Simone Veil au Panthéon : un héritage à préserver

Le président Emmanuel Macron a rendu hommage à Simone Veil, dimanche 1er juillet 2018. Le président Emmanuel Macron a rendu hommage à Simone Veil, dimanche 1er juillet 2018.[LUDOVIC MARIN / AFP / POOL]

Des droits des femmes à la réconciliation européenne, en passant par la mémoire de la Shoah, les legs de Simone Veil ne sont pas des acquis irréversibles, et devront être protégés. 

Officiels et anonymes unis dans la même émotion. Tout juste un an après sa mort, Simone Veil est entrée ce dimanche 1er juillet au Panthéon, avec son époux Antoine, dans un moment de communion nationale. La rescapée d’Auschwitz-Birkenau, figure de la lutte pour les droits des femmes et pour la réconciliation européenne, est restée l’une des personnalités politiques les plus populaires du pays. 

«La France aime Simone Veil», a résumé le président Emmanuel Macron. Elle reposera, avec son mari, aux côtés de Jean Moulin, André Malraux, René Cassin et Jean Monnet, «comme elle des maîtres d’espérance», selon le chef de l’Etat. L’acédémicienne avait dédié sa vie à des combats dont l’actualité résonne encore.

Une femme d’engagements

La procession transportant les cercueils s’est arrêtée hier trois fois, pour marquer les trois causes auxquelles Simone Veil avait consacré son existence: l’émancipation des femmes, la cohésion de l’Europe et la mémoire de la Shoah. 

C’est en 1974 qu’elle était entrée dans l’histoire politique, en défendant la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Alors ministre de la Santé dans un gouvernement essentiellement composé d’hommes, elle avait défendu sa «conviction de femme» devant une Assemblée tout aussi masculine. Au-delà de cette mesure emblématique, son engagement en faveur de l’égalité des sexes s’était poursuivi tout au long de sa carrière, notamment avec son plaidoyer pour la parité dans les années 1990. 

L’autre combat de sa vie fut celui de l’Europe. Jeune mariée, à peine cinq ans après son retour d’Auschwitz, elle avait accepté de son suivre son époux à Wiesbaden, en Allemagne, où il avait obtenu un poste. «Alors que la langue allemande la ramenait à un passé douloureux, elle avait tout de suite pris le parti de la réconciliation», souligne la biographe Jocelyne Sauvard, auteure de «Simone Veil, la force de la conviction» (éd. Archipoche). 

Une ligne qui fut la sienne toute sa vie et la conduisit à devenir la première femme présidente du Parlement européen, en 1979, après la première élection de cette assemblée au suffrage universel direct. 

Son troisième combat fut celui du souvenir du génocide des juifs. Présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah, elle avait consacré une partie importante de ses dernières années à témoigner du calvaire qui avait été le sien à Birkenau, expliquant vouloir porter la voix de ceux qui n’étaient pas revenus.

Des victoires jamais acquises

«Simone Veil travaillait pour le présent et pour l’avenir», explique Jocelyne Sauvard, qui note que «ce grand hommage de la panthéonisation arrive dans une Europe blessée, qui n’est pas si fraternelle qu’elle l’avait souhaité». De fait, la montée des populismes au sein des Vingt-Huit fait ressurgir le spectre d’un continent divisé par les rivalités nationalistes.

Et si l’égalité entre les femmes et les hommes a connu de substantielles avancées depuis 1974, elle demeure l’objet d’une lutte perpétuelle, comme le montre la remise en cause du droit à l’IVG dans de nombreux pays.

En 2010, l’entrée de Simone Veil à l’Académie Française avait donné lieu à une manifestation anti-avortement à Paris. Et aujourd’hui encore, les Etats-Unis où la Pologne n’hésitent pas à revenir en arrière, pour durcir leurs législations à ce sujet. Autant d’exemples qui montrent qu’aucune liberté n’est définitivement acquise.  

 

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