BNF, Maison de la Radio, Palais de Chaillot, Cité des Sciences… comme Notre-Dame, ces monuments ont pris feu pendant leur rénovation

L'un des responsables des échafaudages de la cathédrale Notre-Dame a assuré mardi que «l'ensemble des dispositifs et procédures de sécurité ont été respectés».[AFP]

Le Ritz, l'Hôtel Lambert, la BNF, la Cité des Sciences ou la Maison de la Radio : l'incendie qui a ravagé lundi Notre-Dame de Paris, en travaux comme d'autres sites emblématiques qui ont pris feu ces dernières années dans la capitale, repose la question de la sécurité sur les chantiers de rénovation des monuments historiques.

Dans la nuit du 9 au 10 juillet 2013, l'Hôtel Lambert, joyau architectural de la capitale, œuvre de l'architecte Louis Le Vau datant du XVIIe siècle, s'embrase. Cet incendie était alors le premier d'une longue série noire. Un mois plus tard, les flammes endommageaient la toiture du site Richelieu de la Bibliothèque nationale (BNF) (IIe), puis la Maison de la Radio en octobre 2014, la Cité des Sciences en août 2015 et, enfin, le luxueux hôtel Ritz en janvier 2016.

Point commun à tous ces sites historiques ou touristiques : ils se trouvaient en travaux au moment des faits, jetant la suspicion sur le personnel du BTP chargé de ces lourds projets de rénovation. «L'incendie est notre préoccupation permanente sur tous les chantiers», explique à l'AFP Gilles De Laâge, co-président du groupement Monuments historiques (GMH), qui rassemble environ 200 entreprises. «Il existe des cas historiques et l'accident peut arriver, même si tout a été bien organisé», concède-t-il.

L'un des responsables des échafaudages de la cathédrale Notre-Dame a assuré mardi que «l'ensemble des dispositifs et procédures de sécurité ont été respectés» et qu'au départ du feu «aucun des salariés de (sa) société n'était présent sur site». «Cinq entreprises intervenaient sur le site. Dès aujourd'hui, ont débuté des auditions d'ouvriers d'employés de ces entreprises. Une quinzaine sont prévues. Ils sont une quinzaine à être intervenus, à avoir été présents hier», a indiqué de son côté le procureur de Paris Rémy Heitz, qui privilégie «la piste accidentelle».

Si les investigations, «longues, complexes» selon le procureur, devront déterminer l'origine exact du départ de feu, plusieurs experts interrogés par l'AFP émettent l'hypothèse d'un «point chaud», provoqué par une soudure au chalumeau, lors de travaux d'étanchéité, ou le découpage de métaux avec une disqueuse source d'étincelles.

Des travaux de soudure et de couverture de la toiture avaient été ainsi réalisés quelques heures avant le spectaculaire incendie d'une partie de la toiture du Palais de Chaillot, place du Trocadéro, en juillet 1997. A Paris, depuis une ordonnance préfectorale de 1970, le travail par «point chaud» doit faire l'objet au préalable d'un «permis feu». Ce document impose des consignes de sécurité avant, pendant et après les travaux, avec un maintien de surveillance au moins deux heures après l'intervention.

«L'incendie ne part pas toujours immédiatement, il y a parfois un feu couvant, d'une durée variable, le temps que la matière combustible libère des gaz inflammables», explique Thierry Fisson, expert auprès du Centre national de prévention et de protection (CNPP). Une ronde ou la pose de caméras thermiques permet de le détecter, pour éviter «que les feux démarrent quand il n'y a plus personne», comme dans le cas de Notre-Dame, ajoute-t-il.

«Les procédures sont très rarement respectées, tout le monde s'en fout, les entreprises comme les assurances. Quand on voit certaines choses, c'est hallucinant», s'étrangle un expert incendie auprès de la Cour d'appel de Paris, sous couvert d'anonymat. Sur les cinq expertises qu'il diligente en moyenne chaque année, «au moins une concerne un problème de point chaud», affirme-t-il.

«Il ne faut pas faire d'amalgame entre les chantiers», tempère Gilles De Laâge. Chef d'entreprise en maçonnerie et taille de pierre, il a participé à la rénovation de plusieurs châteaux de la Loire, tels qu'Azay-le-Rideau, Chenonceau et Amboise. «J'ai vu des architectes en chef des monuments historiques expulser des couvreurs qui n'étaient pas en règle», affirme-t-il.

«Les restaurations de monuments historiques sont strictement encadrées et plus vertueuses car l'enjeu est énorme», souligne-t-il, concédant que «des risques existeront toujours», comme vient de le rappeler crûment Notre-Dame.

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