Pendant plus d'un mois, la classe politique s'est divisée sur la possibilité de permettre à certaines professions de pouvoir travailler le 1er-Mai, seul jour férié et chômé en France. Des tensions et des désaccords ressentis au sein même du camp présidentiel.
Une journée qui symbolise les fractures de la classe politique. Depuis 1947, pour célébrer le travail, le 1er-Mai est le seul jour férié et chômé en France. Traditionnellement, des milliers de Français sont amenés à manifester à Paris et dans tout le pays pour faire part de revendications sociales. Certaines professions, considérées comme nécessaires au fonctionnement de la société, ne peuvent de leur côté cesser leur activité.
Toutefois, ces dernières semaines, d’autres corps de métier, principalement dans le commerce, ont signifié leur intention de vouloir lever le rideau. Un souhait pris en compte par une partie de la classe politique, mais qui a cependant engendré une vive opposition entre ses différents représentants.
Le 10 avril dernier, les élus du bloc central à l’Assemblée nationale ont rejeté un texte, avec lequel ils étaient pourtant en accord, permettant aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er-Mai. Une loi, émanant de la droite sénatoriale, soutenue par les Républicains et le Rassemblement national, qui visait principalement à permettre aux boulangers et aux fleuristes qui le souhaitent d’ouvrir ce jour-ci.
Des tensions avec le gouvernement
En rejetant ce texte, les parlementaires de la majorité présidentielle, espéraient ainsi que celui-ci face l’objet de discussions lors d’une Commission mixte paritaire (CMP), qui réunit sept sénateurs et sept députés, chargés de trouver un compromis et ainsi que la loi soit adoptée.
Une stratégie vivement dénoncée par la gauche, dans son ensemble, et par les syndicats. Devant l’Assemblée nationale, la patronne de la CGT, Sophie Binet, a immédiatement condamné un «coup de poignard dans le dos de millions de travailleurs et travailleuses».
Face à cette colère grandissante, le gouvernement a pris la décision de ne pas convoquer cette CMP. Quelques jours plus tard, lors des questions au gouvernement au Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a justifié ce choix en stipulant que le texte permettait également aux industriels d’ouvrir le 1er-Mai.
Un refus, perçu comme une victoire pour la gauche et l’intersyndicale, mais qui a fragilisé le bloc central. «Je déplore le choix du gouvernement d’avoir retiré le texte», a considéré le présent du groupe Ensemble pour la République Gabriel Attal sur CNEWS, le 27 avril dernier, revenant sur cette séquence. «C’est lamentable», a, de son côté, réagi le député EPR Guillaume Kasbarian , le 16 avril dernier.
Un revirement de situation
Au regard des critiques en provenance de son propre camp, Sébastien Lecornu a annoncé le 17 avril dernier, la présentation d’un projet de loi avec des critères assez simples permettant aux boulangers et fleuristes indépendants et artisanaux de faire travailler leurs salariés, «sur la base du volontariat et en les payant double».
Présenté en Conseil des ministres ce mercredi, le texte doit permettre d'ici au 1er mai 2027 de clarifier le cadre du travail ce jour-là des salariés de ces deux secteurs. Concernant le 1er mai 2026 le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a assuré n’avoir donné «aucune instruction» aux inspecteurs du travail pour ne pas sanctionner les boulangers et fleuristes qui feront travailler leurs salariés.
Le ministre a confié croire que «l'intelligence collective pourrait fonctionner» pour tolérer leur travail, sous réserve de volontariat et de rémunération au moins doublée. «Des inspecteurs du travail sont donc libres de faire des contrôles», a-t-il assuré.
Lors de ce Conseil des ministres, le garde des Sceaux Gérald Darmanin est intervenu pour souligner l'importance de ce jour férié, le qualifiant de «Noël des ouvriers». Dans le Nord-Pas-de-Calais, «le 1er-Mai, on va au monument aux mort dans nos communes», a ajouté l'élu de Tourcoing. Ne pas travailler le 1er-Mai, «c'est un signe de respect envers les travailleurs», a-t-il ajouté sur les réseaux sociaux. «Il y a ceux qui sont très à gauche qui manifestent, et il faut les respecter. Et puis il y a ceux qui sont plus à droite, les droites sociales, comme moi, qui sont quand même très attachés à cette tradition ouvrière et industrielle».