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Meurtre de Lyhanna : Bruno Retailleau veut confier les sanctions disciplinaires à une cour composée de citoyens

Le candidat déclaré à la prochaine présidentielle estime que «les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas». [DANIEL PERRON / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP]

Après le drame de Lyhanna, Bruno Retailleau propose de retirer au Conseil supérieur de la magistrature son pouvoir disciplinaire pour le confier à une nouvelle cour composée notamment de citoyens tirés au sort. Une réforme qui relance le débat sur les dysfonctionnements de la justice française. 

Après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, et les révélations sur les plaintes visant le principal suspect, Bruno Retailleau plaide pour une réforme en profondeur de la justice. Le président des Républicains propose de créer une «cour disciplinaire de la magistrature», chargée de sanctionner les magistrats en cas de manquements. 

«Les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas»

Dans un entretien accordé au Parisien ce samedi, le candidat déclaré à la prochaine présidentielle estime que «les mécanismes de sanction des magistrats ne fonctionnent pas». Il cible particulièrement le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qu'il juge «trop corporatiste dans sa composition». 

«En une quinzaine d'années, une seule sanction, en l'occurrence un blâme, a été prise», affirme-t-il. Une déclaration toutefois contestée par les chiffres publiés par le CSM lui-même : depuis le début de l'année 2026, six sanctions disciplinaires ont été rendues publiques, allant jusqu'à des exclusions temporaires. 

Bruno Retailleau souhaite remplacer le rôle disciplinaire du CSM par une nouvelle juridiction composée de magistrats, de personnalités qualifiées et d'un «collège de citoyens désigné par tirage au sort». 

Cette cour ne serait pas présidée par un magistrat, mais par l'un de ses autres membres, élu par ses pairs. Elle pourrait être saisie par les citoyens, les supérieurs hiérarchiques des magistrats concernés ou encore le ministre de la Justice. 

L'actuel CSM conserverait néanmoins certaines prérogatives, notamment en matière de nomination des magistrats. «Tout cela fera partie de la révision constitutionnelle que je proposerai» s'il est élu président de la République, promet-il. 

Un «dysfonctionnement»

Ces propositions interviennent dans un contexte de vive émotion après la mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers. Le principal suspect, Jérôme B., avait fait l'objet de plusieurs signalements et plaintes, notamment pour des faits présumés de viols sur mineure. 

Face à cette affaire, Emmanuel Macron a évoqué un «dysfonctionnement». Vendredi soir, sur TF1, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a lui aussi reconnu que «l'institution judiciaire n'a pas su protéger» la fillette, estimant qu'«on a failli dans le suivi des plaintes» déposées contre le suspect. 

Bruno Retailleau rappelle que Gérald Darmanin avait pourtant adressé, en janvier dernier, une circulaire demandant de faire des plaintes impliquant des enfants une priorité. «Visiblement, le ministre n'a pas été suivi», estime-t-il. 

«Ça ne sert à rien de multiplier les circulaires si on ne vérifie pas méthodiquement leur application. Ce drame est révélateur de la bureaucratie française. L'État est devenu une machine totalement grippée, dont les commandes ne répondent plus», dénonce le patron de LR. 

Édouard Philippe dénonce «une succession de ratés»

Réunis samedi à Taverny, dans le Val-d'Oise, deux autres prétendants à l'Élysée ont également réagi à cette affaire. Édouard Philippe a dénoncé «une succession de ratés, de loupés (...) qui aboutit à un désastre», tandis que David Lisnard a évoqué «l'expression d'une chaîne pénale qui est en déliquescence». 

Les deux maires ont pointé des problèmes d'organisation, mais aussi de formation des magistrats. David Lisnard a notamment critiqué l'existence d'une seule école de formation, l'École nationale de la magistrature (ENM), estimant qu'elle favorise «un entre-soi». Il a plaidé pour «de la compétition entre les écoles». «Il faut avoir eu un petit peu une expérience dans la vie avant de juger», a-t-il insisté. 

Enfin, les deux élus ont également mis en cause le Syndicat de la magistrature. David Lisnard a même proposé son interdiction, tandis qu'Édouard Philippe s'est interrogé sur «le bien-fondé, dans un domaine aussi sensible que la magistrature, d'un pouvoir syndical assez important et qui donne le sentiment d'être assez intouchable».

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