Ce vendredi 24 octobre, Jacqueline Jacob, la grand-tante par alliance du petit Grégory, retrouvé noyé pieds et poings liés le 16 octobre 1984, sera entendue par la cour d'appel de Dijon en vue d’une possible mise en examen pour «association de malfaiteurs criminelle».
Un nouveau rebondissement, 41 ans après la mort de Grégory Villemin, retrouvé noyé, pieds et poings liés à l’âge de 4 ans. Ce vendredi, Jacqueline Jacob, grand-tante par alliance du garçon, sera entendue à partir de 10h à la cour d’appel de Dijon, en vue d'une possible mise en examen, pour «association de malfaiteurs criminelle».
La femme, âgée de 81 ans, est soupçonnée d’avoir été l’un des corbeaux, qui avait menacé la famille Villemin.
Des expertises graphologiques et stylométriques l'accusent
Ce n'est pas la première fois que Jacqueline Jacob est poursuivie dans le cadre de cette affaire. En 2017 déjà, elle avait été mise en examen pour «enlèvement et séquestration suivie de mort». Par la suite, elle avait été emprisonnée pendant quatre jours. Mais cette mise en examen avait été annulée en mai 2018, pour un vice de forme.
Aujourd'hui, les juges d'instruction affirment avoir ajouté de nouvelles expertises qui confirmeraient selon eux leurs soupçons.
D'après un arrêté datant du 18 juin dernier, ordonnant l'interrogatoire de Jacqueline Jacob, que l'AFP a pu consulter, les juges d'instruction ont estimé que l'octogénaire est incriminée par les déclarations de son beau-frère, René Jacob. Et pour cause, le 2 août 2022, les gendarmes ont indiqué que ce dernier leur avait confié, «avoir reconnu» la voix de Jacqueline Jacob, après avoir écouté un enregistrement du corbeau.
De plus, des expertises graphologiques réalisées en 2017, puis stylométriques (qui s'attachent à l'orthographe et les tournures de phrases) datant de 2021 et 2023, ont fait le lien entre Jacqueline Jacob et trois courriers anonymes de 1983, dont celui du 4 mars qui menace directement les Villemin. «Je vous ferez votre peau» (sic), y était-il écrit.
Si d'après les expertises stylométriques, il y aurait cinq corbeaux, elles soutiennent «très fortement l'hypothèse» que Jacqueline Jacob est à l'origine de la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime. «J'espère que tu mourras de chagrin le chef (...) Voilà ma vengeance. Pauvre con» , disait le fameux courrier.
Ainsi, le 18 juin dernier, la chambre de l'instruction de Dijon avait estimé que ces éléments étaient suffisants pour «envisager» une mise en examen. Mais le procureur général, Philippe Astruc, n'était pas de cet avis, jugeant que ces arguments étaient trop faibles. Même son de cloche du côté de la défense : Frédéric Berna, l'un des avocats de Jacqueline Jacob avait qualifié auprès de l'AFP, des arguments «surréalistes, lunaires».
Jalousies et rancœurs
Il y a plusieurs dizaines d'années déjà, au début des investigations, les enquêteurs avaient découvert les relations compliquées qu'entretenaient les familles Jacob et Villemin, entre jalousie et rancoeurs. Les Villemin avaient reçu plusieurs lettres de menace et appels anonymes dans les années précédant la mort de Grégory.
Au centre de la discorde : la réussite du père du jeune garçon, Jean-Marie Villemin, rapidement devenu contremaître dans son usine et vivant dans une maison moderne. À l'époque, Jacqueline Jacob, déléguée CGT dans la même entreprise l'aurait traité de «chef de mes couilles» en 1982, selon des témoins.
Lors de sa première mise en examen, en 2017, la mise en cause avait juré de sa «totale innocence» et usé de son droit au silence face au juge, ce qu'elle pourrait une nouvelle fois faire.
Le 16 octobre 1984, le petit Grégory, 4 ans, était retrouvé mort noyé dans la Vologne, à quelques kilomètres de son domicile, les pieds, les mains et la tête liés par une cordelette. Plus de 40 ans après les faits, l'assassinat n'a toujours pas été élucidé par la justice.