Le dalaï-Lama, cinquante ans de sagesse rebelle

Avec le Mahatma Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, il est un des grands apôtres de la non-violence. [CC/Christopher.Michel]

Il porte sans relâche la voix du Tibet persécuté, sans céder à la tentation de la lutte armée. Avec le Mahatma Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, il est un des grands apôtres de la non-violence.

 

(ARCHIVES)

 

Son histoire est celle de David contre Goliath. Elle débute le 6 juillet 1935, dans le petit village de Takhster (nord-est du Tibet). Selon la tradition, Tenzin Gyatso, a été désigné à l’âge de 3 ans comme la réincarnation de celui qui le précédait dans la fonction. «Enfant, j’ai grandi sous l’attention bienveillante de ma mère, une femme de qui émanait une véritable compassion», déclarait récemment le dalaï-lama à Washington. Une enfance assez proche de celle présentée dans le film Kundun de Martin Scorsese.

A l’âge de deux ans, il est reconnu comme la réincarnation du treizième dalaï-lama et commence son apprentissage monastique. «A Lhassa, toutes les personnes autour de moi, mes professeurs et même les domestiques m’ont appris ce que signifie être gentil, honnête et attentionné. C’est dans cet environnement que j’ai grandi.» Le dalaïlama a achevé son apprentissage en 1959, à l’issue du festival du Mönlam, une grande cérémonie religieuse annuelle à Lhassa.

 

L’exil

Son parcours de résistant débute en 1959, lorsque, à la suite de l’échec du soulèvement populaire antichinois, il est contraint de fuir en direction du nord de l’Inde.

Pendant le soulèvement, plus de 80000 personnes, essentiellement des moines bouddhistes, ont été tuées par les troupes d’occupation chinoises. Dans un premier temps, le dalaï-lama était en faveur des réformes proposées par Mao Zedong pour moderniser le Tibet. Mais Pékin a imposé la réforme agricole et la «transformation socialiste» par la force, entraînant la révolte des Tibétains.

Deux semaines plus tard, après avoir traversé l’Himalaya, le dalaï-lama et son gouvernement se sont réfugiés en Inde. Cent mille Tibétains les rejoindront à Dharamsala, dans le nord du pays.

 

Vidéo : bande-annonce de Kundun de Martin Scorsese, retraçant la jeunesse du 14e dalaï-lama

 

 

Émois de l’ONU

Installé à Dharamsala, il établit le gouvernement tibétain en exil. Le 21 octobre 1959, l’assemblée générale de l’ONU adopte une résolution par laquelle elle se déclare gravement préoccupée par la question des droits de l’homme au Tibet. A l’époque, l’Irlande, la Malaisie et la Thaïlande avaient soutenu la requête du chef spirituel pour que l’ONU prenne clairement position face à la Chine.

Afin d’attirer l’attention de la communauté internationale, le dalaï-lama décide, le 9 mars 1961, de se tourner vers les Nations unies. Il s’agit de son premier appel en faveur de la restauration de l’indépendance du Tibet. La Chine restera également de marbre, cinq ans plus tard, à la suite d’une nouvelle injonction des Nations unies.

Un appel qui se heurte, encore aujourd’hui, à l’indifférence des Chinois, qui considèrent que le Tibet est depuis toujours une partie inaliénable de l’empire du Milieu. Les velléités d’indépendance des Tibétains sont d’ailleurs sévèrement réprimées.

 

Vidéo : Interview du dalaï-lama

 

 

Dialogue impossible

En 1979, Deng Xiaoping fait un pas en avant. Il ne veut pas entendre parler de l’indépendance du Tibet, mais déclare qu’en dehors de ce point précis, il est prêt à discuter avec le chef spirituel tibétain. Le dalaï-lama saisit l’occasion du dialogue et ne demande plus l’indépendance mais l’autonomie du Tibet.

«Je ne cherche pas l’indépendance. Je demande une autonomie réelle pour le peuple tibétain dans le cadre de la République populaire de Chine (…). J’ai choisi d’adopter cette position parce que je crois, compte tenu des bénéfices évidents, particulièrement économiques, que ce serait dans l’intérêt même du peuple tibétain. En outre, je n’ai pas l’intention d’utiliser un quelconque accord sur l’autonomie comme un pas vers l’indépendance du Tibet

À la fin des années 1980, lorsque d’importantes manifestations éclatent dans le pays, la situation se durcit. Bien que des pourparlers soient engagés entre le gouvernement de Dharamsala et Pékin – le cinquième round de négociations s’est tenu l’été dernier en Suisse – aucun accord ne semble se profiler.

Dans le même temps, les autorités chinoises continuent d’intensifier leur colonisation du Tibet. Selon Marcelle Roux, présidente de l’association France Tibet, «les Hans (l’ethnie majoritaire en Chine) sont désormais deux fois plus nombreux que les Tibétains : douze millions contre six millions».

Le 1er juillet 2006, Hu Jintao a inauguré la ligne de chemin de fer reliant Pékin à Lhassa. Si elle doit permettre d’accélérer le développement économique et touristique du pays, elle risque également, comme le souligne madame Roux, «d’en accélérer la sinisation».

 

Vidéo : « L’ère des dalaï-lama est révolue »

 

 

Une culture à préserver

Outre l’oppression de la population, la menace que fait peser le régime chinois sur les Tibétains est la disparition pure et simple d’une culture. Le dalaï-lama s’en est ému de nouveau lors de sa visite à Melbourne : «La culture tibétaine pourrait “finir” en quinze ans si la Chine n’accorde pas au Tibet une autonomie réelle. Nous recherchons une véritable autonomie pour préserver la culture tibétaine, la langue tibétaine et l’environnement tibétain.»

En 1989, 30 ans après le début de son exil, le dalaï-lama reçoit le prix Nobel de la paix. Cette reconnaissance donne un éclairage international au sort réservé aux Tibétains.

Le dalaï-lama a aussi déclaré que de nombreux Tibétains développaient une frustration du fait de l’absence de progrès dans les discussions avec la Chine. Selon le sénateur Louis de Broissia, si le chef du peuple tibétain prône une non-violence absolue, la jeune génération trouve cette attitude dépassée. Les heurts sont d’ailleurs de plus en plus fréquents aux abords des monastères et de nombreux tibétains, dont des moines, se sont immolés en 2012 en protestation.

 

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