Plus de deux semaines après sa victoire aux législatives, le Nouveau Front populaire a choisi, ce mardi, son candidat pour Matignon : Lucie Castets. Réticents à leurs propositions réciproques, le PS et LFI ont finalement trouvé un terrain d’entente sur un profil issu de la société civile, mais dont la réputation, à gauche, ne souffre d’aucune contestation.
Il aura fallu seize jours. Seize jours de négociations, à bâtons rompus, pour concrétiser la courte victoire obtenue lors des élections législatives anticipées, et proposer un candidat commun pour Matignon. Après les échecs successifs d'Huguette Bello, écartée par le PS, et de Laurence Tubiana, écartée par LFI, le NFP a finalement désigné Lucie Castets, une économiste de 37 ans, méconnue du grand public, dont le profil répond idéalement à la volonté de compromis exprimée par les deux frères ennemis de l'alliance gauche.
Une lutte PS-LFI
Les adversaires de la gauche s’en sont donnés à coeur joie : face à l’incapacité du Nouveau Front populaire à désigner un candidat commun pour le poste de Premier ministre, cette alliance perdait chaque jour un peu plus de crédit pour gouverner. En témoigne sa première défaite, à treize voix près, lors de l’élection de la présidence de l’Assemblée nationale, remportée par Yaël Braun-Pivet, à la tête d’une alliance entre la droite et les macronistes, qui a mis à mal la majorité relative obtenue quelques jours plus tôt à l’occasion des législatives.
Mais elle l’avait annoncé, et elle l’a fait. Ce mardi soir, peu avant l’interview d’Emmanuel Macron sur France 2, la gauche a trouvé un terrain d’entente pour enfin désigner une candidate pour Matignon : Lucie Castets, directrice des finances de la ville de Paris, co-fondatrice du collectif de fonctionnaires «Nos Services Publics» et spécialiste de la répression de la fraude fiscale et de la criminalité financière. Une candidate qui se définit elle-même comme «crédible et sérieuse pour un président qui valorise les profils techniques», avec l’objectif de trouver des majorités «texte par texte», et qui répond surtout aux exigences du PS comme de LFI, validée par ailleurs par les écologistes et les communistes.
Et pour cause, certains désaccords semblaient insurmontables. Alors qu’après la nomination du Premier ministre, se jouent les postes au gouvernement, avec en ligne de mire la présidentielle 2027, les deux forces majoritaires du NFP refusaient de lâcher la moindre miette, écartant tour à tour les différentes propositions formulées par les uns et les autres, quitte à afficher une désunion au sein de l'alliance. D’un côté LFI reprochait au PS les ambitions de son leader, Olivier Faure, et ses autres propositions trop «Macron-compatibles» et de l’autre le PS réclamait à LFI une candidature issue de la société civile pour sortir des logiques strictement politiques.
Un profil «idéal»
En ce sens, Lucie Castets répond parfaitement au profil recherché. Issue de la société civile, cette haute fonctionnaire n’appartient a aucun parti politique et se trouve plutôt proche des cercles écolo-socialistes à la mairie de Paris, ce qui plaît aux décideurs du PS. Mais c’est son parcours et ses convictions qui ont fini par mettre tout le monde d’accord, LFI compris, et notamment sa volonté de respecter le programme établi par le Nouveau Front populaire, du retrait de la réforme des retraites à la revalorisation des salaires, en passant par une refonte des services publics et une grande réforme fiscale, pour que «chacun, individus et multinationales, paie sa juste part».
Des convictions qu’elle a prouvées tout au long de sa carrière. D’abord en décrochant son premier poste à la direction générale du Trésor public avant de rejoindre Tracfin, la cellule anti-blanchiment de Bercy, où elle a travaillé «à la répression de la fraude fiscale et de la criminalité financière». Mais aussi en co-fondant et en devenant porte-parole du collectif de fonctionnaires «Nos Services Publics», ou encore en se montrant très engagée dans de nombreuses «luttes associatives». Elle a également gagné du crédit, à gauche, en intégrant le poste stratégique de directrice des finances et des achats à la ville de Paris, après un passage par le cabinet d’Anne Hidalgo.
Lucie Castets avait aussi été remarquée dans l’émission «C ce soir», sur France 5, en novembre 2022, lorsqu’elle avait frontalement attaqué le ministre de la Fonction publique Stanislas Guerini. «On a perdu 180.000 fonctionnaires d’État entre 2006 et 2018. Dans le même temps, le recours aux cabinets de conseil explosait alors qu’ils coûtent trop cher et souvent ne servent à rien», lui avait-elle lancé, en référence aux dérives du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une intervention qui présageait déjà de sa détermination à s'engager pour la défense des services publics, une thématique fondamentale pour le Nouveau Front populaire.
Celle qui a réussi à mettre d'accord le PS et LFI semble donc avoir, selon le NFP, le profil idéal pour le poste de Premier ministre. Elle pourrait néanmoins ne jamais entrer à Matignon, Emmanuel Macron ayant balayé sa candidature ce mardi, arguant que le NFP n'avait pas de majorité et qu'aucun gouvernement ne serait nommé avant la mi-août. L'espoir demeure toutefois, à gauche, pour Lucie Castets, qui faisait partie à l’ENA, comme un symbole, de la promotion Jean Zay, du nom de l'un des principaux ministres du premier Front populaire, formé en 1936.
![«Je demande au président de la République de prendre ses responsabilités et de me nommer Première ministre», a déclaré ce mercredi Lucie Castets. [Ludovic MARIN / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_364u47c-taille30_66a09fcae19d9.jpg?itok=lEoXFABG)