Après la crise, le temps des réponses

Le couple exécutif, au plus bas dans les sondages, espère convaincre les gilets jaunes. Le couple exécutif, au plus bas dans les sondages, espère convaincre les gilets jaunes. [© Yoan VALAT / POOL / AFP]

L’Etat a dévoilé un projet de loi censé améliorer le pouvoir d’achat, craignant de voir la contestation se poursuivre.

De la parole aux actes. Les récentes promesses présidentielles en réponse au mouvement des gilets jaunes, qui dure depuis plus d’un mois, ont pris forme, mercredi, dans un projet de loi présenté en Conseil des ministres. Pressé de redonner du pouvoir d’achat aux Français, le gouvernement a détaillé une série de mesures «d’urgence», qui doivent être examinées dès jeudi à l’Assemblée et vendredi au Sénat, avant les fêtes de fin d’année.

Une course contre la montre destinée à faire appliquer ces gestes d’apaisement au plus tôt, et ainsi tenter d’éteindre d’ici à janvier une des plus graves crises du quinquennat.

Des coups de pouce à l’agenda

Au-delà de la hausse automatique du Smic de 1,5 % au 1er janvier, confirmée mercredi, l’exécutif a décliné le contenu du texte et son calendrier. En premier lieu, une prime exceptionnelle pouvant aller jusqu’à 1 000 euros, exonérée de toute charge sociale et d’impôt sur le revenu, pourra être versée par les entreprises à leurs salariés rémunérés moins de 3 600 euros par mois. En fonction de la volonté des patrons, ce bonus, qui devra tomber avant le 31 mars, pourrait bénéficier jusqu’à 5 millions de personnes.

Autre levier, inspiré du quinquennat Sarkozy : à partir de 2019, les heures supplémentaires seront défiscalisées pour les salariés et les fonctionnaires, afin de «mieux rémunérer le travail». Concernant la hausse de la CSG, très critiquée, 70 % des retraités – les plus modestes – en seront désormais exemptés, soit 5 millions d’entre eux. S’ils devront bel et bien la supporter, ils se verront en effet «intégralement remboursés au plus tard le 1er juillet».

Enfin, le nombre de foyers éligibles à la prime d’activité passera de 3,8 à 5 millions au 5 février. Elle concernera notamment 12 % des fonctionnaires et 18 % des indépendants, contre 8 % et 15 % aujourd’hui. «Confronté à la défiance populaire, le gouvernement veut aller vite et prouver qu’il ne donne pas d’une main ce qu’il reprend de l’autre», note Frédéric Dabi, de l’Ifop.

Néanmoins, les gilets jaunes risquent de ne pas se contenter de ces coups de pouce, dont ils avaient déjà pris connaissance il y a dix jours. La preuve, une partie d’entre eux étaient toujours mobilisés en région, hier soir, et un acte VI est toujours prévu ce samedi dans tout l’Hexagone. Un temps retirées, puis finalement maintenues, les compensations annoncées ces dernières semaines (extension du chèque énergie, doublement de la prime à la conversion...) ne les avaient d’ailleurs pas convaincus non plus.

Une concertation à préciser

Au-delà de ces gestes sociaux, l’Etat entend apporter une réponse plus politique à la crise des gilets jaunes, misant sur un «grand débat national» avec les acteurs locaux (élus, associations, syndicats) sur tout le territoire, comme promis par Emmanuel Macron.

Cette concertation autour de quatre thèmes (fiscalité, citoyenneté, écologie et organisation de l’Etat), dont les contours exacts seront donnés jeudi, devrait déboucher «fin mars, mi-avril» sur «des décisions concrètes, en fonction des consensus identifiés», selon l’exécutif. Une façon pour l’Etat de répondre à la volonté des opposants de donner davantage la parole au peuple.

Reste que, selon Frédéric Dabi, «si les citoyens veulent être associés aux décisions, ils attendent surtout un retour sur investissement».

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