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Vitry-sur-Seine : décidé en catimini par la mairie de Paris, un projet d'incinérateur fait l'unanimité contre lui dans le Val-de-Marne

La petite couronne parisienne pourrait voir un nouveau centre de traitement de déchets ouvrir à Vitry-sur-Seine, après notamment celui d'Issy-les-Moulineaux, situé quai du Président-Roosevelt, dans la ville des Hauts-de-Seine (92). [© Thomas SAMSON / AFP]

Un projet de nouvelle usine d'incinération approuvée par le Conseil de Paris en décembre 2025 rarive les tensions entre la capitale et sa banlieue. Le chantier, discrètement validé par le Conseil de Paris en fin d'année, devrait voir le jour à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

Un dossier brûlant. L'ouverture d'une usine d'incinération, capable de produire de l'énergie en brûlant du bois et des combustibles solides de récupération (CSR), des déchets non-recyclables a été approuvé par le Conseil de Paris en catimini, le 17 décembre dernier. Un projet à 1,2 milliard d'euros qui fait grincer des dents, en banlieue parisienne.

«Ce n'est pas un débat droite-gauche, c'est un débat capitale-département du Val-de-Marne», a notamment fustigé le président du Val-de-Marne, Olivier Capitanio. L'accord du Conseil de Paris a été donné lors du renouvellement de la concession du chauffage urbain parisien au profit de la société Dalkia. Le projet devrait dépasser le milliard d'euros, selon le site de la Commission nationale du débat public (CNDP).

«Les gens sentent vraiment une omerta, une opacité»

«La ville de Paris considère que sans en informer quiconque, elle peut se permettre de considérer que toutes les usines ou tous les équipements structurants qui sont nécessaires au bon fonctionnement de la capitale» peuvent être délocalisés en banlieue, ajoute le président LR du département.

«Je suis d'une génération où je pensais que le rapport de la ville de Paris avec les banlieues avait changé», observe quant à lui Hocine Tmimi, candidat DVG à la mairie de Vitry-sur-Seine, soutenu par la France insoumise et également opposé à cette usine. 

Tel que le propose Dalkia, filiale d'EDF, cet incinérateur participerait au verdissement du réseau de chauffage urbain de Paris, qui repose encore largement sur l'usage du gaz. 

«Quand j'ai vu le mot verdissement de Paris, je me suis dit mais pourquoi nous, villes populaires, on n'aurait pas le droit au verdissement», confie Hocine Tmimi. «Les gens sentent vraiment une omerta, une opacité» autour de cette futur usine, ajoute le candidat à la mairie 2026 de la ville située au sud du 13e arrondissement de Paris.

Fin janvier, la mairie de Paris a expliqué de son côté que la période de l'appel d'offres avait «suspendu temporairement le dialogue pour des raisons de confidentialité» et souligné que «celui-ci pourra reprendre très rapidement». Une concertation préalable devrait s'ouvrir cet été, sous l'égide de la CNDP.

La santé des Vitriots, la «ligne rouge» selon le maire sortant de la ville

A Vitry-sur-Seine, ville populaire de près de 100.000 habitants située à 4 kilomètres au sud de Paris, le sujet s'est sans surprise invité dans la campagne municipale, à moins d'un mois du premier tour.

Pour le maire sortant communiste, qui fera face à la concurrence insoumise, il faut avant tout «désenfumer le débat». «On est tous inquiets mais on ne gouverne pas par la peur», estime en effet Pierre Bell-Loch, qui se dit «opposé à tout ce qui peut mettre en danger la santé de ses habitants». Une «ligne rouge», insiste-t-il.

«Maintenant, quand on me présente un projet qui viendrait créer des centaines d'emplois, réduirait la pollution pour les habitants et leur facture pour le chauffage, j'écoute», explique t-il néanmoins. Dans cette commune du Val-de-Marne, département où trois sites ont déjà recours à l'incinération, la nouvelle usine est planifiée à l'horizon 2031 à la place d'une centrale thermique EDF à l'arrêt depuis 2015.

La banlieue ne veut pas être l'«arrière-boutique» de la capitale

Un terrain de 6,7 hectares s'ouvrant sur la Seine, où culminent encore aujourd'hui à plus de cent mètres de haut les deux anciennes cheminées EDF, comme un symbole du passé industriel de la ville.

A une dizaine de kilomètres plus au sud, une plate-forme de transfert serait par ailleurs mise sur pied à Ris-Orangis (Essonne) pour acheminer les combustibles par voie fluviale. Le maire socialiste de cette ville assure ne pas avoir «validé ce type d'activité sur son territoire».

«On a trop l'habitude en grande couronne de servir de back-office, d'arrière-boutique» de la capitale, regrette le maire Stéphane Raffalli. «Nos territoires accueillent des centres commerciaux, des zones logistiques, des data centers, mais on rêve à d'autres choses !», résume-t-il.

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