Réforme des retraites : pourquoi l'âge pivot fait débat

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a rejoint la mobilisation contre la réforme des retraites après l'annonce par Edouard Philippe mercredi de la création d'un âge pivot. Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a rejoint la mobilisation contre la réforme des retraites après l'annonce par Edouard Philippe mercredi de la création d'un âge pivot. [Thomas SAMSON / AFP]

C'est à cause de lui que la CFDT, pourtant favorable à un régime universel, a rejoint la mobilisation contre la réforme des retraites. Mais pourquoi donc l' «âge pivot», mesure dont Edouard Philippe a annoncé le retrait provisoire samedi 11 janvier, suscite-t-il autant de critiques ?

La création de cet «âge pivot», aussi appelé «âge d'équilibre», a été annoncée par le Premier ministre Edouard Philippe ce mercredi 11 décembre, au moment de présenter le projet de réforme des retraites du gouvernement, qui fait l'objet d'une large contestation (SNCF, RATP, enseignants, policiers...) depuis huit jours. 

Concrètement, l'âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, mais pour toucher sa pension à taux plein, le salarié devra partir à la retraite au niveau de l'âge pivot, qui atteindre 64 ans en 2027, a expliqué Edouard Philippe. S'il part avant cet âge, il verra sa pension subir une décote, dont le taux reste à déterminer (le chiffre de 5 % est évoqué). Au contraire, s'il travaille après 64 ans, il aura droit à une surcote.

Mais pour le patron de la CFDT Laurent Berger, syndicat pourtant réformiste, une «ligne rouge» a été «clairement franchie». «C'était le fait de ne pas mélanger la nécessité d'une réforme systémique (...) et la réforme paramétrique qui demanderait aux travailleurs de travailler plus longtemps», a explicité le numéro un du premier syndicat de France. 

UNE MESURE «HYPOCRITE» SELON LES SYNDICATS ET L'OPPOSITION

En effet, selon la CFDT comme d'autres syndicats, l'instauration de cet âge d'équilibre n'est qu'une façon déguisée d'augmenter l'âge moyen de départ à la retraite. «C'est hypocrite car oui on garde un âge légal de départ à 62 ans mais tout en disant qu'il ne vaut mieux pas partir à cet âge car il y aura un abattement sur les points. Habillez ça comme vous voudrez mais cela revient à reculer l’âge de départ deux ans», déplorait en juin à Capital Philippe Pihet, de Force Ouvrière (FO).

Même son de cloche du côté des partis d'opposition. «Le dilemme sera de travailler plus ou de gagner moins. On n’a pas signé pour un deuxième mandat Sarkozy», fulmine le député des Landes et porte-parole du Parti socialiste Boris Vallaud, cité par LibérationLe député La France insoumise du Nord Adrien Quatennens conclue de son côté que la réforme transforme l'âge légal de 62 ans en simple seuil «théorique».

L'opposition de droite tire également à boulets rouge sur cette mesure, «extraordinairement hypocrite» selon Eric Woerth, député Les Républicains de l'Oise, interviewé par Europe 1. «Vous dites aux gens : 'Vous avez le droit de partir à 62 ans parce que le gouvernement n'a pas le courage de reculer l'âge légal de départ à la retraite, mais vous allez partir avec une petite retraite, avec une super décote'», tonne-t-il. 

LE GOUVERNEMENT OUVERT AU DIALOGUE

De plus, pour Laurent Berger, «créer un âge pivot unique est injuste et injustifié». «Si l’on rentre dans un système universel qui donne plus de lisibilité à chacun, l’âge de départ doit être adapté à la réalité de carrière de chacun et évoluer en fonction des situations individuelles», estime-t-il. 

Le principe même de la sanction pour ceux qui ne travaillent pas jusqu'à 64 ans est également dénoncé par certains syndicats. «Nous préférons la carotte au bâton. Mettre en place une surcote pour les années travaillées au-delà de 62 ans est beaucoup plus incitatif pour travailler plus longtemps», affirmait en juin à Capital Dominique Corona, de l’Unsa.

Face à cette levée de boucliers généralisée, le gouvernement a finalement mis de l'eau dans son vin, en se montrant ouvert au dialogue avec les syndicats, notamment au sujet de l'âge pivot. «Ma porte est ouverte et ma main est tendue» a ainsi répété Edouard Philippe sur Twitter jeudi. Le patron des députés La République en marche Gilles Le Gendre est même allé sur CNEWS jusqu'à promettre «solennellement» que «la question de l'âge d'équilibre [n'était] pas décidée». 

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