Entre la reprise du chantier de l’A69, la fin annoncée des ZFE, le possible retour d'un insecticide tueur d'abeilles, ainsi qu’une alliance inédite entre le Rassemblement national et des macronistes cette semaine a marqué un tournant inquiétant pour les Verts.
Une semaine noire pour les Écologistes. La reprise du chantier de l'A69, la fin des zones à faibles émissions (ZFE), le potentiel retour de l'usage d'un pesticide mais aussi cette «nouvelle alliance anti-écologie» du RN aux macronistes, mais aussi parfois jusqu'à LFI, pour détricoter une partie du bilan environnemental du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, est un véritable coup dur pour le parti. «Nous vivons la pire semaine pour l'écologie depuis longtemps», a accusé sur X Marine Tondelier, à la tête des Écologistes.
Nous vivons la pire semaine pour l'écologie depuis longtemps.
Un cauchemar à la Don't Look Up, mais pour de vrai.
Vous savez pourquoi ? Parce que si l'écologie perd, c'est toute l'humanité qui perd.
Quand il n'y aura plus d'eau, plus de biodiversité, plus d'arbres, plus de…— Marine Tondelier (@marinetondelier) May 29, 2025
La fin des ZFE, une victoire pour certains et une défaite pour d’autres
La suppression des zones à faibles émissions (ZFE) votée mercredi dernier à l’Assemblée nationale, un dispositif qui restreignait la circulation des véhicules les plus polluants a été la goutte qui a fait déborder le vase. C’est grâce aux voix du RN et de son allié, le mouvement UDR d'Eric Ciotti, mais aussi des députés insoumis et de quelques macronistes, malgré l'opposition du gouvernement, que la fin de ce dispositif a été adoptée.
Une victoire contre «l'écologie punitive», a salué la leader du Rassemblement national Marine Le Pen qui, comme les autres détracteurs de la mesure, a estimé qu'elle pénalisait les Français n'ayant pas les moyens d'acquérir un véhicule moins polluant.
Mais pour Marine Tondelier, il en est autrement. Elle y voit le résultat de «la nouvelle alliance anti-écologie» constituée de «LR, RN et du bloc central», fustigeant notamment la «débandade idéologique honteuse» de la macronie qui «vote contre leurs propres mesures». En revanche, elle n’a pas critiqué la position de La France insoumise, avec qui elle espère faire alliance dans certaines villes à l'approche des municipales de 2026.
De son côté, le président écologiste de la métropole de Lyon, Bruno Bernard, a dénoncé le «populisme» des droites, et mis en cause l'insuffisance de l'accompagnement par le gouvernement des mesures de transition écologique pour les rendre acceptables. Quant à l'ancien ministre macroniste Clément Beaune, il a pointé du doigt un discours «de post-vérité, trumpiste sur l'écologie», justifiant l'absence de certains députés du camp présidentiel lors du vote «par désintérêt ou peut-être par crainte» car, «une fois que le discours démagogique s'est installé dans le débat, c'est très difficile de remonter la pente».
Une «écologie de moins en moins prioritaire»
Théodore Tallent, chercheur doctorant, enseignant à Sciences Po et travaillant sur le «backlash écologique», a pointé auprès de l'AFP une alliance cette semaine «des partis politiques d'extrême droite et de droite, et selon les circonstances, du bloc central ou de la gauche radicale», pour «revenir en arrière sur des régulations environnementales» décidées pendant le premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
En plus de la suppression des ZFE mercredi, les députés RN, LR et quelques membres du bloc central ont également voté pour une révision significative du «zéro artificialisation nette» (ZAN), un dispositif de lutte contre la bétonnisation d'espaces naturels et agricoles.
Les droites et la macronie ont aussi réussi à contourner l'opposition de la gauche pour tenter de faire passer la loi agricole dite «Duplomb», qui prévoit notamment la réintroduction d'un pesticide néonicotinoïde. Ce n’est pas tout. Après trois mois d'arrêt, la justice a autorisé la reprise du très contesté projet de l'A69 dès la mi-juin. Les députés vont examiner le 2 juin une proposition de loi validant les autorisations environnementales du chantier.
Pour Théodore Tallent, «l'écologie est de moins en moins prioritaire chez les gens», face à d'autres priorités de court terme (pouvoir d'achat, emploi), ce qui laisse «un boulevard à tous ceux qui veulent détricoter la régulation environnementale». Il a donc appelé la gauche à «remettre à l'agenda» l'action environnementale, «pour que cela redevienne une priorité» en proposant des «régulations environnementales qui répondent aux problèmes des Français», «des mesures justes et cohérentes» notamment sur la mobilité, l'alimentation, le chauffage, la rénovation, ou encore la production d'énergie.