Alors que le patronat et la droite plaident pour instaurer une dose de capitalisation dans le système de retraite, la transition entre le régime actuel et un régime hybride ne fait pas encore l’unanimité. Les Français les moins aisés pourraient en effet être les grands perdants.
Une idée qui commence à faire son chemin. Alors que la retraite par capitalisation existe déjà dans certains régimes, nombreux sont ceux qui militent pour l’instaurer de manière plus globale dans la société française. Ce système, qui repose sur le financement individuel de la retraite de chaque travailleur via l’épargne, permettrait selon ceux qui le plébiscitent, de combler le déficit structurel des retraites, tandis que ses détracteurs estiment qu’il s’agit d’un mécanisme profondément inégalitaire.
Le système de retraite par répartition est obligatoire et prévaut actuellement en France. Il permet aux actifs de cotiser pour financer les pensions des retraités actuels, selon un principe de solidarité entre les générations. La retraite complémentaire par capitalisation est facultative. Elle permet à chaque actif de cotiser de manière individuelle ou via des dispositifs mis en place par les entreprises, pour constituer un revenu supplémentaire dont il profitera une fois en retraite.
Dans le système par capitalisation, le cadre général peut être individuel (chaque individu gère son capital-retraite via des solutions d’épargne) ou collectif (l'État, l'entreprise ou un organisme spécialisé, appelé fonds de pension, collecte et gère les sommes épargnées). Le système peut par ailleurs être libre ou (en partie) obligatoire, et l’État peut intervenir en proposant des avantages fiscaux (déduction d’impôts) pour ceux qui choisiraient ce modèle.
Un dispositif déjà en place
Aujourd’hui, la retraite par capitalisation est utilisée de manière complémentaire en France. Elle englobe tous les dispositifs mis en place par votre entreprise ou par vous-même pour compléter votre future pension. Le principe est de placer son épargne pour la faire fructifier via des placements financiers ou immobiliers tout en bénéficiant d’une fiscalité avantageuse. C'est ce que proposent certains dispositifs individuels ou d'entreprise comme le Plan épargne retraite (PER) ou l'assurance-vie. Mais aussi la retraite additionnelle de la Fonction publique, de la Banque de France, ou encore pour les pharmaciens.
Pour encourager la mise en place de solutions d’épargne individuelles, la loi Pacte (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) a simplifié l’épargne retraite. Depuis le 1er octobre 2019, des nouveaux produits d’épargne retraite sont commercialisés. Côté fiscalité, les versements volontaires sur l’ensemble des nouveaux produits sont déductibles de l’impôt sur le revenu dans la limite de 32.419 euros. L’épargne cumulée est ensuite reversée au moment où vous quittez le monde du travail afin de compenser l’écart entre votre salaire d’actif et votre pension de retraite légale.
Par exemple, un actif de 28 ans qui investirait aujourd’hui 5.000 euros, puis 100 euros tous les mois sur des fonds équilibrés, avec un rendement d'à peu près 5% par an, le capital sera de 105.565 euros à terme, en trente ans, soit une retraite confortable.
6 Français sur 10 favorables à un régime hybride
Alors que près de 6 Français sur 10 seraient favorables à un système financé majoritairement par répartition mais avec une dose de capitalisation, selon les dernières enquêtes d’opinion, et qu’une telle proposition sera remise sur la table durant les trois mois de négociations avec les partenaires sociaux autour de la réforme des retraites, installer la retraite par capitalisation de manière pérenne ne serait pas une mince affaire.
Le passage au nouveau régime impliquerait en effet un double paiement de cotisations des actifs : un premier pour leur retraite future et un second pour financer les pensions des retraités actuels, puisque dans le régime par répartition, ce sont bien les cotisations des actifs qui payent «en direct» les pensions des retraités. À défaut, il faudrait drastiquement baisser les pensions des retraités, ce qui n'est pas vraiment plus souhaitable.
Crises financières contre déficit structurel
Par ailleurs, selon les adeptes de la retraite par répartition, la capitalisation est sensible aux crises financières : si la bourse baisse, ou si l'économie s'effondre (crise, guerre, modification du régime) le capital qui devait payer la retraite disparaît, et la pension avec lui. La capitalisation est également sensible au rythme de l'inflation qui peut réduire la valeur réelle des capitaux accumulés.
La répartition est moins sensible à ce problème car les salaires suivent à plus ou moins long terme le mouvement de l'inflation (quasi immédiatement s'ils sont indexés), le montant des cotisations suit alors l'inflation ce qui permet de réévaluer les pensions. Ils dénoncent par ailleurs un système inégalitaire où les plus fortunés peuvent s'offrir une retraite plus élevée que les moins aisés.
À l’inverse, les détracteurs de la retraite par répartition avancent l’argument du vieillissement de la population et du nombre toujours plus important de pensions de retraites à payer par rapport au nombre d’actifs. Cette balance inégale créé un déficit structurel sur le long terme qui n’est pas viable économiquement.