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Qu'est-ce que le «seuil de richesse», défendu par l'Observatoire des inégalités, et à combien pourrait-il être fixé ?

Le seuil proposé pourrait concerner 7,5% de la population, soit environ 4,8 millions de personnes. [Adobe]

L’Observatoire des inégalités défend l’idée de créer un «seuil de richesse», miroir du «seuil de pauvreté» pour définir une catégorie de population qui pourrait davantage être mise à contribution. Une idée qui fait débat en raison de la grande hétérogénéité des situations.

Faut-il définir un «seuil de richesse» en France, comme il existe un seuil de pauvreté ? L'idée est défendue par l'Observatoire des inégalités pour pouvoir notamment davantage faire contribuer les plus aisés dans les politiques publiques, sans se focaliser sur les «ultra-riches». Mais elle fait débat en raison des multiples différences qui existent entre les particuliers, y compris avec le même revenu, compte tenu de l’activité pratiquée, de la zone géographique habitée, et d’autres facteurs.

Dans son dernier rapport consacré aux «riches en France» publié mardi 2 juin, l'observatoire des inégalités fixe le «seuil de richesse» au double du niveau de vie médian en France, soit 4.292 euros mensuels après impôts pour une personne seule, 6.400 euros mensuels pour un couple, et 10.700 euros pour un couple avec deux adolescents. Cela représente 7,5% de la population, soit environ 4,8 millions de personnes, selon cette association spécialisée dans l'analyse des inégalités sociales.

Formaliser un tel indicateur dans les statistiques officielles pourrait par exemple, servir à déterminer à partir de quel niveau on peut ne plus bénéficier de certaines niches fiscales, selon Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. «Si aujourd'hui on pense qu'il faut faire un effort, fixer des seuils c'est important. L'important pour nous, c'est de ne pas focaliser seulement sur les ultra-riches, une poignée de personnes», explique cet ancien journaliste d'Alternatives économiques.

Un tel seuil n'existe pas actuellement, faute de politique publique qui le nécessite, et parce que la richesse ne fait pas l'objet d'une définition partagée. La richesse est davantage calculée avec les déciles de revenus. Selon l’Insee en 2023, le premier décile est de 9.930 euros, cela signifie que les 10% des ménages les plus modestes gagnent moins de 9.930 euros par an. À l’inverse, le dernier décile correspond aux 10% des ménages les plus aisés, dont le revenu est supérieur à 72.560 euros.

Insee

Définir la richesse

Il n'existe pas de «définition communément admise de la richesse, contrairement à la pauvreté», relève Michel Duée, responsable du département des ressources et des conditions de vie des ménages de l’Insee. Le seuil de pauvreté est fixé à 60% du revenu médian, soit 1.288 euros par mois pour une personne seule. Des réflexions sont toutefois en cours au Conseil national de l'information statistique (CNIS), organisme chargé d'évaluer les besoins en statistiques, pour «définir la richesse».

«Plutôt qu'une approche sur les seuls revenus, on s'oriente vers un ensemble d'indicateurs qui permettent d'identifier différentes dimensions de la richesse», explique Michel Duée. Car «l’hétérogénéité dans la catégorie des "riches" est immense, entre un cadre supérieur et Bernard Arnault», note Pierre Madec, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). La richesse peut renvoyer aux revenus, au patrimoine ou aux conditions de vie, des dimensions qui ne se recoupent pas forcément. 

«On peut être riche en revenu et pauvre en patrimoine et vice versa», ajoute-t-il. En effet, des critères comme le lieu de vie, le prix des transports en commun, des denrées alimentaires, des activités périscolaires pour les enfants, et bien d’autres facteurs diffèrent d’une ville à une autre, d’un profil à un autre. Même constat pour une personne dont l’environnement nécessite des déplacements en voiture, par exemple. Autant de situations qui reflètent l’hétérogénéité de ce que l’on peut appeler «richesse».

Perception variable

«5% des gens n'ont que de hauts patrimoines mais pas de hauts revenus et 5% ont des hauts revenus mais pas de gros patrimoines», tandis que 5% des gens cumulent hauts revenus et hauts patrimoines, explique Michel Duée. La perception de la richesse varie aussi selon les individus et leurs revenus, comme le montre le baromètre d'opinion publié par la Drees, la direction statistique des ministères sociaux, souligne-t-il.

L'Insee publie des travaux concernant différentes catégories, «mais pas avec le terme de "riche", qui est connoté et difficile à appréhender», note Michel Duée. «Nous parlons de personnes "à hauts revenus" ou "à hauts patrimoines", des "1% les plus aisés" ou "10% les plus aisés" selon les études, mais nous n'utilisons pas le terme de riche, parce qu'il n'y a pas de définition unanimement reconnue de la richesse», ajoute-t-il.

L'Insee qualifie déjà d'«aisées» les populations qui se situent au-dessus de 1,8 fois le niveau de vie médian, observe Louis Maurin, qui relève qu'en pratique des seuils existent déjà. Les allocations familiales deviennent fortement dégressives au-delà d’un certain niveau de revenus, proche du seuil proposé par l’Observatoire, observe-t-il. Les allocations sont fortement réduites à partir de 6.665 euros mensuels par ménage.

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