un de ces écrivains qui s’exprime dans un français clair, net, et avec une volontaire économie de moyens.

J’aime particulièrement Le roman de Jules, la plus longue des nouvelles – journal de bord de la petite enfance d’un garçon, dont je soupçonne que l’auteur est son grand-père. Pudeur, finesse, innocence et simplicité. Il y a du J. D. Salinger là-dedans.

Enfin, on ne peut pas passer à côté du dernier roman de John le Carré. Contrairement aux écrivains que je viens de citer, il est une célébrité mondiale. La presse lui consacre des pages entières, des entretiens «exclusifs», et François Busnel lui a rendu visite pour sa Grande librairie. Il s’agit de L’héritage des espions (Seuil).

Bonne lecture ! On ne perd jamais son temps avec un livre dans les mains. 

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