Un homme de 55 ans comparaît à partir de ce lundi devant la cour d'assises du Rhône pour le meurtre de son voisin et ami, âgé de 89 ans, qu'il avait jeté du 17e étage de son immeuble en mai 2022.
Un procès s'ouvre à Lyon dans une affaire aussi violente que sensible. Rachid Kheniche, 55 ans, est jugé pour avoir tué René Hadjadj, son voisin octogénaire de confession juive, en le précipitant dans le vide depuis son balcon. La justice a retenu la circonstance aggravante de meurtre commis en raison de la religion de la victime, une qualification que l'accusé conteste fermement.
«Le meurtre en lui même est reconnu, c'est le caractère antisémite qui est contesté», a résumé à l'AFP Me Océane Pilloix, avocate de la défense. Une question centrale qui devrait traverser l'ensemble des audiences prévues toute la semaine.
Pour rappel, le drame remonte au 17 mai 2022. Ce jour-là, le corps sans vie de René Hadjadj, 89 ans, avait été découvert au pied de son immeuble, où il résidait au deuxième étage. Très rapidement, les soupçons se sont portés sur l'un des voisins, Rachid Kheniche, habitant au 17e étage, qui est interpellé puis placé en garde en vue.
Selon l'enquête, il aurait d'abord tenté d'étrangler son voisin à l'issue d'une dispute, avant de le jeter par-dessus son balcon. Un geste qu'il attribue à une crise de paranoïa. Ancien consommateur de drogues, sans emploi et vivant seul après plusieurs séparations, il faisait l'objet de deux expertises psychiatriques.
Ces expertises ont conclu à une altération du discernement, sans pour autant retenir son abolition. «Il est donc pénalement responsable», précise Me Pilloix.
Le mobile antisémite au coeur des débats
Dix jours après les faits, le parquet de Lyon avait élargi l'enquête afin de déterminer l'existence d'un éventuel mobile antisémite, après la découverte d'éléments sur les réseaux sociaux de l'accusé.
Pour l'accusé, la question religieuse «a pu entrer en considération dans le passage à l'acte» et doit être pleinement examinée par la cour. Plusieurs associations se sont constitué partie civile, dont la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif).
«Il y a des éléments a minima troublants, dont ce monsieur devra s'expliquer, s'il en est en mesure», a estimé Me Alain Jakubowicz, qui les représentera à l'audience. Une position partagée par Me Franck Serfati, avocat du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) et de l'Observatoire juif de France (OJF). «Le caractère antijuif est totalement avéré, matériellement et moralement», affirme-t-il, évoquant de «fortes similitudes» avec l'affaire Sarah Halimi.
En 2017, cette femme juive avait été tuée à Paris par son voisin qui l'avait battue puis jetée par la fenêtre en criant «Allah Akbar». Déclaré pénalement irresponsable, l'auteur avait échappé à un procès, provoquant une vive émotion et une réforme de la loi sur la responsabilité pénale en cas de consommation de stupéfiants.
Un parallèle que Me Jakubowicz juge «très troublant», tout en appelant à attendre les débats. La cour d'assises devra néanmoins déterminer si ce meurtre relève, ou non, d'un crime antisémite.