Pénurie de médicaments, gâchis, automédication… Face aux problèmes actuels, le député RN, Kévin Mauvieux, défend une proposition de loi visant à instaurer progressivement la délivrance des traitements à l’unité.
Une évolution nécessaire pour l’élu. Le député RN de la 3e circonscription de l’Eure, Kévin Mauvieux, porte une proposition de loi visant à instaurer progressivement en France la délivrance des médicaments à l’unité.
Pour l’élu normand, la mise en place de la délivrance à l’unité répond à plusieurs problématiques. «La recherche d’économie dans un pays financièrement dévasté» mais aussi une réponse aux inquiétudes des Français face «au manque voire à l’absence de certains médicaments».
Parmi les pistes d’amélioration, Kévin Mauvieux a pointé du doigt «la réindustrialisation française mais qui n’est pas immédiate et simple à mettre en œuvre». De ce constat, la vision des «médicaments qui sont délivrés en trop grande quantité», a mené le député à se pencher sur la solution de la délivrance à l’unité.
«Si chacun recevait la bonne dose de son médicament au lieu d’une boîte en contenant trop, il y en aurait de disponible pour d’autres patients», a estimé le député, rappelant que l’organisme Cyclamed «a collecté en 2024 près de 8.000 tonnes de médicaments non utilisés et donc gâchés. Et encore, cela ne prend en compte que ceux qui ont été rapportés en pharmacie».
Un coût important pour la Sécurité sociale
Par ailleurs, cette surdélivrance de médicament n’a pas un impact seulement sur la disponibilité des traitements mais entraîne également un coût non négligeable pour la Sécurité sociale et donc pour les Français.
Prenant l’exemple de la prednisolone, un corticoïde utilisé dans une grand nombre d’indication, Kévin Mauvieux a mis en avant une «surdélivrance de comprimés comprise entre 35% et 60 %, entraînant un coût d’environ 17 millions d’euros».
Au global, en 2024, la dépense totale de médicaments délivrés a été chiffrée à 30,1 milliards d’euros, l’Assurance maladie prenant à sa charge 25,7 milliards d’euros de cette somme. La délivrance à l’unité permettrait ainsi, selon l’élu du Rassemblement national, une économie importante pour les finances de la Sécu.
Au-delà de l’impact financier, le gâchis de ces médicaments entraîne un impact écologique. «Les médicaments utilisés finissent soit au recyclage, soit à la poubelle. Quand ils finissent à la poubelle, la pratique est très mauvaise puisque cela s’infiltre dans les sols et que des substances actives se retrouvent dans l’eau», a alerté Kévin Mauvieux.
Enfin, sur le volet sanitaire, la surdélivrance «entraîne parfois une automédication qui n’est pas toujours bénéfique et peut entraîner des accidents médicamenteux. Comme disait la campagne :’les antibiotiques, ce n’est pas automatique’», a ajouté l’élu.
Une mise en place progressive et accompagnée
Ce sont autant de raisons, qui ont poussé le député normand à défendre la généralisation de la délivrance des médicaments à l’unité. «Le système existe déjà en France mais il est très anecdotique», a-t-il souligné.
La proposition de loi qu’il porte a donc pour objectif de généraliser la pratique en l’axant sur les médicaments se présentant sous forme orale sèche. «On ne va pas se mettre à délivrer du sirop à l’unité», a plaisanté Kévin Mauvieux.
Pas d'intérêt pour les traitements chroniques
Par ailleurs, la pratique de la délivrance à l’unité ne présenterait pas «d’intérêt pour les traitements chroniques», par exemple le cas du Levothyrox qui intervient dans les troubles thyroïdiens et dont la prise est quotidienne et continue.
Le député met en avant que la mise en place de ce nouveau système doit se faire de manière progressive et en totale collaboration avec les acteurs de la profession pharmaceutique, que cela soit les laboratoires ou les officines de pharmacie.
«Il faudra prévoir un temps d’adaptation des systèmes et des investissements financiers compris entre 1 et 4 milliards d’euros à l’échelle nationale», a estimé Kévin Mauvieux, ajoutant que ces derniers seraient rapidement rentabilisés par les économies réalisées.
En effet, selon une étude de la Cour des comptes publiée en septembre dernier, la délivrance à l’unité permettrait de réaliser «550 millions d’euros d’économie chaque année».
Pour le moment, la proposition de loi du député RN n’a pas été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et il faudra attendre la prochaine session parlementaire pour savoir si elle sera intégrée à la niche parlementaire du groupe de Marine Le Pen, qui doit se tenir à l’automne prochain.