Selon une étude publiée ce mardi 25 février par l'observatoire Skema de la féminisation des entreprises, en 2024, les femmes étaient 28% à occuper des postes dans les instances dirigeantes des entreprises du CAC 40. Un chiffre en augmentation.
Les effets de la loi Rixain. Les femmes sont de plus en plus nombreuses aux postes de direction dans les sociétés du CAC 40, a noté l’observatoire Skema de la féminisation des entreprises dans son étude sur 2024 publiée ce mardi.
Ainsi, en 2024, 28% des postes des instances dirigeantes des entreprises du CAC 40 étaient occupés par des femmes, soit deux points de plus sur une année. Cette évolution montre les conséquences directes de la loi sur les quotas adoptée en 2021.
En effet, ce texte dit loi Rixain prévoit l’imposition d’un quota de femmes aux postes de direction des entreprises de plus de 1.000 salariés, d’abord 30% d’ici à mars 2026, puis 40% d’ici à mars 2029.
Depuis la promulgation de la loi en 2021, la proportion de femmes dans les comités exécutifs ou les comités de direction des entreprises du CAC 40 a déjà gagné plus de 8 points.
De nouvelles «chaises autour de la table»
«Cette loi n'a pas d'équivalent dans les pays occidentaux», a rappelé Michel Ferrary, chercheur affilié à l'école de commerce Skema et directeur de l'observatoire. Ce dernier a remarqué que si les femmes sont plus nombreuses, elles n’ont pas remplacé les hommes. Les entreprises «rajoutent plutôt une chaise autour de la table», a-t-il estimé.
En effet, selon l’étude, si le nombre de postes dans les instances dirigeantes des entreprises du CAC 40 a augmenté de 15 en 2024, ceux occupés par les femmes de 16, ceux par les hommes n'a reculé que de un.
Néanmoins, pour Michel Ferrary, «il faut regarder dans le détail si les femmes nommées occupent des postes aussi importants que les hommes ; une directrice de la communication ou de la RSE (responsabilité sociétale et environnementale), ce n'est pas pareil que directeur financier».
Pour l'édition 2025 du rapport de son observatoire, Michel Ferrary s'est intéressé au lien entre féminisation des entreprises et la bonne gestion de leur responsabilité sociétale et environnementale (RSE), en s'appuyant sur un indicateur mesuré par le cabinet Morningstar Sustainalytics.
Il a ainsi constaté que plus les instances dirigeantes d'une entreprise étaient féminisées, meilleure était la gestion du risque sur les questions environnementales, sociales, sociétales et de gouvernance.
Sans pouvoir cette fois établir avec certitude un lien de causalité : «Est-ce qu'avoir plus de femmes dans une entreprise améliore la responsabilité environnementale, ou est-ce que les femmes sont plutôt attirées par les entreprises responsables d'un point de vue environnemental ?», s'est-il interrogé.
Une difficile mise en place des quotas
En janvier dernier, le patron du Medef Patrick Martin s'inquiétait de l'échéance des premiers quotas de la loi Rixain. «Nous ne serons pas prêts», se désolait-il. «Il y a des métiers qui sont genrés. Dans mon entreprise», dans le bâtiment et l'industrie, «je m'arrache les cheveux pour féminiser mon comité de direction».
Un précédent existe, celui de la loi Copé-Zimmerman, qui instaurait en 2011 des quotas dans les organes de contrôle, comme les conseils d'administration, très largement respectés aujourd'hui. «Autant dans un conseil d'administration, il y a des mandats : vous nommez une femme à la place d'un homme, ce n'est pas dramatique», a-t-il estimé.
«Dans l'entreprise, c'est un peu différent : quand vous avez un homme qui n'a pas démérité dans un comité de direction et qu'on ‘le sort’ parce qu'il faut féminiser l'instance, c'est autrement plus sensible», a ajouté Patrick Martin.
Par ailleurs, Michel Ferrary a expliqué avoir constaté «un revirement des entreprises» sur la mixité depuis l'élection de Donald Trump aux États-Unis. En effet, «certaines, comme Accenture, McDonald's ou Walmart, sont en train de remettre en cause leur politique de diversité»
Néanmoins, «d'autres, comme JPMorgan, refusent de revenir dessus, car elles estiment que c'est un facteur de performance», a noté l’expert.