Ebola: le coordinateur de l'ONU veut être prêt à "affronter une flambée"

Une affiche de prévention concernant le virus Ebola le 19 août 2014 à Monrovia, au Libéria [Zoom Dosso / AFP/Archives] Une affiche de prévention concernant le virus Ebola le 19 août 2014 à Monrovia, au Libéria [Zoom Dosso / AFP/Archives]

Le coordinateur de l'ONU contre le virus Ebola veut être prêt à "affronter une flambée si nécessaire" de l'épidémie, au moment où le Sénégal ferme ses frontières avec la Guinée et que Kinshasa annonce 13 morts de fièvre "d'origine indéterminée".

"Ce que je suis déterminé à faire, est d'assurer que chaque élément de notre appareil est à son niveau optimal afin de pouvoir affronter une flambée si nécessaire", a déclaré le Dr Nabarro à l'AFP lors d'une escale à l'aéroport de Conakry, à destination de Monrovia. "Soit nous sommes proches d'un palier (dans la propagation de l'épidémie, NDLR), mais ensuite elle retombera, soit nous sommes dans une phase, à un point d'inflexion, où elle va augmenter, mais je ne peux absolument pas me prononcer", a averti l'épidémiologiste britannique.

Le Dr David Nabarro est arrivé jeudi soir au Liberia, première étape d'une tournée dans les quatre pays d'Afrique de l'Ouest dépassés par l'ampleur de l'épidémie. Après Monrovia, il se rendra à Freetown, Conakry et Abuja, prévoyant de séjourner deux jours dans chaque pays.

Dans un nouveau témoignage de scepticisme face aux chances d'endiguer la maladie, le Sénégal a fermé jeudi ses frontières terrestres avec la Guinée. "Cette mesure est étendue aux frontières aériennes et maritimes pour les aéronefs et navires en provenance de la République de Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia", a indiqué le ministère sénégalais de l'Intérieur.

Dans la journée, l'Afrique du Sud avait elle aussi annoncé la fermeture de ses frontières aux voyageurs en provenance de Guinée, du Liberia et de Sierra Leone, et une surveillance médicale pour ses citoyens qui en reviendraient.

Un message de prévention concernant le virus Ebola à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 20 août 2014 [Issouf Sanogo / AFP]
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Un message de prévention concernant le virus Ebola à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 20 août 2014

Au Liberia, où le couvre-feu est en vigueur depuis mercredi soir et deux quartiers à la périphérie de Monrovia ont été mis en quarantaine, la Croix-Rouge a jugé nécessaire, "face à une calamité de cette ampleur", de confier la coordination de la lutte à une organisation internationale, plutôt qu'aux autorités nationales.

La faible capacité de l'unique crématorium du pays, qui appartient à la communauté indienne suivant les rites funéraires hindouistes, est largement dépassée par les dizaines de corps collectés quotidiennement, dont bon nombre plusieurs jours après la mort, a souligné le secrétaire général de la Croix-Rouge libérienne Fayah Tamba.

"Samedi, nous avons pu collecter jusqu'à 41 corps. Dimanche, nous en avons collecté 37. Le crématorium n'avait pas la capacité d'incinérer tous les corps, donc nous avons dû en ramener" à l'hôpital, a-t-il expliqué, précisant qu'il avait fallu revenir les incinérer le lendemain avant de poursuivre la collecte.

Un soupçon d'espoir est néanmoins apparu avec "l'amélioration significative", selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l'état d'un médecin et d'une infirmière, deux des trois praticiens libériens soignés avec un sérum expérimental américain, le ZMapp. Le troisième, un autre médecin, va mieux, mais reste dans un état grave, indique l'OMS.

Aux Etats-Unis, les deux premières personnes à avoir bénéficié du ZMapp, un médecin et une missionnaire de l'organisation caritative américaine Samaritan's Purse, sont sortis guéris de l'hôpital, où ils avaient été admis après leur rapatriement sanitaire.

Le médecin, le Dr Kent Brantly, 33 ans, qui, avec Nancy Writebol, 60 ans, a été contaminé au Liberia en soignant des malades d'Ebola, a attribué sa guérison à sa foi ainsi qu'aux prières de milliers, voire de millions de personnes.

- Systèmes de santé 'submergés' -

"Les systèmes de santé des principaux pays touchés étaient faibles avant le déclenchement (de l'épidémie). Maintenant ils sont submergés", a déclaré de son côté la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU pour le Libéria, Karin Landgren, notant que du matériel fait toujours défaut, comme du chlore et des équipements de protection.

Le coordinateur de l'ONU contre le virus Ebola, le Dr David Navarro, le 24 octobre 2007 à Genève [Fabrice Coffrini / AFP/Archives]
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Le coordinateur de l'ONU contre le virus Ebola, le Dr David Navarro, le 24 octobre 2007 à Genève

En Sierra Leone voisine, où comme au Liberia "la transmission reste élevée", selon l'OMS, ont retenti dès les premières heures les appels des muezzins des mosquées et les cloches des églises pour une journée de prière et de jeûne contre Ebola.

"Chrétiens comme musulmans implorent la miséricorde divine et son pardon pour tous les péchés", a déclaré la révérende Christiana Sutton-Koroma, voyant "un bon signe" dans le nombre croissant de survivants.

Le ministre des Affaires sociales, Mouijeh Kaikai, a par ailleurs confirmé la décision des autorités saoudiennes de n'accorder aucun visa aux 1.000 pèlerins sierra-léonais inscrits pour le hajj à la Mecque en raison de l'épidémie.

En Guinée, où la maladie s'est déclarée au début de l'année, une centaine de médecins (civils et militaires) et de volontaires se sont déployés sur 41 postes d'entrée et de contrôle aux frontières avec le Liberia et la Sierra Leone, en vertu de l'état d'urgence sanitaire décrété le 13 août.

"II faut que toute personne, guinéenne ou étrangère, vivant en dehors de nos frontières et désirant rentrer dans notre pays soit examinée avec la plus grande rigueur", a affirmé le ministre de la Santé, Rémy Lamah.

Ebola a fait au moins 1.350 morts, dont 576 au Liberia, 396 en Guinée et 374 en Sierra Leone, selon le dernier bilan de l'OMS, arrêté au 18 août.

Par ailleurs, le ministre congolais de la Santé, le Dr Félix Kabange Numbi, a annoncé jeudi soir que treize personnes sont mortes d'une fièvre hémorragique "d'origine indéterminée" depuis le 11 août dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo. Quelque 80 autres personnes qui ont été en contact avec les malades décédés sont également suivies à leur domicile, a-t-il ajouté.

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