Emmanuel Macron mise sur l'écologie pour relancer son quinquennat

Le locataire de l’Elysée s’est illustré en s’opposant à Jair Bolsonaro, son homologue brésilien climatosceptique.[© j. witt/sipa]

Un virage durable ? Depuis quelques semaines, le chef de l’Etat et le gouvernement font feu de tout bois pour convaincre que l’écologie constituera la «priorité» de l’autoproclamé «acte II du quinquennat».

Entre les feux en Amazonie et la sécheresse en France, en passant par les mobilisations de la jeunesse et la venue de l’icône Greta Thunberg, le problème environnemental s’est en effet invité dans les débats tout l’été. De quoi pousser le gouvernement à prôner un engagement clair en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

Pour l’amorcer, deux textes doivent être soumis aux députés mardi 10 et mercredi 11 septembre : le projet de loi énergie climat, pour une neutralité carbone en 2050, et celui sur les mobilités, censé verdir nos transports. 

Un discours offensif

Soucieux de répondre à l’impatience des Français, le chef de l’Etat lui-même veut occuper le terrain. Il s’est ainsi montré très offensif sur le sujet lors du G7 à Biarritz, fin août. S’opposant publiquement à son homologue brésilien climatosceptique, Jair Bolsonaro, il a défendu des mesures en faveur des océans et de la forêt amazonienne, «poumon de la planète». 

Allant même jusqu’à annoncer, à la veille du sommet, que la France ne signerait pas le traité de libre-échange Mercosur, fustigé par les ONG. «J’ai changé ces derniers mois, très profondément», s’était alors justifié le président auprès du site d’informations Konbini.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, lui a ensuite emboîté le pas lors d’une visite à Roubaix (Nord) sur le thème du «zéro déchet», un mode de vie aussi «bon économiquement» qu’«écologiquement». Autre initiative vantée par les «marcheurs» : l’apparition surprise du chef indien Raoni, figure mondiale de la lutte contre la déforestation, à la rentrée de LREM, le week-end dernier.

Sans compter les autres projets de loi dans les tuyaux, comme celui sur l’économie circulaire, qui décrète la guerre au gaspillage plastique et doit être examiné fin septembre par le Parlement.

Un volontarisme non dénué de stratégie, selon un conseiller de l’Elysée : au vu du bon score des Verts aux européennes (13,5 %), le thème «pèsera forcément pour les prochaines municipales, et plus que jamais en 2022».

Un bilan peu reluisant

Reste que la politique écologique d’Emmanuel Macron serait loin d’être à la hauteur du défi. C’est du moins ce que dénoncent les associations, évoquant les subventions aux énergies fossiles, la cession de terres amazoniennes à l’industrie minière, les coups de pouce aux chasseurs, ou encore les trois ministres qui se sont succédé à l’Ecologie en moins de trois ans.

Dernier coup dur, selon les écologistes : la proposition de l’Etat de fixer à cinq ou dix mètres la distance minimale entre les habitations et les champs traités aux pesticides – une distance inférieure à celle réclamée par les maires.

Preuve d’un bilan peu reluisant, le Haut conseil pour le climat, lancé par Macron fin 2018, a lui-même jugé «nettement insuffisants» les efforts de l’Etat pour réduire son empreinte carbone. Quant à l’opposition, elle accuse l’exécutif d’«opportunisme électoral» et de «double discours», façon greenwashing.

Un ex-député LREM, Matthieu Orphelin, résumait récemment la situation au Parisien : «On ne peut pas dire que rien n’a été fait, mais l’écologie n’est clairement pas au cœur de l’action du gouvernement.»

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