Classé cancérogène, le cadmium contamine près d'un Français adulte sur deux au-delà des seuils recommandés. Cela est lié à des engrais agricoles qui sont chargés en métal lourd et à une dérogation européenne unique.
C'est une exception sanitaire qui commence à faire du bruit à l'Assemblée nationale. Ce mercredi 3 juin, une proposition de loi portée par les députés Clémentine Autain et Benoît Biteau doit être débattue par les députés. Elle vise à réduire l'exposition des Français au cadmium, un métal lourd classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction.
Selon une étude publiée en mars 2026 par l'Anses, près de la moitié des adultes français dépasse déjà les valeurs toxicologiques de référence pour ce contaminant. Une situation sans équivalent en Europe.
La principale voie d'exposition est alimentaire. Le pain, les pâtes, les pommes de terre ou le riz concentrent jusqu'à 98 % de l'imprégnation. Le cadmium quant à lui pénètre dans ces aliments via les engrais phosphatés présents sur les sols agricoles. Il s'accumule aussi dans l'organisme, où il peut provoquer des troubles rénaux, pulmonaires, osseux et pancréatiques.
La France importe environ 95 % de ses engrais phosphatés, dont près de 40 % qui proviennent du Maroc. Cependant les roches phosphatées d'Afrique du Nord sont sédimentaires, et donc naturellement riches en cadmium.
À l'inverse, les gisements qui proviennent d'Afrique du Sud ou de Russie contiennent des teneurs bien plus faibles en cadmium. L'Italie, pourtant grande consommatrice de pâtes, s'approvisionne auprès de sources plus diversifiées, ce qui explique en partie une exposition moins importante de sa population.
Derrière ce problème structurel se cache aussi une décision politique. La France bénéficie d'une dérogation lui permettant d'utiliser des engrais contenant jusqu'à 90 mg de cadmium par kilo, alors que le plafond européen est fixé à 60 mg/kg depuis 2019.
Une différence en Europe
Certains pays européens comme la Finlande ou la Hongrie appliquent déjà un seuil de 20 mg/kg. Les sols français seraient deux fois plus contaminés que la moyenne européenne, et trois fois plus que les sols de nos voisins belges notamment.
La proposition de loi prévoit une trajectoire en deux étapes. La première, celle de 40 mg/kg dès 2027, puis 20 mg/kg à partir de 2030. Le ministère de l'Agriculture défend lui un calendrier plus étalé, avec un objectif de 20 mg/kg seulement en 2038.
Une question géopolitique complique encore le débat. Réduire les importations marocaines signifierait fragiliser un partenariat économique ancré de longue date avec le groupe OCP (Office chérifien des phosphates), premier producteur mondial de phosphates.
Même si les seuils venaient à être abaissés rapidement, les effets resteraient lents à se manifester. L'Inrae prévient qu'une baisse de la teneur en cadmium des engrais ne se traduirait dans les récoltes que plusieurs décennies après.