Houellebecq expose ses obsessions au Palais de Tokyo

L'auteur de "Plateforme" ou "Soumission" mêle dans son exposition photographies de chiens, de femmes et de paysages urbains.[© André Morin]

Paysages urbains déclassés, femmes érotisées, promenades solitaires… L’écrivain propose une exposition aussi noire que ludique, qui compile avec grâce ses thèmes fétiches.

“Il est temps de faire vos jeux”, peut-on lire à l’entrée, comme pour prévenir le visiteur que les dès seront jetés. Michel Houellebecq, prix Goncourt 2010, a toujours eu un penchant fataliste.

Romancier clinique d’une société française déclinante, acteur dilettante et désormais photographe du dimanche, il bénéficie des honneurs du Palais de Tokyo qui l’a invité à investir librement une vaste partie du musée.

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[© André Morin]

Maison pavillonnaire

En se glissant dans la peau de commissaire, il a conçu l’accrochage comme un parcours qui zigzaguent à travers des pièces d’une maison pavillonnaire, comme il en a habité.

On entrerait par le sous-sol, sorte de garage sombre où seules les photographies de Houellebecq sont illuminées. Péages d’autoroute, grands ensembles déconfits, tristes intérieurs d’églises, espaces commerciaux alignés… A travers son objectif, il embrasse les décors de cette post-modernité neurasthénique qu’il a déjà tant décrite.

Un mausolée à son chien

Puis viennent des pièces plus lumineuses. Une première, dédiée aux vacances avec clichés de plages et sol couvert de cartes postales ultra-kitsch : “Hortensias de Bretagne”, “I love Charente-Maritime”, “J’en pince pour la Guadeloupe”... Dans une deuxième, sorte de salon seventies, on retrouve son sens plus commercial de la provocation, où des livres pour la jeunesse télescopent un film érotico-lesbien diffusé sur la télévision.

Suivent un atelier où le peintre Robert Combas expose des toiles qu’il a réalisées à partir de poésies de Houellebecq ; un boudoir où l’écrivain dévoile ses photos de femmes nues ; un mausolée dédié à Clément, son chien disparu...

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[© André Morin]

Une atmosphère familière

Toute l’intelligence de l’accrochage réside dans la capacité de l’auteur à creuser ses obsessions et offrir aux visiteurs une atmosphère familière : Houellebecq fait du Houellebecq.

Ainsi, s’il ne surprend pas véritablement, il évite une adaptation trop littérale ou une classique rétrospective de son œuvre. Il parvient à créer un univers parallèle à sa littérature, un espace fascinant, imprégné de son personnage et de ses mots.

Rester vivant / Michel Houellebecq, jusqu’au 11 septembre, Palais de Tokyo (16e).

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