Qui est Paul François, l'agriculteur en guerre contre Monsanto depuis 12 ans ?

Paul François assure souffrir de graves troubles neurologiques causés par l'utilisation de l'herbicide produit par Monsanto. Paul François assure souffrir de graves troubles neurologiques causés par l'utilisation de l'herbicide produit par Monsanto. [© JEFF PACHOUD / AFP]

La cour d'appel de Lyon a donné raison pour la troisième fois, à Paul François face à Monsanto. Voilà maintenant douze ans que l'agriculteur de l'Hexagone tente de faire reconnaître la responsabilité du géant de l'agrochimie américain dans son intoxication à un pesticide.

Le céréalier de Charente avait été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide de la firme interdit en France depuis 2007 (et au Canada depuis 1985). Après plusieurs malaises, l'agriculteur avait été longuement hospitalisé et frôlera même la mort. Il assure souffrir depuis de graves troubles neurologiques, qui pourraient évoluer un jour en maladie de Parkinson, d'Alzheimer ou en tumeur.

Son mal étant reconnu comme maladie professionnelle, l'agriculteur s'est alors lancé dans un combat judiciaire contre Monsanto, filiale de l'allemand Bayer depuis 2018. Réclamant au groupe une indemnisation à hauteur de «plus d'un million d'euros», il avait obtenu gain de cause en première instance comme en appel, avant que l'affaire ne soit de nouveau renvoyée en cour d'appel par la Cour de cassation. Ce jeudi 11 avril, la cour d'appel de Lyon a de nouveau donné raison à Paul François, reconnaissant Monsanto «responsable du dommage causé» au Charentais. 

Cette nouvelle victoire de l'agriculteur ne mettra pas toutefois forcément fin à son combat judiciaire, le groupe agrochimique ayant encore la possibilité de se pourvoir une nouvelle fois en cassation.

Des précédents aux Etats-Unis

«Je n'ai pas honte d'avoir cru à ce modèle [de production], j'aurais honte si aujourd'hui je ne faisais rien», a récemment déclaré Paul François dans les colonnes de Lyon Capitale. Son combat, l'agriculteur l'a raconté dans un livre-témoignage, Un paysan contre Monsanto (éd. Fayard Presse), co-écrit avec Anne-Laure Barret et paru en octobre 2017.

Assurant que «nous n'avions jamais été inquiets au sujet de la toxicité des herbicides, pour nous ils servaient de médicament pour les plantes», l'agriculteur explique à quel point son point de vue, tant sur les pesticides que sur les bienfaits de la production biologique, a changé depuis qu'il est en guerre contre le géant américain.

Aux Etats-Unis, c'est pour avoir fait usage d'un autre produit Monsanto, le Roundup, pour désherber sa propriété, qu'un Californien de 70 ans, souffrant d'un lymphome non-hodgkinien, a obtenu le 28 mars la condamnation du groupe américain à lui verser plus de 80 millions de dollars. L'entreprise a fait appel.

En août dernier, un autre Américain, jardinier de profession, en phase terminale d'un cancer, avait obtenu en justice la somme de 289 millions de dollars – une somme réduite ensuite par une juge à 78,5 millions de dollars. Bayer a aussi fait appel de ce jugement. Le litige pourrait donc encore durer plusieurs années.

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Paul François, en mai 2015, devant la cour d'appel de Lyon. © JEFF PACHOUD / AFP

Les affaires outre-Atlantique pourraient servir de précédents juridiques pour les procès intentés contre Monsanto par des Français. Tout comme elles devraient alimenter le débat sur les pesticides dans l'agriculture tricolore, à l'heure où Emmanuel Macron a finalement renoncé à l'objectif d'interdire d'ici à 2021 le glyphosate, herbicide controversé présent notamment dans le Roundup. Un engagement qu'il avait pourtant pris personnellement pendant sa campagne.

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