Pourquoi Emmanuel Macron est-il si discret sur la réforme des retraites ?

La parole présidentielle s'est fait rare sur la réforme des retraites. La parole présidentielle se fait rare sur la réforme des retraites.[Ludovic Marin / AFP]

Un président discret. Depuis le début des grèves contre la réforme des retraites voulue par le gouvernement, la parole d'Emmanuel Macron se fait rare.

Quatre prises de paroles en un peu plus d'un mois de conflit social et puis c'est tout. Le 5 décembre, date de début du mouvement, Emmanuel Macron s'était dit «calme et déterminé» face à la première mobilisation des Français sur le sujet.

Le 13 décembre, le chef de l'Etat avait qualifié la réforme de «transformation (...) essentielle pour le pays» depuis Bruxelles, où il assistait à un sommet européen. C'est également depuis l'étranger, à Abidjan le 22 décembre, qu'il avait demandé aux grévistes de respecter une trêve des confiseurs («Il est bon de savoir faire trève»). Une prise de parole sans effet puisque les grèves avaient continué entre les deux réveillons de décembre.

Enfin, à l'occasion des traditionnels voeux aux Français, le 31 décembre, le Président réaffirmait son souhait d'appliquer le projet de loi : «La réforme des retraites à laquelle je me suis engagé devant vous sera menée à son terme. Il s'agit d'un projet de justice et de progrès social. Il assure l'universalité».

A noter également que sans prendre la parole, le chef de l'Etat a fait parler de lui sur ce dossier en annonçant, le 22 décembre, qu'il renoncera à sa retraite de président (6.220 euros), une fois son (ou ses) mandat(s) achevé(s). 

59% de Français pensent que le Président devrait intervenir

Mais entre ces prises de parole discrètes, Emmanuel Macron a laissé son Premier ministre, Edouard Philippe, conduire l'explication de la réforme et les négociations avec les syndicats. Pourtant si l'on en croit un sondage (enquête réalisée sur un échantillon de 1.000 personnes entre le 6 et le 7 janvier), une majorité de Français (59%) pense que le Président devrait mettre la main à la pâte pour trouver une sortie de crise. 

Selon le politologue Luc Rouban, interrogé par La Croix, cette stratégie de communication est inévitable : «Il n’a pas d’autre choix à mon avis. S’il s’expose, il prend le risque de multiplier les attaques personnelles et virulentes contre lui, comme lors du mouvement des Gilets Jaunes. Et il sait qu’avec cette réforme, il joue la fin de son quinquennat».

Et il utiliserait Edouard Philippe comme un fusible potentiel, dans une tradition très «Ve République» : «dans ce contexte tendu, il retrouve la logique de la Ve République, en mettant son Premier ministre en avant. Si le gouvernement finit par imposer ses vues, il pourra toujours profiter du résultat positif de la confrontation. Si cela tourne mal pour son Premier ministre, il aura la liberté d’en changer.»

Pour de nombreux commentateurs politiques, la petite phrase prononcée par Emmanuel Macron lors des voeux aux Français le 31 décembre : «j'attends du gouvernement d'Edouard Philippe qu'il trouve la voie d'un compromis rapide» ressemble à un coup de pression discrètement donné à son Premier ministre.

Critiqué par François Hollande

Laisser le champ libre à son chef de gouvernement, c'est en substance ce qu'a affirmé Emmanuel Macron, le 12 décembre depuis Bruxelles : «il y a un président de la République qui défend les intérêts français et fait avancer notre agenda européen ici, et il y a un gouvernement qui travaille à Paris, qui a fait une proposition ; et maintenant il y a une concertation qui doit se faire». Depuis quasiment un mois, c'est donc ce principe qui régit la stratégie politique du Président. 

Une erreur selon... François Hollande. Sur les ondes de France Culture le 7 janvier, l'ex-président de la République estime que les Français attendent une prise de parole forte : «l’idée d’une prise de distance ou de hauteur ne tient pas : il y a dans la République un principe de prise de responsabilité».

Les grévistes, eux, en sont, au 9 janvier, à leur quatrième manifestation d'ampleur (après les 5, 10 et 17 décembre). Sans pour l'instant aperçevoir le début d'une sortie de crise.

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