Comme le montrent certaines recherches archéologiques, de nombreux sites français présentent des traces d'ossements de grand cétacé, qui auraient été mangés par les communautés de l'âge de Bronze. La preuve de l'existence de la pêche à la baleine ?
Comme le révèlent les recherches menées par l'INRAP (institut national des recherches archéologiques préventives), certains lieux du littoral de la Manche cachent des ossements de baleine, qui auraient notamment été consommées à des fins alimentaire par les habitants de cette ère, il y a plus de 3.000 ans.
Ces découvertes permettent de mieux comprendre le mode de vie des hommes de l'âge de Bronze, comme le révèle Emmanuel Ghesquière à Historia : «En premier lieu qu’ils devaient récupérer les dépouilles des grandes baleines, entre 10 et 15 mètres de long, échouées sur le rivage, pour en tirer le plus grand parti possible. Ils en consommaient sans doute la chair si elle était encore comestible».
Les morceaux de chair «cuits comme sur un barbecue»
«Trois sites présentent des restes de ce type, dans le remplissage de fossé d'enceinte à vocation domestique», explique l'INRAP sur son site. Il s'agit des anciens campements de Blainville-sur-Mer (Ghesquière 2019), Anisy (Guérin, étude en cours) et Etaples-sur-Mer (Lorin 2019). «Ces sites se situaient à moins d'une dizaine de kilomètres du rivage», complète l'archéologue. Sur le premier lieu, un fragment porte des traces de rubéfaction, «ce qui signifie qu'il a été exposé au feu» alors que sur le deuxième, des côtes ou des mandibules ont été retrouvées. «Il est possible que le morceau de chair qui l’entourait ait été cuit un peu comme sur un barbecue» imagine Emmanuel Ghesquière. Enfin, à Etaples-sur-Mer, les archéologues ont retrouvé un os de grand cétacé.
Si les vestiges de vie marine sont assez communs tout le long de la côte normande, la majorité des restes alimentaires sont trouvés sous forme de coquillages. Le manque de travaux archéologiques portant sur des restes de poisson ou de cétacés est dû non seulement à leur consommation plus faible mais témoigne aussi de conditions de conservation difficiles.
Les historiens estiment également que cela traduit une pêche en mer peu développée à l'époque, même si Emmanuel Ghesquière n'oublie pas que «les pêcheurs de l’âge du Bronze ancien disposaient déjà de bateaux de vingt mètres de long». Pour ce qui est des fragments d'os de baleines, ils estiment que celles-ci n'ont pas été chassées par les humains mais qu'elles ont plutôt échoué sur les plages, comme c'est encore le cas régulièrement aujourd'hui.
Les vestiges de ces géants marins pourraient également témoigner de l'utilisation de leur carcasse à d'autres fins que l'alimentation : grâce à leur graisse, les foyers de l'époque tiraient notamment une huile nécessaire à leur éclairage et leurs os servaient à la création d'outils multiples. L'archéologue explique : «nous savons que dans l’Antiquité, les Romains créaient des tabourets avec des vertèbres de cétacés ou réalisaient de la tabletterie. Il existait par exemple des peignes ou des outils en os de baleine. Lorsqu’une baleine s’échouait sur la côte, cela permettait à toute la communauté d’en profiter».