Environ 6.000 personnes se sont rassemblées à l'occasion d'une marche blanche, ce dimanche 7 juin, pour rendre hommage à la petite Lyhanna, 11 ans, dont le corps sans vie a été retrouvé jeudi à Puycasquier, non loin du lieu de sa disparition.
Plusieurs milliers de personnes ont rendu hommage ce dimanche à Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte jeudi, lors d'une marche blanche organisée dans la commune de Fleurance (Gers), sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour viols sur mineurs visant le principal suspect, dont le profil était pour le moins inquiétant.
La marche blanche s'est élancée sous un soleil écrasant avec les parents et le frère de Lyhanna en tête d'un cortège très dense, visages graves, derrière une banderole sur laquelle était écrit : «Plus jamais ça ! On t'aime. Tu nous manques». «Notre petit monde tout entier s'est effondré», a témoigné la famille de Lyhanna devant la presse.
«Lyhanna doit être tellement émue de voir depuis là-haut, tout ce monde rassemblé pour elle», a déclaré une tante de la petite fille depuis une estrade sur laquelle se tenaient les parents de l'enfant et le maire de la ville. La famille a ensuite remercié les milliers de personnes venues à la marche blanche. «Lyhanna, pardon, pardon pour ce que tu as vécu», a conclu sa tante.
Émotion, colère et solidarité chez les participants
Les participants, vêtus de blancs, certains tenant des fleurs blanches à la main, se sont rassemblés devant la base de loisirs de Fleurance, point de départ de la marche blanche. Céline Camus, 41 ans, habillée de blanc, une rose à la main, était très émue : «Je me sens concernée, j'ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ca aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, ma fille».
Une autre femme, Manola Martin, retraitée, portait un t-shirt avec le portrait de Lyhanna. Elle a fait 50 kilomètres pour venir apporter son soutien à la famille. Elle aussi a été victime de viol quand elle avait 17 ans. Elle est présente pour ses «filles et ses petites filles», «malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens là».
La marche a été sécurisée par un dispositif de 150 gendarmes, a annoncé le lieutenant-colonel Christophe Romand. À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d'un drap blanc sur lequel a été taggué «PDM (peine de mort, ndlr) pour les pédos».
«La justice n’a pas fait son travail»
Dans ce bourg du Gers de 6.000 habitants, à 80 km de Toulouse, l'ambiance était encore lourde ce dimanche, entre émotion et colère, trois jours après la découverte du corps de Lyhanna dans le silo d'un site agricole désaffecté.
Pour soutenir la famille, un t-shirt à l’effigie de Lyhanna a été créé gratuitement par deux habitantes. «C’est quelque chose qu’on n’arrive pas à expliquer, on n’a pas de mots. On ne peut pas expliquer ce qu’on ressent, nous, les parents. C’est vraiment tragique ce qu’il s’est passé», explique l’une des commerçantes à l’origine de cette initiative.
«Il faudrait des actes», lance Marilou Dedes, croisée alors qu’elle se rendait au marché, ne pensant pas participer à la marche blanche : «Je ne peux pas, je suis trop remontée», a-t-elle glissé, la voix brisée par les larmes. «La justice n’a pas fait son travail. Il était connu depuis janvier», s’est indigné un autre passant au micro de CNEWS.
Plusieurs plaintes pour violences sexuelles
Quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour «comportement inapproprié» envers une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans. Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n'a jamais été entendu par les enquêteurs.
Selon la procureure de la République d'Auch, Jérôme B. avait fait l'objet de plaintes pour viol en 2022 et 2025. La première avait été classée sans suite. Une enquête est en cours pour la seconde. Cette seconde plainte suscite la colère dans le Gers et au-delà : déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l'a ensuite transmise au parquet d'Auch, les faits s'étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B.
Selon la procureure d'Auch, elle n'a été reçue qu'en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n'a jamais été entendu dans cette affaire, un ratage suscitant la colère des habitants de Fleurance.
Des dysfonctionnements dénoncés par l’État
Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu'au plus haut sommet de l’État, qui accable l'institution judiciaire. Gérald Darmanin, «furieux» du traitement du suspect par la justice, a présenté vendredi ses «excuses au nom de la Justice» à la famille de Lyhanna.
«Il est clair qu'il y a un dysfonctionnement (...) et c'est inacceptable», avait déclaré depuis le Monténégro le président Emmanuel Macron, qui ne veut «entendre aucun argument de moyens dans cette affaire».
Mais pour l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), demeure «l'impression qu'il faut des boucs émissaires et vite. Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n'y a que les rapports d'inspection qui peuvent dire ça», a indiqué son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini.
Il pointe, auprès de l'AFP, la multiplication des circulaires «sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer».