Réformes, popularité, mouvements sociaux... le bilan annuel de Macron décrypté par des politologues

Le 7 mai sera le premier anniversaire de l'élection d'Emmanuel Macron. Le 7 mai sera le premier anniversaire de l'élection d'Emmanuel Macron. [© LUDOVIC MARIN / POOL / AFP]

Le 7 mai marquera le premier anniversaire de l'élection d'Emmanuel Macron à la tête du pays. Quel est le bilan de ces douze premiers mois à l'Elysée, tant en termes d'action présidentielle que de popularité, de communication politique et de contestation sociale ? Frédéric Dabi (Ifop), Rémi Bourguignon (Cévipof) et Philippe Moreau-Chevrolet décryptent cette année de présidence.

L'avis de Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop

Comment expliquez-vous l'évolution en dents de scie de la popularité d'Emmanuel Macron depuis son élection ?

Contrairement aux autres présidents, qui avaient bénéficié d’un état de grâce pendant l’été avant de chuter fortement dans les sondages dès la rentrée, Emmanuel Macron est devenu impopulaire assez vite, dès l’été. Mais à la rentrée, il est remonté, les Français jugeant qu’il incarnait bien la fonction, qu’il ne reculait pas sur les ordonnances réformant le Code du travail, qu’il avait cette velléité de transformer le pays. Il y avait une certaine cohérence entre «ce qu’il dit» et «ce qu’il fait». Il a ensuite légèrement baissé depuis début 2018, mais il dispose d’un socle de soutien solide (entre 40 et 50 %).

Si le premier tour de la présidentielle se déroulait aujourd’hui, Macron arriverait en tête avec 36 % des voix, selon un récent sondage Ifop-Fiducial…

C’est un sondage à prendre avec des pincettes, mais en effet, Macron est sur une voie de conquête, en particulier de l’électorat de droite. Il bénéficie d’une triple logique positive. Une logique de distinction par rapport à ses prédécesseurs : Macron incarnerait mieux la fonction que Hollande ou Sarkozy, d’après un sondage. Une logique de cohérence : la population estime en majorité que le président tient ses engagements, qu’il a une vision pour le pays, qu’il est compétent – bien davantage que ses prédécesseurs. Et enfin, une logique de transformation du pays : les Français ont l’impression que le pays bouge. Maintenant, la question est : cette mutation va-t-elle leur profiter ou non en termes de pouvoir d’achat ?

Macron a été élu sur la promesse d’une politique «en même temps» de gauche et de droite. Un an après, comment son image est-elle perçue ?

Sur les questions d’économie, Emmanuel Macron arrive à capter une large majorité de sympathisants de droite. Et sur l’incarnation de la fonction, sur l’aspect autorité, il arrive à aller au-delà. Cela dit, il a un gros déficit en termes de proximité. Et son image penche plutôt à droite quand on interroge les Français.

Et sur la scène internationale ?

La diplomatie est devenue un gros point fort de Macron. Sur les différents domaines d’action, ce sont les relations avec l’Union européenne, l’image de la France à l’étranger et la croissance de l’attractivité du pays qui bénéficient le plus de jugements positifs. En réalité, Macron est bien vu sur tout ce qui relève du domaine macroéconomique et diplomatique, du régalien. En revanche, il pêche davantage sur la dimension «micro» (social, pouvoir d’achat…). Il y a là une dichotomie.

L'avis de Rémi Bourguignon, chercheur associé au Cevipof

Comment analyser l’évolution de la contestation sociale depuis l’élection présidentielle ?

Du point de vue du gouvernement, la légitimité politique d’Emmanuel Macron, issue de l’élection démocratique, est plus forte que la légitimité de la rue, à savoir la démocratie sociale. Et donc, si la grève est légitime, l’action présidentielle l’est davantage. Depuis mai dernier, la grogne sociale a répondu à deux logiques. Jusqu’à la fin de l’automne, certains syndicats comme FO ou la CFDT ont joué le jeu du dialogue, notamment sur la réforme du droit du travail, pensant qu’ils allaient faire bouger les lignes. En vain. Dans un second temps, soit depuis plusieurs semaines, ce sont les syndicats contestataires qui ont repris le flambeau et lancé les grèves que l’on connaît. Le problème aujourd’hui, c’est que les organisations constatent que ni le dialogue social, ni la mobilisation dans la rue ne semblent vraiment peser sur les décisions de l’exécutif. On assiste tout simplement à un affaiblissement du syndicalisme. Le danger, c’est que ces relais à la démocratie sociale signent leur arrêt de mort.

Les mouvements sociaux n’auront-ils «aucun impact» sur les réformes, comme l’a déclaré le président ?

La situation laisser présager que ces mouvements pourraient se terminer par un échec, un peu comme le combat contre les ordonnances réformant le code du travail. Et cette défaite est notamment liée à la méthode d’Emmanuel Macron, qui refuse le prisme de la négociation avec les syndicats. Certes, le gouvernement est dans une logique de discussion avec les organisations, qui sont reçues et largement sollicitées. Mais le dialogue est verrouillé : l’exécutif fixe les objectifs et édicte les arbitrages, entre les deux on peut discuter, mais c’est toujours lui qui a le dernier mot. En ce sens, Macron se démarque de ses prédécesseurs, qui impliquaient les syndicats dans le processus décisionnel – comme l’a prévu la loi Larcher de 2007 (dite de modernisation du dialogue social, ndlr). Au fond, on n’est pas dans une logique de concertation ou négociation mais de consultation – d’ordre facultatif donc.

Une «convergence des luttes» est-elle envisageable ?

Elle a été tentée le 22 mars, autour de la défense de la Fonction publique. Mais aujourd’hui, on ne la voit pas arriver. Notamment car, jusqu’ici, la contestation vient surtout de la base syndicale, très resserrée, qui peine à emmener dans son sillage les salariés qui ne sont pas syndiqués, ou la population en général. On constate que les organisations syndicales sont de moins en moins en capacité de mobiliser ailleurs que dans leur camp. Et pour cause : d’une part, la difficulté qu’ont les syndicats à mobiliser remonte à loin, historiquement parlant. Les derniers mouvements sociaux d’ampleur qui ont fonctionné, c’était en 1995 – et dans une moindre mesure, en 2006, contre le CPE.

L'avis de Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication

Comment analyser l’évolution du discours d’Emmanuel Macron depuis son élection ?

Emmanuel Macron a commencé par décréter que sa communication était jupitérienne, c’est-à-dire qu’elle serait plus rare et prendrait de la hauteur par rapport à ses prédécesseurs. Cette rareté s’est observée jusqu’en septembre : elle s’est traduit par une chute rapide dans les sondages. Mais dès l’automne, il y a eu un virage à 180 degrés : le président s’est mis à commenter en permanence son action, au point d’apparaître aujourd’hui comme le seul vrai porte-parole de l’exécutif. On est passé, sous la pression de l’opinion publique, de la rareté de la parole à l’hyper-présidence. Une stratégie payante, car les sondages de popularité sont remontés dans la foulée. C’est le paradoxe des sondages actuels : la politique du président est critiquée, mais sa popularité est préservée.

Comment peut-on qualifier sa forme de communication ?

Depuis cet automne, la communication du président est sarkozyste, omniprésente. Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs dit [en juin 2017, ndlr] que «Macron, c’est moi en mieux». En effet, Macron reprend ce prisme du président sauveur du monde, partout conquérant, leader sur la scène internationale. Il intervient en permanence dans le débat. Mais au quotidien, la communication de Macron ressemble à celle de Barack Obama, qui avait été un des premiers à utiliser les canaux numériques des réseaux sociaux, afin d’avoir une prise directe avec la population. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable pour un chef d’Etat.

Macron fait désormais les deux : répondre aux questions des journalistes traditionnels et promouvoir son action sur Facebook et Twitter. En ce sens, la communication de Macron s’est déverrouillée au fil de l'année. Il prend davantage de risques, apparaît moins complexé. Les deux seuls axes de sa communication sont : d’une part, «je fais ce que j’ai dit», et d’autre part, «je suis autoritaire» – dans le sens cohérent et ferme. C’est une stratégie efficace en réaction à François Hollande, qui donnait l’impression de faire le contraire de ses promesses et apparaissait comme faible, et qui lui-même se définissait en réaction à la présidence de Nicolas Sarkozy. Le principal défi de Macron, c’est de trouver son identité propre.

Quel était l’objectif de son récent marathon médiatique face à Pernaut, Bourdin et Plenel ?

Chez Pernaut, le but était de tendre la main aux retraités, de les «remercier» – comme il l’a déclaré – pour les efforts qu’ils devront faire [à cause de la hausse de la CSG, ndlr]. Il a voulu reconquérir le cœur d’un électorat qu’il était en train de perdre. En se confrontant à Bourdin et Plenel, il a au contraire voulu parler aux élites et aux CSP+, notamment à tous ceux qui avaient été choqués, à gauche surtout, par son discours sur la laïcité. Finalement, ces entretiens étaient des interviews-médicaments, qui l’ont aidé à effacer les nombreuses gaffes qu’il avait commises. Selon moi, Macron est un nouveau Donald Reagan, la nouvelle Margaret Thatcher : c’est un ultra-libéral qui a compris que, si ses mesures ne sont pas populaires, lui peut quand même l’être. La presse anglo-saxonne l’appelle d’ailleurs «L’homme de fer».

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