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Œnotourisme : en pleine crise viticole, la filière du vin veut professionnaliser les acteurs du secteur

«On peut facilement comprendre en se baladant en France d'où vient ce vin», explique Thierry Desseauve. [© ARNAUD FINISTRE / AFP]

En pleine crise de viticole, la ministre déléguée chargée du Tourisme, Nathalie Delattre, se rend à Saint-Mont, un village réputé pour ses vignobles. L'occasion de mettre la lumière sur un secteur en pleine transformation : le secteur viticole.

Une mutation nécessaire. En pleine crise, les professionnels du vin français misent de plus en plus sur l'œnotourisme. Une nouvelle manière de vendre le vin à laquelle s'intéressera Nathalie Delattre, ministre déléguée chargée du Tourisme, lors de sa visite dans le Gers, à Saint-Mont, Lavardens ou encore Marciac, ce samedi.

En rencontrant certains élus locaux, elle découvrira une région de France où le patrimoine est au centre de l'activité économique. Son déplacement, confirmé le 31 juillet par la préfecture, est très attendu par les professionnels du vin, dont les habitudes ont dû changer ces dernières années pour s'adapter à la crise que traverse le secteur. Un coup dur important pour l'agriculture française, dont le vin est une véritable marque de fabrique : avec 45,8 millions d'hectolitres produits en 2023, la France est deuxième sur la scène mondiale du vin, selon l'ANEFA.

«La crise, C’est la longue transformation du vin boisson»

Thierry Desseauve, co-auteur du «Guide Bettane et Desseauve des vins de France» rappelle pour CNEWS d’où provient cette crise : «Elle a des racines très anciennes. C’est la longue transformation du vin boisson, à un produit beaucoup plus culturel soit que l'on ne boit plus du tout soit que l'on ne boit qu'à certaines occasions. On boit donc moins de vin, ce qui implique des problématiques de volume dans certaines régions».

En plus de cette consommation inférieure, le secteur du vin a souffert d'un autre coup dur récent : la hausse des droits de douane en provenance des Etats-Unis. Pour le vin, la taxe sera de 15% sur les exportations, à partir de ce jeudi 31 juillet.

Le secteur estime qu'en ralentissant ses exportations à destination du pays outre-Atlantique, il pourrait perdre jusqu'à 1 milliard d'euros, participant à une crise déjà bien avancée en France. Pourtant, ce ralentissement ne devrait pas concerner l'ensemble des producteurs français, selon Thierry Desseauve : «Les Etats-Unis sont un grand point de chute pour un certain nombre de producteurs. C'est un marché qui peut être très rémunérateur s'il y a des investissements et de la qualité derrière. Cela ne concerne pas l'ensemble du secteur. C'est un grand marché pour des producteurs ambitieux».

Mais ce ralentissement économique que connaît le vin en France fait également écho à des choix locaux : «On a continué à gérer le vin de la même manière malgré cette crise. On a continué à trop produire, même si les vins étaient de moins en moins adaptés au marché. On a, au contraire, embêté ceux qui faisaient des vins nouveaux, ceux qui innovaient dans le vin ou ceux qui étaient ambitieux et voulaient planter, car les chiffres étaient globalement mauvais».

«De plus en plus, le vin est un produit culturel»

Comme il l'explique, il aurait été nécessaire de prendre en considération le marché et d'adapter certaines productions : «Si les gens veulent davantage de vin blanc, de rosé ou autre chose, il ne faut pas s'empêcher d'en faire. On a beaucoup de vignobles et de professionnels excellents. Il faut avoir confiance en eux. Ce n'est pas toujours le cas avec ce système très administré du monde du vin, pas seulement par le gouvernement, mais surtout par les institutions comme l'INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité)».

Paradoxalement, l'œnotourisme, ou tourisme vitivinicole et œnologique, une forme de tourisme qui repose sur la découverte des régions viticoles et leurs productions, a, lui, le vent en poupe. Une nouveauté que ne peine pas à expliquer Thierry Desseauve : «De plus en plus, le vin est un produit culturel. Contrairement aux autres alcool, ce produit est lié au travail de plusieurs hommes et femmes, à un terroir, à des lieux. On peut facilement comprendre en se baladant en France d'où vient ce vin». Le spécialiste du vin précise que deux tiers du territoire français est lié au vin et montre certaines phases de sa création.

«le grand atout de l'oenotourisme c'est que les gens sont toujours passionnés» 

«En allant en Champagne, en Provence, en Languedoc ou à Bordeaux on se rend compte que les techniques sont très différentes, les sols sont très différents mais les gens sont toujours passionnés. C'est le grand atout de l'œnotourisme», reprend-il. 

Pour la filière, c'est une très bonne manière non seulement de rencontrer son public mais aussi de lui vendre des vins à un très bon prix : «Par rapport à la grande distribution, on ne paye que le vigneron et pas tous les intermédiaires. Ce n'était pas dans l'habitude des vins, dont l'industrie est très B-2-B. Un château vendait à des négociants, qui revendaient eux-même les bouteilles à d'autres négociants qui les envoyaient à des exportateurs, puis des grossistes, puis des restaurateurs, cavistes ou des grandes surfaces qui se chargent de les transmettre aux particuliers. On avait perdu ce contact avec le client». 

Le château Clos Vougeot fait par exemple partie des monuments inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2015 © AFP / ARNAUD FINISTRE

«Dans le temps, les châteaux qui accueillaient des visiteurs étaient des exceptions. Il fallait réserver des visites et les ventes directes étaient rares», reprend-il, pour souligner le changement radical que connaît la profession.

Mais ces changements obligent les professionnels du vin en France à changer leurs habitudes. L'écrivain œnophile explique : «Faire de l'accueil demande des efforts, du savoir faire ou encore des installations adaptées. Ce n'est pas la même chose selon la localisation non plus, selon l'affluence. En plus de ces investissements, l'œnotourisme est très exigent. Être face au client demande une grande implication. Il faut être ouvert en permanence, être apte à recevoir et de nombreux producteurs n'étaient pas prêts à cela car depuis des générations ils ne le faisaient pas».

«En France, on forme les meilleurs techniciens du vin. En terme d'œnologues, ces scientifiques qui transforment le mou de raisin en vin, ils viennent des écoles de Bordeaux, de Montpellier, de Toulouse ou encore de Champagne. On a également les chefs d'exploitation, de culture de grande qualité. Ce dont on manque un peu plus, c'est de l'aspect commercial», ajoute-t-il.

* L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération

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