Après un week-end marqué par la réouverture de Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron entame, dès ce lundi, une semaine capitale au cours de laquelle il aura la charge de nommer son nouveau Premier ministre. Une tâche ardue tant les tensions entre les forces politiques semblent profondes.
Une semaine charnière pour le chef de l’État. Emmanuel Macron entame ce lundi une nouvelle série de consultations afin de trouver et de nommer son prochain Premier ministre.
A la suite de la censure de Michel Barnier, mercredi dernier, le chef de l’État a appelé, lors d’une allocution jeudi, à la formation d’un «gouvernement d'intérêt général représentant toutes les forces politiques d'un arc de gouvernement qui puisse y participer ou, à tout le moins, qui s'engage à ne pas le censurer».
Dans ce sens, le président de la République s’est déjà entretenu avec les responsables des Républicains, du Parti socialiste, mais aussi avec Gérard Larcher, le président du Sénat, et Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale.
Les échanges se poursuivront ce lundi. Emmanuel Macron doit ainsi s'entretenir avec les responsables des Écologistes et du Parti communiste.
Plusieurs profils régulièrement cités
Emmanuel Macron est donc, comme au mois de septembre, à la recherche d’un Premier ministre «consensuel», permettant de parler aux forces politiques de droite, mais aussi de gauche, tout en évitant la censure.
Selon certaines indiscrétions, deux noms sortiraient davantage du lot. Souvent cité, l’actuel ministre des Armées Sébastien Lecornu est pressenti pour Matignon. Soutien d’Emmanuel Macron depuis 2017, ce dernier entretient de bonnes relations avec les élus de La Droite républicaine, son ancienne famille politique, et pourrait être à même de contenter le Rassemblement national.
Selon des informations recueillies par CNEWS, certains cadres de Renaissance, le parti d’Emmanuel Macron, émettraient cependant quelques réserves quant à cette hypothèse.
Un autre soutien du chef de l’État en la personne de François Bayrou figure également sur la liste des candidats potentiels au poste de Premier ministre. Le président du MoDem pourrait d’ailleurs obtenir la grâce de Marine Le Pen. Pour rappel, François Bayrou avait notamment parrainé la cheffe des députés RN en 2022 afin qu’elle puisse se présenter à la présidentielle de 2022.
Enfin, des personnalités telles que Catherine Vautrin, François Baroin ou encore Bernard Cazeneuve, seule personnalité de gauche, ont également été entendues.
Des tensions ravivées à gauche
La volonté d’Emmanuel Macron d’élargir sa majorité, «dans l’intérêt commun», a d’ailleurs eu des échos à gauche, y compris celle représentée au sein du Nouveau Front populaire.
En effet, vendredi dernier, Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste s’est dit ouvert à des discussions avec le bloc central et les Républicains. Mais a aussi réclamé un «Premier ministre de gauche» et «un changement de cap» politique.
Une volonté de faire «un pas» perçue comme une trahison par les cadres de La France insoumise, à commencer par son leader. Jean-Luc Mélenchon a fustigé la décision d’Olivier Faure d’aller discuter avec le chef de l’État.
«LFI n'a donné aucun mandat à Olivier Faure, ni pour aller seul à cette rencontre, ni pour négocier un accord et faire des 'concessions réciproques' à Macron et LR», a-t-il déclaré sur X.
LFI n'a donné aucun mandat à Olivier Faure, ni pour aller seul à cette rencontre, ni pour négocier un accord et faire des « concessions réciproques » à Macron et LR. Rien de ce qu'il dit ou fait n'est en notre nom ou en celui du NFP.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) December 6, 2024
Une charge à laquelle le patron du PS a immédiatement répondu tout aussi fermement. «Je ne reçois pas de mandat de lui, je parle au nom des socialistes, au nom de l’intérêt du pays et pour tenter de sortir du blocage institutionnel», a-t-il déclaré à la sortie de son rendez-vous avec Emmanuel Macron.
De son côté, La France insoumise a refusé tout dialogue avec le chef de l’Etat. En effet, LFI a annoncé vendredi soir qu'elle refusait de se rendre ce lundi à l'Élysée pour des consultations avec le président Emmanuel Macron.
Ce dimanche sur Franceinfo, le député Éric Coquerel a jugé que la stratégie d’Emmanuel Macron ne servait «en réalité qu’à diviser le Nouveau Front populaire».
Deux positionnements à droite
Dans ce rapport de force, la droite républicaine, présente dans le gouvernement de Michel Barnier a, elle aussi, imposé des limites.
A la sortie de son entretien avec le président, Laurent Wauquiez a appelé à la constitution d’un gouvernement qui soit «le plus stable possible», tout en assurant que la participation de sa famille politique ne pourrait se faire que sous certaines conditions.
En effet, celui-ci a ainsi fait savoir que son groupe à l'Assemblée nationale censurera un gouvernement seulement s’il «met en œuvre le programme du Nouveau Front populaire» ou s’il «comporte des députés de La France insoumise».
Une position qui n’est pas partagée par Bruno Retailleau. En réaction au geste d’ouverture du Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, prêt à discuter avec les partis du socle commun et LR, le ministre de l’Intérieur démissionnaire a assuré que la droite «ne pourra faire aucun compromis avec la gauche».
La mission s’annonce donc périlleuse pour Emmanuel Macron, tant les désaccords semblent profonds et nombreux et que le temps presse.
Lors de sa prise de parole jeudi dernier, le chef de l’État a promis le dépôt d’une «loi spéciale sur le budget» avant «mi-décembre au Parlement», qui «permettra la continuité des services publics».
![Le ministre démissionnaire de la Fonction publique a appelé, comme le chef de l'Etat, les forces politiques à faire des compromis. [THOMAS SAMSON / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/0gkasbarian-taille1200_675555863693a_0.jpg?itok=1cYyg8w3)