Le 25 juillet 2014, Sophie Rollet apprenait le décès de son mari, chauffeur routier, après que la roue avant gauche d’un camion arrivant en face éclate et entraîne un accident mortel. Depuis, la veuve se bat en justice contre le géant américain Goodyear, accusé de laisser des pneus défectueux en circulation.
Dix ans de lutte. Ce jeudi 25 juillet, Sophie Rollet commémorera la mort tragique de son mari, Jean-Paul, dans un accident de la route. Il y a dix ans, le camion-citerne de ce chauffeur routier est percuté de face par le semi-remorque de Pascal Rochard, 44 ans, dont le pneu avant gauche a éclaté. Jean-Paul Rollet avait 53 ans, les deux conducteurs sont tués sur le coup.
Alors que les faits se sont déroulés aux alentours de 9h du matin, vers Blussans (Doubs), sur l’A36, Sophie Rollet apprend la nouvelle en regardant le journal de 13h. «Un terrible carambolage sur l’A36 impliquant plusieurs véhicules, dont deux camions», est-il annoncé. L’ancienne assistante maternelle téléphone à l’employeur de Jean-Paul et son interlocuteur lui présente ses «sincères condoléances».
Depuis ce jour, la veuve tente de comprendre les raisons qui ont conduit à cet accident mortel. Elle cherche d’abord à récupérer les photos de la dépouille de son mari et le constat médico-légal. Dans son enquête, elle découvre certaines incohérences. Elle passe donc ses nuits sur l’ordinateur à faire des recherches sur les accidents de poids lourds similaires à celui de son époux.
Elle découvre un jour un rapport d’enquête remontant à 2011 où la collision de deux camions, ayant entraîné la mort de deux personnes a été provoquée par l’éclatement du pneu avant gauche d'un des deux véhicules. Fait troublant dans le dossier, le modèle de ce dernier est le même que celui impliqué la mort de Jean-Paul Rollet.
Plusieurs signalements
En octobre 2016, Sophie Rollet porte plainte pour homicide involontaire. Avec son avocat Philippe Courtois, ils obtiennent une expertise judiciaire. Plus elle creuse, plus les données qu’elle trouve lui semble accablantes. Dans le dossier qu’elle confie à la justice, elle récence 76 accidents causés après l’éclatement d’un pneu Goodyear. Au total, 56 personnes sont mortes et 142 autres ont été blessées.
Elle remarque qu'en 2013, Goodyear Espagne avait relaté dans des rapports que le Marathon LHS II +, une variante du LHS II qui a coûté la vie à Jean-Paul Rollet, subit des éclatements. Le siège décide alors de lancer un «programme d’échange commercial» et non un rappel de produit.
En janvier 2020, le rapport d’expertise conclut que le pneu avant gauche du camion impliqué dans la mort de Jean-Paul Rollet était bien «entaché de vices». «Le travail considérable de Mme Rollet a ouvert les yeux de la justice», a indiqué un procureur en août 2022. Ce parcours du combattant, encore loin d’être arrivé à son terme a même attiré les réalisateurs. En 2023, le documentaire Sophie Rollet contre Goodyear avait pu ainsi être diffusé à la télévision.
![Trois véhicules ont été impliqués dans ce choc. [PHILIPPE HUGUEN / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_par8075277_8-taille1200_6671dd76819df_0.jpg?itok=_M7p3ar6)