Ils fouillent nos poubelles, grignotent nos câbles électriques et investissent les recoins des appartements des grandes villes. Ces rongeurs, souvent catégorisés en rats, prolifèrent. Mais entre surmulots, souris domestiques ou encore campagnols... les différences sont notables.
Ils font partie intégrante de la ville. A Paris, difficile de ne pas remarquer les rongeurs tant ils sont omniprésents. De part sa structure, avec une forte population humaine et densément urbanisée, la capitale constitue un lieu de prolifération idéal pour les rats, les souris et autres petits mammifères.

Les rats noirs, originaires d'Asie, ont été les premiers à être répertoriés. Leur présence à Paris est attestée depuis le XIVe siècle. Il avaient été amenés en France par des navires marchands, lors des premiers échanges commerciaux entre les deux régions.
Mais au XVIIIe siècle, ils ont été remplacés par l'arrivée d'un nouveau rat, le rattus norvegicus, dit rat brun. Plus grand et plus agressif que le rat noir, il se concentre notamment dans les égouts. Petit à petit, il a supplanté son prédécesseur, comme le confirme Christiane Denys, chercheuse au Muséum national d'Histoire naturelle, pour CNEWS : désormais «il n’y a pas de rat noir, espèce Rattus rattus à Paris intra-muros».
«les plus visibles sont la souris domestique et le rat brun»
A l'inverse, la scientifique détaille quelles espèces de rongeurs peuplent aujourd'hui les confins de la capitale : «Il existe à Paris plusieurs espèces dont les plus visibles, mais pas forcément les plus nombreux, sont la souris domestique (Mus musculus domesticus) et le rat brun (Rattus norvegicus encore appelé surmulot)».

Ce dernier est un rongeur trapu de la famille des Muridae, long en moyenne de quelque 25 cm et possédant une queue de la même taille. Il peut peser jusqu'à 300 grammes. Si certains le disent potentiellement agressif, Christiane Denys tient à rappeler : «Aucune de ces espèces n’est agressive ou timide. Lorsqu’on applique ces caractéristiques à des animaux, c’est de l’anthropomorphisme, pas de la science. Lorsqu’un rongeur fait face à un danger comme, par exemple, être acculé par un prédateur (homme ou chat ou un autre …), il a deux solutions : la fuite ou la défense par la morsure. Un rongeur n’attaque jamais, il se défend».
Outre leur taille, impressionnante pour un rongeur, ces rats ont une particularité que développe la chercheuse : «Tous les rongeurs présents à Paris sont principalement nocturnes. Cependant pour des raisons de ressources alimentaires disponibles (poubelles accessibles, déchets au sol, nourrissages), le rat brun peut être visible dans la journée».
«Les rats sont essentiels à la ville de Paris»
Aussi appelé surmulot, rat surmulot, voire même rat d'égout, ces êtres vivants sont parfaitement adaptés à la vie urbaine. Mieux encore, ils sont devenus indispensables à celle-ci. Contactés par CNEWS, les experts d'Agence Nuisibles expliquent : «Les rats sont essentiels à la ville de Paris. Ils mangent tout ce qui est organique donc ils aident les souterrains de la ville à s’irriguer. Paris est une ville idéale pour eux, grâce à ces égouts justement».
Avec 4 à 6 portées par an et un total de 20 petits pour chaque femelle, tous les ans, il n'est pas surprenant de les voir proliférer. «La période de covid a également été importante car ils n’ont pas été chassés et ils ont pris beaucoup de confiance, en terme de champs d’action. Là on intervient le plus, c’est la zone de Chatelet-les-Halles, où les conditions sont optimales pour leur habitation», apprend-on également de la part de l'entreprise participant à contrôler leur population.
Citée par Christiane Denys, la souris domestique a la caractéristique de ne vivre qu'à proximité de lieux humains. Elle est particulièrement craintive et fait partie des animaux nocturnes. Elle est beaucoup plus souvent apprivoisée que les autres rongeurs, faisant partie des animaux de compagnie les plus populaires.

Tout comme le rat, la souris domestique est omnivore. Elle consomme moins de 5 grammes de nourriture par jour, avec une préférence pour les grains.
«aucune donnée n'existe sur le nombre de rongeurs à Paris»
Sur le site de la ville de Paris, on peut lire au sujet de la population de ces deux rongeurs que «certains avancent des chiffres sur le nombre de rats dans les villes, allant d’un à deux rats par habitant, voire plus, ce qui aboutirait à estimer leur population entre 3 et 6 millions à Paris», avant de préciser que «ces chiffres sont fantaisistes car aucun comptage n’a réellement été effectué».
Une information confirmée par la chercheuse du Muséum national d'Histoire naturelle : «Aujourd'hui, aucune donnée n'existe sur le nombre de rongeurs à Paris. Il est donc impossible de se prononcer sur l'abondance des différentes espèces sans étude scientifique sérieuse».
Elle reprend, en élargissant le nombre de rongeurs que l'on peut trouver dans la capitale, en dehors des rues et des souterrains de la ville : «Dans les parcs et jardins, on rencontre le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus) et des campagnols du genre Microtus non encore identifiés précisément au niveau spécifique».

Les premiers cités désignent un rongeur que l'on peut confondre avec des souris des champs. Ce sont des animaux vifs et rapides, bons coureurs et sauteurs. Ils sont dotés d'une longue queue et ressemblent à la souris domestique, avec de plus grands yeux, de plus longues pattes postérieures et des oreilles plus hautes. Ils se nourrissent de petits insectes, de petits fruits ainsi que de graines. Leur habitat naturel est les lisières, les bois ou encore les parcs et jardins, d'où la possibilité de les apercevoir dans certaines zones vertes de Paris. «Le mulot sylvestre est nocturne, de même que la souris domestique tandis que le campagnol sort plutôt le matin et le soir», précise enfin Christiane Denys. Il peut également être assimilé au rat des moissons, à la musaraigne ou encore au campagnol.

Dernier habitant de la Ville Lumière, le campagnol se distingue des autres muridés par un corps plus trapu, une queue plus courte et plus velue, des yeux moins proéminents et une peau plus brune. Selon certains scientifiques, ils sont dotés de trois molaires à chaque mâchoire.