La légalisation du cannabis thérapeutique fait son chemin en France

«Quand la France acceptera-t-elle de regarder la réalité en face ?» Plus de soixante-dix personnalités appellent les pouvoirs publics «à agir vite» pour autoriser le cannabis au nom du «pragmatisme» dans une tribune publiée ce mercredi dans L'Obs, six mois après le feu vert de l'Agence du médicament (ANSM) à une expérimentation dans le pays.

Les signataires – les ex-têtes de liste aux européennes Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann, trois députés LREM, des médecins, des chercheurs... – plaident pour «en finir avec le statu quo» et «légaliser le cannabis, qu'il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans».

S'ils invitent toutefois à «contrôler la production et la distribution» de ce «produit nocif pour la santé», ils regrettent que la France soit «à la traîne» par rapport à ses voisins qui ont «tous assoupli leur législation», ou à certains pays comme l'Urugay, les Pays-Bas, le Canada, Israël ou plusieurs Etats américains qui ont, eux, déjà «légalisé la substance».

Une tribune qui tombe à point nommé, alors que le comité d'experts mandaté par l'ANSM pour réfléchir à une expérimentation en France dès 2020, a dévoilé son plan ce mercredi. Avec quelques garde-fous au menu : cannabis réservé aux patients souffrant de certaines douleurs chroniques, seulement sous la forme d'huiles ou de fleurs à tisane (le joint est donc proscrit), pas de production d'herbe sur le sol français, délivré seulement par des médecins spécialistes... Mais la future expérimentation est bel et bien dans les rouages.

Le gouvernement ouvert à une «réflexion»

A croire que l'idée fait son chemin. Non seulement dans l'opinion publique (près d'un Français sur deux favorable à la légalisation, selon l'OFDT), mais aussi chez les politiques attentifs aux sondages. Tout comme le Premier ministre Edouard Philippe qui, en avril, avait jugé «absurde» de s'interdire d'en étudier les possibilités, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a de son côté jugé qu'il pouvait y avoir des «réflexions» sur un usage médicinal. Les deux ont toutefois exclu sans état d'âme toute légalisation récréative.

Les esprits bougent également parmi les élus de la République. Dans une proposition de loi qui sera formellement déposée à l'Assemblée nationale ce jeudi, plusieurs députés issus de quatre groupes politiques, dont LREM, prônent une «légalisation contrôlée» du cannabis pour les majeurs, estimant que la politique de répression est un «échec complet». Une petite révolution qui permettrait de «réguler la production et la vente tout en contrôlant la consommation», puis de consacrer le produit des taxes aux politiques de santé publique. A l'image «de l'alcool ou du tabac», deux drogues autorisées depuis toujours.

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