Dahbia Benkired, Algérienne accusée du viol, de la torture et du meurtre de Lola, une adolescente de 12 ans, survenue trois ans auparavant, a été condamnée ce vendredi 24 octobre à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. À ce jour, seulement douze personnes, uniquement des hommes, ont écopé de la sanction la plus lourde prévue par le Code pénal français.
Un verdict inédit pour une femme. Ce vendredi 24 octobre, Dahbia Benkired a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour le meurtre de Lola, une adolescente de 12 ans, accompagné de viol, torture ou actes de barbarie, commis en 2022. Une peine rare, qui n'avait encore jamais été prononcée à l'encontre d'une femme.
Instaurée en 1994, cette sentence rend infime, presque impossible, tout aménagement de peine et n'avait, jusqu'ici, été prononcée qu'à douze reprises. Concrètement, lorsqu'une personne est condamnée à la «perpétuité réelle», ses chances d'obtenir un jour un aménagement de peine sont presque réduites à néant, celle-ci ne pouvant demander une révision de son cas qu'au bout de trente ans passés en prison.
La sanction, prévue initialement pour les meurtres d'enfants, accompagnés de viols ou de tortures, a été étendue en 2011 aux meurtres ou tentatives de meurtres sur personnes dépositaires de l'autorité publique (forces de l'ordre, magistrats, surveillants de prison). Après la série d'attentats qui a frappé la France en 2015, elle a été élargie aux crimes terroristes, en juin 2016.
Par ailleurs, toutes les réclusions criminelles à perpétuité ne sont pas assorties de peine de sûreté, incompressible ou non. C'est uniquement lorsque la cour d'assises l'estime nécessaire qu'elle inflige une période de sûreté, avec un maximum légal de 22 ans pour les crimes commis sur les majeurs.
Nordahl Lelandais, par exemple, a notamment été condamné à une peine de sûreté de vingt-deux ans dans l'affaire Maëlys en février 2022. Si la victime de 8 ans avait bien moins de 15 ans comme indiqué dans les textes au moment des faits, la loi souligne que le meurtre d'un mineur de moins de 15 ans doit être accompagné «d'un viol, de tortures ou d'actes de barbarie» afin d'être passible de cette peine, ce que le tribunal n'a pu prouver.
Dahbia Benkired
Reconnue coupable du meurtre de la jeune Lola Daviet, 12 ans, après l'avoir violée et torturée, Dahbia Bekired, ressortissante algérienne de 27 ans, a été condamnée à cette «perpétuité réelle» le 24 octobre 2025 par la cour d'assises de Paris.
Un verdict prononcé après quatre heures de délibéré en raison de «l'extrême cruauté des faits criminels», «de véritables supplices».
Dahbia Benkired est la première femme à être condamnée à une telle peine.
Michaël Chiolo
Le principal accusé de l'attaque au couteau contre deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), survenue le 5 mars 2019, est la dernière personne à avoir été condamnée à «la perpétuité réelle» par la cour d’assises spéciale de Paris en juillet dernier, conformément aux réquisitions. Il a fait appel de cette condamnation.
Ce Mosellan de 33 ans, ex-sympathisant néonazi et délinquant radicalisé en prison, s’était retranché près de dix heures dans l’unité de vie familiale de l’établissement après l'attentat. Après plusieurs tentatives de négociations, les forces d’intervention de la police avaient lancé l’assaut, au cours duquel sa compagne Hanane Aboulhana, 34 ans, a été tuée.
Pendant son procès, Michaël Chiolo a pleinement revendiqué son acte, le justifiant par son engagement djihadiste et son ressentiment envers l’administration pénitentiaire. Il a ainsi affirmé «approuver de A à Z» les actions de Daesh.
Brahim Aouissaoui
La cour d’assises spéciale de Paris a reconnu, mercredi 26 février, Brahim Aouissaoui coupable des assassinats de trois personnes et de tentatives d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste dans la basilique de Nice, le 29 octobre 2020.
Cette lourde peine a été justifiée par la «violence absolue» du condamné, par son absence de «volonté de réinsertion ou d’amendement» et par sa «dangerosité».
Il avait notamment affirmé aux cinq magistrats présents qu'«il y a la justice et il y a le droit. Si vous êtes ici pour rendre vraiment la justice, jugez au nom des femmes et des enfants [musulmans] morts [par la faute de l’Occident]».
Salah Abdeslam
En juin 2022, le Français de 32 ans, «10e homme» des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et à Saint-Denis, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible. La cour a suivi les réquisitions du parquet national antiterroriste qui avait réclamé cette sanction rarissime qui rend infime toute possibilité de libération.
La «culpabilité de Salah Abdeslam comme coauteur a été retenue, dans la mesure où la cour a estimé que toutes les cibles constituaient une scène de crime unique», avait dit le président Jean-Louis Périès dans son délibéré.
Jean-Michel et Fabien Clain
Voix françaises de Daech, les deux frères ont été condamnés à la perpétuité incompressible par défaut la même année que Salah Abdeslam pour leur rôle dans les attentats du 13-Novembre.
En effet, les auteurs des messages de revendication seraient décédés à Baghouz (Syrie) à quelques mois d’intervalle en 2019, alors qu'ils étaient visés par des mandats d'arrêts internationaux. Selon Daesh, la fille aînée de Fabien Clain a également été tuée dans la même ville.
Oussama Atar
Ce vétéran djihadiste belgo-marocain aurait été tué dans un bombardement en 2017 près de Boukamal (Syrie). Faute de preuve définitive de son décès, Oussama Atar, également visé par un mandat d'arrêt international, a été condamné par défaut lors du procès des attentats survenus le 13 novembre 2015, en tant que commanditaire des attaques depuis la zone irako-syrienne.
Omar Darif
Omar Darif, alias Ahmad Alkhald, était l'artificier en chef de la cellule terroriste des attentats de Paris et a été condamné en son absence à la «perpétuité réelle». Ce Syrien, qui a fait l'objet de mandats d'arrêt belge et français, aurait été tué dans un raid aérien en juillet 2017.
Obeida Aref Dibo
Dignitaire de Daesh, il est accusé d'avoir facilité le déploiement des commandos en Europe depuis la Syrie en passant par la Turquie. Un mandat d'arrêt a été délivré à son encontre mais ce Syrien aurait été tué dans un raid en février 2016.
Yannick Luende Bothelo
La cour d'assises de Loire-Atlantique a condamné Yannick Luende Bothelo à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible en novembre 2016. Âgé de 29 ans à l'époque, ce dernier a été reconnu coupable de l'assassinat et du viol, accompagné d'actes de torture et de barbarie, de la jeune Marion, 14 ans.
Le corps de la victime avait été découvert le 19 mars 2012, dans des toilettes publiques à Bouguenais, dans l'agglomération nantaise. Marion avait été frappée de 68 coups de couteau. Son meurtrier avait également été reconnu coupable de l'agression de deux hommes âgés.
Auprès des policiers, puis des juges, Yannick Luende Bothelo a expliqué qu'il était le «Messie» et avait demandé à parler au président de la République d'alors, Nicolas Sarkozy. Mutique durant la majeure partie de son procès, il est sorti de son silence pour assurer avoir entendu des voix avant le meurtre de l'adolescente.
La cour d'assises a estimé que M. Luende Bothelo était atteint au moment des faits d'un trouble psychique ayant altéré son discernement, mais n'a pas accordé une diminution de peine prévue par la loi.
Nicolas Blondiau
Le soir du 5 novembre 2011, la petite Océane, 8 ans, avait quitté le domicile familial pour aller chercher un jeu vidéo chez un ami qui habitait à 160m de chez elle. Elle a croisé le chemin de Nicolas Blondiau, son meurtrier.
À l’époque âgé de 28 ans, ce père de trois enfants l'a enlevée, violée, étouffée et poignardée. Il a ensuite abandonné son corps au pied d'un olivier, à trois kilomètres du village du Gard où habitait la fillette.
L'accusé a été condamné à la perpétuité incompressible en 2013 à Nîmes et a fait appel de cette décision. La cour d'assises d'appel du Vaucluse a néanmoins confirmé ce verdict.
Michel Fourniret
Condamné à la «perpétuité réelle» en mai 2008 pour le meurtre de sept femmes, Michel Fourniret avait à nouveau écopé de la même sanction dix ans plus tard, pour un assassinat crapuleux. Mort en 2021, à l'âge de 79 ans, celui qu'on surnommait l'ogre des Ardennes a emporté avec lui de nombreux secrets concernant son terrifiant parcours criminel, qui a duré quarante ans.
Le criminel n'en avait pas fini avec la justice puisqu'il était encore mis en examen pour les disparitions ou les meurtres de plusieurs femmes. En mars 2020, il avait fini par reconnaître sa responsabilité dans l'affaire Estelle Mouzin, cette petite fille disparue en 2003 en Seine-et-Marne, alors qu'elle était âgée de 9 ans.
Auparavant, en février 2018, il avait également avoué les meurtres supplémentaires de Marie-Angèle Domece, disparue en 1988 à 19 ans, et de Joanna Parrish, 20 ans, retrouvée violée et étranglée deux ans plus tard. Sa mise en examen pour la disparition de Lydie Logé, en 1993 dans l'Orne, date quant à elle de décembre 2020. Les témoignages de sa troisième épouse et complice, Monique Olivier, ont parfois joué un rôle déterminant dans ces révélations.
L'itinéraire criminel de ce tueur en série est tel que certains de ses aveux ont relancé l'espoir d'élucider des «cold cases». Des enquêteurs travaillent aujourd'hui encore sur des dossiers de disparitions au long cours, tentant de les relier à l'«ogre des Ardennes».
Pierre Bodein, dit «Pierrot le fou»
L'un des rares condamnés en France à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible purge sa peine à Moulins, dans l'Allier. Il s'agit de Pierre Bodein, surnommé «Pierrot le fou» et reconnu définitivement coupable en janvier 2010 de trois meurtres et de séquestrations datant de 2004.
Pierre Bodein est emprisonné pour le meurtre d'Hedwige Vallée, 38 ans, l'enlèvement, la séquestration, le viol et le meurtre de Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, ainsi que pour le viol et le meurtre de Julie Scharsch, 14 ans. Les corps des victimes avaient été retrouvés sauvagement mutilés, dans les ruisseaux du centre de l'Alsace.
Sa condamnation date de 2007, en première instance. Ce multirécidiviste avait passé plus de la moitié de sa vie en prison ou en hôpital psychiatrique au moment de son jugement. «Pierrot le fou» a tenté d'obtenir la révision de son procès en 2019, mais sa requête a été jugée «irrecevable».