En mars dernier, les Français ont élu leurs maires et dans la majorité des communes ce sont des listes sans étiquette qui l'ont emporté. Une hérésie pour le député socialiste Hervé Saulignac qui porte une proposition de loi visant à rendre obligatoire «la déclaration d’une nuance politique» lors des élections municipales.
«Toute élection constitue, par nature, un acte politique». Face à la prolifération des listes sans étiquette lors des élections municipales, Hervé Saulignac défend un texte visant à «rendre obligatoire la déclaration d’une nuance politique» lors de ce scrutin dans les villes de plus de 1.000 habitants. Le député socialiste d’Ardèche a précisé à CNEWS son projet.
«Ce sont les élections de mars qui ont déclenché chez moi une réflexion», a expliqué le député, rappelant les plaintes de nombreux candidats estimant «avoir été mal étiqueté politiquement» par le préfet ou dans les médias mais surtout «l’explosion des sans étiquette».
«On ne peut pas être dans une démocratie où tout le monde arrive et dit "je suis candidat pour vous pour changer votre vie mais je ne vais pas vous dire qui je suis"», a dénoncé Hervé Saulignac.
«Je crois que dans l’esprit des candidats il y a une confusion entre le sans parti et le sans valeur. Pour eux être sans étiquette, c'est être sans parti. Ce n’est pas un problème, on peut être sans parti politique et être un bon maire mais derrière sans étiquette il y a une idée de valeur. Pour moi, sans étiquette veut dire sans valeur», a détaillé le socialiste.
Une obligation pour les têtes de liste
«On est en train d’avaliser la dissimulation de l’identité de nos représentants. C’est grave dans une démocratie. Dans mon canton, j’ai des nouveaux maires, je n’ai aucune idée de ce qu’ils pensent», a déploré Hervé Saulignac.
Un sujet important car, au-delà de représenter les habitants de sa commune, le maire devient juridiquement agent de l’Etat. «Je pense que c’est important que l’Etat sache qui sont ses agents».
Par ailleurs, le député d’Ardèche a dénoncé les faux «sans étiquette», ces candidats qui se sont présentés ainsi alors qu’ils sont proches de certains partis, notamment des deux extrêmes.
«Beaucoup de candidats jouent avec les confusions que l’on peut instaurer dans le débat, notamment la confusion de liste sans étiquette. Et donc il y a des candidats qui peuvent être au RN, au PS ou d’un autre parti et qui disent : "Oui mais ma liste et sans étiquette"», a-t-il regretté.
Ainsi, la proposition de loi que défend Hervé Saulignac n’empêche pas qu’une liste dans sa globalité soit sans étiquette mais oblige la tête de liste à déclarer lors de son dépôt de candidature sa nuance politique.
«Grâce au nuancier, la tête de liste déclarera qu’elle est plutôt, centre-droit, centre-gauche, extrême droite, extrême gauche ou encore écologiste de droite ou de gauche. Il faut constituer un nuancier suffisamment précis pour éviter que des candidats puissent avancer masqués», a détaillé Hervé Saulignac.
L’importance de la transparence politique
«Il ne faut pas oublier que le maire est convoqué pour les élections sénatoriales parce qu’il est grand électeur», a rappelé Hervé Saulignac, pointant du doigt le double enjeu électoral des élections municipales.
«Vous croyez que dans l’isoloir il va dire : "je suis sans étiquette" ? Non il sait très bien pour qui il va voter», a ironisé le socialiste, ajoutant : «Il y a une dérive qui consiste à dire que les valeurs que l’on peut avoir sont tout à fait secondaires. Non, il est important de dire qui l’on est et de l’assumer».
«Je peux comprendre quelqu’un qui dit "oulala, je ne me reconnais dans aucun parti politique". Pas de problème. Mais je ne peux pas comprendre quelqu’un qui me dirait "je ne me reconnais dans aucune valeur"», a estimé Hervé Saulignac.
«On a tous dans notre éducation et dans la façon dont on s’est construit des valeurs ancrées et la moindre des choses c’est de ne pas les cacher ou les travestir. C’est de les dire à ceux vers qui on va chercher la confiance. Alors je me bats contre la mise de côté des valeurs et des convictions», a-t-il conclu.
La proposition de loi d’Hervé Saulignac ne devrait pas être étudiée dans l’immédiat mais le député dispose de six ans voire sept pour rallier à sa cause d’autres élus et faire évoluer les règles de candidature aux élections municipales.