C’est un terme qui quitte rarement le débat public mais qui y a fait un retour fracassant ce dimanche 13 juillet : «islamo-gauchisme». En effet, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a estimé que cette notion «n’existe pas».
Une terminologie qui fait débat. La notion «d’islamo-gauchisme» créée à nouveau du remous au sein du gouvernement. En effet, ce dimanche le ministre chargé de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a estimé que le terme «n’existe pas» avant d’être recadré par la ministre de l’Éducation nationale, Elisabeth Borne.
Une nouvelle polémique qui a fait réagir au sein de la classe politique française. Le député insoumis, Thomas Portes, a ainsi estimé ce mardi 15 juillet : «L’islamo-gauchisme comme le racisme antiblanc n’existent pas. Ce sont des inventions de l’extrême droite et leurs alliés médiatiques pour déverser leur haine raciste».
L’islamo-gauchisme comme le racisme antiblanc n’existent pas. Ce sont des inventions de l’extrême-droite et leurs alliés médiatiques pour déverser leur haine raciste.
— Thomas Portes (@Portes_Thomas) July 15, 2025
En France, le terme «islamo-gauchisme» resurgit régulièrement dans le débat public mais son origine est complexe et sa définition varie d’une personne à l’autre. Toutefois, il est de façon générale admis que cette terminologie est un néologisme, c’est-à-dire un mot nouveau dans la langue française.
Dans un article paru en 2016 dans Libération, les journalistes Sonya Faure et Frantz Durupt ont expliqué que «pour ceux qui l'utilisent, l'expression 'islamo-gauchisme' est une alerte, un mot 'choc' pour décrire l'alliance contre-nature d'une partie de la gauche avec un islamisme réactionnaire».
Les auteurs ont tempéré leur propos en ajoutant : «Pour les autres, ceux qui en font les frais, elle n'est qu'une arme pour disqualifier une lutte légitime : faire entendre la voix des musulmans 'racialisés' et 'discriminés'».
Un emploi du terme dès 2002
Parmi les racines connues de «l’islamo-gauchisme», celle issue de l’extrême-gauche britannique au Royaume-Uni. Le terme revêt alors l’idée selon laquelle l'islam pourrait contribuer à faire émerger un mouvement révolutionnaire.
En France, la notion est différente. En tout cas dans sa première définition faite en janvier 2002 par le politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff, dans son livre La nouvelle judéophobie (Ed. Mille et une nuits).
Dans ce dernier, Pierre-André Taguieff a analysé la montée d'un nouvel antisémitisme dont le centre de gravité se serait, dit-il, déplacé pour s'enraciner dans l’antisionisme islamiste ou d’extrême gauche.
Le politologue a par ailleurs condamné l'antisionisme de «la nouvelle configuration tiers-mondiste, néo-communiste et néo-gauchiste, plus connue sous la désignation médiatique de 'mouvement antimondialisation'».
Près de 20 ans plus tard, en octobre 2020, dans une tribune publiée dans Libération, Pierre-André Taguieff a rappelé que selon lui, «l’expression 'islamo-gauchisme' avait une valeur strictement descriptive, désignant une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d’extrême gauche, au nom de la cause palestinienne, érigée en nouvelle cause universelle».
Une explosion de son utilisation
Par la suite, suivant les pas de Pierre-André Taguieff, de nombreux essayistes, journalistes, philosophes et politiques ont également travaillé sur ce terme «d’islamo-gauchisme», faisant évoluer son interprétation.
Parmi eux, on retrouve, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner ou encore l'ancien Premier ministre Manuel Valls. Mais aussi Claude Askolovitch, Bernard-Henri Lévy et Elisabeth Badinter.
Avec eux, l’utilisation de ce terme dans la sphère publique se démocratise. Alors ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait dénoncé sur Europe 1, au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), «l'islamo-gauchisme» qui «fait des ravages à l'université», en pointant notamment du doigt l’UNEF et la France insoumise.
Des déclarations qui avaient été soutenues par une centaine de professeurs des universités et de chercheurs dans une tribune publiée par Le Monde. Si les auteurs se montraient partagés sur la notion elle-même, ils y dénonçaient toutefois le déni de certains de leurs pairs sur l'islamisme, les «idéologies indigénistes, racialistes et décoloniales».
Une bataille argumentaire
Cependant, pour une autre partie du monde académique, «l'islamo-gauchisme» est avant tout une affirmation reposant sur un fantasme et permettant de clore le débat sur un sujet très sensible qu'est celui de l'islam.
«Le terme 'islam' accolé à un adjectif ou un autre nom est une manière de disqualifier l'autre», résumait, en 2016, l'islamologue Rachid Benzine, sur France Culture.
Pour d’autres chercheurs, derrière ce terme se cacherait le refus d'envisager la complexité des phénomènes sociaux, qui, selon eux, s'inscrirait davantage dans une «lutte des classes» que dans une «lutte des races».
Il est également à noter que depuis quelque temps, un nouveau terme émerge : celui «d’islamo-droitisme», qui serait l'équivalent de «l’islamo-gauchisme». Il est ainsi souvent utilisé par les membres de l’extrême droite pour viser les Républicains.
Lors de l’avant-dernière session de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale le 1er juillet 2025, les députés du Rassemblement national ont accusé des personnalités de droite telles que Xavier Bertrand ou Jean-François Copé d’être des figures de l’islamo-droitisme.