Première plongée dans cette affaire vertigineuse de pédophilie. Soupçonné d’abus sexuels sur des centaines d’enfants, le chirurgien à la retraite Joël Le Scouarnec, 69 ans, comparaîtra à partir de ce vendredi 13 mars devant les assises de la Charente-Maritime pour des viols et agression sexuelles sur quatre mineurs.
Jusqu’au 17 mars, la cour d'assises à Saintes va explorer l'univers tortueux de ce père de famille qui confie sans difficulté aux enquêteurs son «attirance pour les jeunes enfants» et sa «boulimie» d'images pédophiles, et qui, durant près de trois décennies, a dissimulé sa double vie, sur fond d'omerta.
L'ex-chirurgien sera jugé pour un premier dossier de viols et/ou atteintes sexuelles concernant la fille de ses voisins de Jonzac, âgée de 6 ans en 2017, dont le récit avait lancé la machine judiciaire, deux nièces aujourd'hui trentenaires pour des faits chez lui, à Loches, entre 1989 et 1999, et une patiente de l'hôpital de cette ville d'Indre-et-Loire qui n'avait que 4 ans en 1993.
Si Joël Le Scouarnec reconnaît les agressions, il réfute les viols - des pénétrations digitales - punissables de 20 ans de réclusion. Incarcéré depuis trois ans, «il souhaite s'exprimer devant ses juges : il veut tenter de comprendre comment il a pu faire autant de mal», a assuré son avocat Thibaut Kurzawa.
349 autres victimes potentielles à ce jour
En avril 2017, la fillette de Jonzac avait raconté comment ce chirurgien chauve à lunettes s'était montré «tout nu» dans le jardin mitoyen et lui avait imposé un viol digital à travers les canisses.
L'une des deux nièces, quant à elle, s'était confiée à sa soeur puis à sa mère sur les agissements de Joël Le Scouarnec mais l'affaire s'était réglée en famille. Elles accusent aujourd'hui son ex-épouse, leur tante, d'avoir érigé un mur de silence.
Souhaitant «briser le silence», les parents de la fillette de Jonzac, Laura Temperault et Jérôme Loiseau, ont réclamé des débats publics car un huis-clos le protègerait «une fois de plus». Les trois autres victimes ont fait savoir qu'elles demanderaient ce huis-clos, pour leur intimité.
Afin de reconstituer le puzzle, la justice a ouvert une seconde procédure qui a permis d'identifier à ce jour 349 autres victimes potentielles, pour la plupart des patients hospitalisés, dans des établissements du Centre et de l'Ouest fréquentés par le chirurgien.
![Le prédateur profitait du passage de ses victimes au bloc ou en salle de réveil pour se livrer à ses sévices.[Christophe ARCHAMBAULT / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_200_112/public/hopital_sante_urgence_opration_medecine_christophe_archambault_afp_5ddac0d754d68_0.jpg?itok=1MWpan0c)